A M""^ LA DLCIIESSE DE SAVOIE
.Maïuistrils do Versailles. Lettres cdi fi mites, t. IV, ji. -iiU.
(0 novembre 1G9G.)
Voici une lettre qui ne convient guère au respect (pie je dois à Votre Altesse Royale ; mais je crois qu'elle pardoimera tout aux transports de joie oii nous sommes du trésor que nous recevons; car M'"*^ la duchesse du Lude, qui n'en [)arle plus que les larmes aux yeux, dit que l'humeur est aussi accomplie que ce que nous voyons; pour l'esprit, elle n'a que faire de parler pour le montrer, et sa manière d'écouter et tous les mouvemens de son visage font assez voir que rien ne lui échappe. Votre Altesse Royale, quoi qu'on puisse lui mander, ne croira point jusqu'où va la satisfaction du Roi; il me faisoit l'honneur hier de me dire qu'il falloit (pi'il fi'it en garde contre lui parce qu'on la Irouvcroit excessive. Elle a trouvé Monsieur un peu gros, mais pour monseigneur, elle le trouve menu, et le Roi de la plus belle taille du monde. Elle a une politesse (jui ne lui permet j)as de rien dire de désagréable; je voulus hier m'opposer aux caresses qu'elle me faisoit, parce que j'étois trop vieille; elle me répondit: «Ah! point si vieille». Elle m'aborda quand le Roi fut sorti de sa chambre en me faisant Ihonneur de m'end)rasser ; ensuite elle me lit asseoir, ayant remarqué bien vile (pie je ne puis me tenir debout; et, se mettant d'un air llatteur presque sur mes genoux, elle me dit : (( Maman m'a chargée de vous faire mille amitiés de sa part, et de vous demander la vôtre pour moi: apprenez-moi bieii, je vous prie, tout ce qu'il faut faire pour plaire ». Ce sont ses paroles, madame, mais l'air de gaieté, de douceur et de grâce dont elles sont accompagnées ne peut se mettre dans une lettre. Quelque longue que soit celle-ci, je suis persuad(>e qu'elle n'en-
niiiora jkis Votre Altesse Uoyale. J'aurai riiuuneur de lui en écrire (|uaiul je couiioitrai encore mieux l'aimable princesse que je m'en vais voir.
A BI. L'ARCIlEVh'OL E DE l'AIUS.
Mamisci-ils de Bloucliy, t. Il, p. ST.
Marly, ce 21 février (1007).
J'ai vu nos amis, monseijjHieur; nous avons été fort em barrasses les nns avec les autres. M. l'arclievèque de Cambrai me parla un moment en particulier. Il sait le mauvais effet de son livre*, et le défend par des raisons qui me persuadent de plus en plus que Dieu veut humilier ce grand esprit, qui a peut-être trop compté sur ses propres lumières. 11 me dit que le père de La Chaise lui avoit rendu compte d'une conversation qu'il avoit eue avec le Roi, après laquelle il ne pouvoit se dispenser de lui parler. Je tombai d'accord de tout. Mais, par les dispositions que je vois dans le Roi, M. de Cambrai aura peu de satisfaction de cet éclaircissement. Je parlai aussi
* Sur ce livre des Maximes des sainls le jugement de Saint-Simon se rencontre avec celui de M"»" de Mainfcnon : « Si on fut choqué de ne le trouver appuyé d'aucune ai»j»robation, on le fut bien davantage du style confus et embarrassé, d'une précision si gênée et si décidée, de la barbarie des termes qui fosoit comme une langue étrangère, cnfln de l'élévation et de la recherche des pensées qui faisoient perdre haleine comme dans l'air trop subtil de la moyenne région. Presque personne qui n'étoit pas théologien ne put l'entendre, et de ceux-là encore après trois ou quatre lectures.... Je rapporte non pas mon jugement..., mais ce qui s'en dit alors partout, et on ne parloit d'autre chose jusque? chez les dames; à propos de quoi on renouvela ce mot échappé à M"" de Sévigné lors de la chaleur des disputes sur la grâce : Ei)aississez-moi un peu la religion, qui s'évapore toute à force d'être subtilisée. Ce livre choqua fort tout le monde..., le Roi surtout. » (T. 1, p. 408.)
un moment à M. le duc de Beauvillier, qui me monti\i sa peine du silence du Roi.
J'ai fait ce que j'ai pu pour gagner qu'on veuille le prévenir; mais on ne veut point, et cette conversation ne sera pas moins froide que l'autre. Cette opposition n'a pas été inspirée par moi; elle est dans le cœur du Roi sur toutes les nouveautés. Je vois bien qu'on me l'imputera; mais je vous dois la vérité, monseigneur, et je vous la dis. Du reste, je suis prête à dire tout ce que je croirai de mon devoir dans une occasion si importante.
Je n'ai point vu M. de Meaux, quoique j'aie fait quelque diligence pour cela. J'ai pensé qu'il veut peut-être pouvoir dire qu'il ne m'a pas vue pendant tout ce vacarme : on dit qu'il est grand-
M. de Pontchartrain ne vous endjarrassera plus. Son fils épouse M"^ de Roucy.
J'ai oublié ce qui m'oblige à vous écrire. M. de Cambrai veut vous parler, monseigneur, en ma présence. 11 me l'avoit déjà proposé, et je lui avois répondu que ce seroit quand il vous plairoit ; mais il me paroît qu'il veut que je sollicite et que je concerte cette entrevue. Il m'a mis entre les mains un mémoire des articles qu'il veut traiter avec vous, qui sont des interrogations sur tout ce qui s'est passé. Je ne prévois nulle utilité de cette conversation; mais peut-être tirera-t-il quelque avantage si on la lui refuse, comme il veut en tirer du silence de M. de Meaux.
LETTUES DE M""^ DE MAINTENUN.
A M. L'AKCIIEVKQL'E DE PAKIS.
Maiiusciils «1»' Moucliy, I. I. \k lU.
1 'avril (1097).
11 y a trois traités dans ce polit livre, monseigneur, tous trois de M. de Cambrai; le premier et le dernier ont élé faits à ma prière. Celui De lalridesse et de la dissipation a été fait, je crois, pour M""" de Chevreuse; au moins c'est d'elle que je le tiens*. Ces darnes^ m'ont écrit; je suis embarrassée avec elles, et je suis incapable de dissimulation. Kilos sauront combien vous avez parlé et écrit en leur faveur.
A M. L'AKCllEVÈOUE DE l'AlIlS.
Maïuiscrils de Mouchy, l. Il, y. U7.
11 mai [[ùdl].
Je suis honteuse, monseigneur, de tout ce que vous prenez la peine de m'écrire pour me rassurer. H est vrai que je crains vivement que M. de Meaux et vous n'alliez pas de concert pour le fond de cette affaire-ici; mais je suis bien persuadée, monseigneur, qu'on ne peut ni ne doit exiger que M. de Meaux juge M. de Cambrai, puisqu'il s'est toujours expliqué là-dessus. Le Roi parla bier à M. de Deauvilliers, selon vos intentions, et le
' Le petit traité de Fénelon Sur la dissipation et la tristesse coniiiicnçaiit par ces mots : « Vous êtes en peine sur deux choses... » est sans doute celui dont parle M™ " de Maintenou ; quant aux deux autres, composés pour elle, celui Delà simplicité et celui Des Croix qu'il y a dans l'état de prospérité, fie faveur et de grandeur, semblent pouvoir lui convenir particulièrement. Chacun d'eux n'a que quelques pag;es.
- M""" de Mainlenon désip:ne ici les ducliesses de Deauvillier, de Chevreuse, de Cliarost, qui continuaient à soutenir avec ardeur Fénelon et >!■"« Guvon.
— 51 Al l<i97.
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b-^AXS^ si froid qu'il n'augura rien de bon de la réponse qu'on lui doit rendre lundi. Le Pioi s'expliqua fortement et lit envisager la suite que pourroit avoir tout ceci. La scène de Saint-Gyr va faire un grand bruit el sera regardée comme un prélude. Dieu veuille, monseigneur, vous bien éclairer, forlifior et consoler, car cette affaire est si affli^o-eante qu'il n'y a que la soumission à sa volonté qui puisse faire respirer.
J'ai espéré que le mariage proposé se foroit. La demande du gouvernement de Rocroi a tout gâté ou peut-être seiwi de prétexte. Je suis bien en peine de j^|mo votre mère.
L'agitation que 'causait la lutte entre Dossuet et Fénelon au sujet du quiétisme avait son écho à Saint-Cyr. Quelques dames, M'"*'* de la Maisonlort, de la Tour, et de Wontaiglc résistaient aux exhortations de l'évêque de Chartres, et continuaient sourdement à propager dans la maison les doctiines de M""*^ Guyon avec l'ardente et subtile spiritualité de Fénelon sur le pur amour et l'abandon. On sait l'horreur de Louis XlVpoiu' tout ce qui lui sendUait porter atteinte à l'autorité et à l'unité relif,àeuse. Quand il sut ce qui se passait à Saint-Cyr, il en lut fort irrité, et résolut de couper dans le vif. M'"" de Mainfenon, qui se sentait responsable, abandonna très vite les dames suspectes : une lettre de cachet les exila dans des monastères éloignés. Celui qui montra le plus de bonté en cette triste affaire fut Dossuet. Il recueillit dans un couvent de son diocèse M'"*' de la Maisonlort, la plus compromise, la plus ardente des trois dames expulsées. Avec une patience et des ménagements inliiiis, il ramena la paix dans celte âme troublée. Quand on lit les réponses qu'il faisait aux longs questionnaires qu'elle lui adressait, on ne sait ce qui étonne le plus, des subtilités, des scrupules de celle qui interroge, ou de la science, de la hauteur de sens et de la charité de celui qui répond. M"" de Maintenou s'était engagée à payer la pension de M""^ de la Maisonlort dans le couvent où elle s'était retirée. Ou est obligé de dire que cette pension fut souvent en retard, et Dossuet craignait de rappeler
cntte (Ictto do charité, vérifnblo dette de justice, envers une pauvre fille que M-"' de M;iintenon avait précipitée pour ainsi dire dans la vie religieuse, (pi'clle avait enivrée de son amitié, de ses louanges, et dont elle faisait la victime expiatoire d'erreurs encouragées tout d'abord et propagées par elle-même. Les lettres qui suivent reviennent sur toutes ces agitations de Sainl-Cyr.
A M- DE RADOr.VY, DAME DE SAINT-LOUIS.
Bibliothèque nalional<\ Mss. Fr., nonv. nrq.. 1158, p. \ç,o=> Manuscrits de Versailles. Lettres édi/iantes, i. IV, p. 471.
Ce 1 1 mai 1G97.
Vous ne pleurerez jamais tant vos sœurs que je les pleure depuis quatre ou cinq ans, et encore plus depuis deux ou trois mois que je voyois qu'il en faudroit venir à ce qui s'est fait. Je les aimois par inclination et par estime, les voyant très vertueuses. Mais je dois préférer le bien de la maison à toute autre considération, et j'espère de la bonté de Dieu pour Saint-Cyr qu'il vous donnera des supérieurs spirituels et temporels incapables de tolérer la moindre nouveauté sur la religion.
Je vous renvoie vos lettres de M. de Fénelon : il ne m'y paroît rien que de bon, et quand j'en jugerois mal, rien n'est dangereux à une fille qui est prête à tout quitter au premier mot des supérieurs. Le silence intérieur ne m'épouvante point quand je vois qu'on v joint le désir de l'exercice de toutes les vertus. Soyez en paix, ma chère fdle, priez pour nos chères sœurs, demandez la docilité et l'himiilité pour elles, ce sont leurs vrais besoins, et servez Dieu dans la place où l'obéissance vous met sans en désirer d'autres. Appliquez-vous votre lettre imprimée», eu vous croyant indigne de tout. Peutêtre les conibndois-je ; mais il n'itnporte. Adieu, priez pour moi plus que jamais.
* rrobablcinent une de ces loi 1res de leneloii.