LETTRES DE M
VOUS, servez-vous avec liberté pour leur soulagement et pour le vôtre de ce que vous aviez pour cette pauvre Jille. Adieu, ma chère fille, ne vous laissez point abattre : il ne faut pas s'aflliger comme ceux qui n'espèrent point en Dieu.
A M. i;aiu:iievkquk de pauis.
Manuscrits De Mouchy, t. I, p- 80.
A Saint-Cyr, vendredi saint (9 avril 1700).
Je me sens pressée, monseigneur, de vous supplier encore de faire ce qui vous sera possible pour obtenir le sacrifice entier de la petite Charlotte. Elle sera nourrie dans le vice, et joindra l'exemple et l'habitude à ses inclinations naturelles. Si elle étoit belle, combien de maux feroit-elle! Obtenez qu'on me la donne, monseigneui', c'est le seul moyen de la dérober à la connoissance de su mère et de son prétendu père. ï.es bonnes gens ne pourront la refuser quelquefois à mon frère, et ce sera un prétexte de se rejoindre à cette femme qui reviendra bientôt. J'enverrai cette petite fiUe dans un couvent d.' campagne. J'en aurai soin tant que j'y serai, et j'en chargerai ma nièce après ma mort. M. d'Aubigné m'a déjà fait de pareils présens dont il m'a laissé tout le soin, el peut-être s'y portera-t-il i>lus volontiers pour n'en pas faire la dépense. En ce cas-là il n'y a qu'à me l'envoyer tout droit à Versailles ou à Saint-Cyr, ou de m'averlir de l'envoyer chercher; ou la mettre chez M. Vacherot, homme d^affaires des dames de Saint-Louis. Tout est bon pourvu qu'on sauve cette petite misérable. C'est \\m bonne œuvre, monseigneur; je ne vous ferai point d'excuse de mon importunité.
« n s'agit d'nne enfant attribuée à dAubi.,^»:?, et dont une JI"' <le La Brosse était la mère.
A »!■"« LA PllLNCESSE DE SOI BISE'.
Publiée dans les Œuvres (te Louis XIV. Paris, 1806, in-8", ♦. VI, p. 524.
(26 octobre 1700.)
J'ai lu vos remercîmens et les louanges de M. de Chamillart. On a été fort aise de l'un et de l'autre. Je n'ai point répondu, madame, à votre dernière lettre parce que vous n'ignorez pas l'ordre que M. le cardinal de Noailles^ a reçu de demander au pape, avant qu'il sorte du conclave, la grâce que vous désirez pour M. votre fils. Vous ne pouvez, madame, avoir à Rome un meilleur solliciteur. On ne veut point croire que M. de Torcy veuille ou puisse nuire à votre affaire, on' prétend voir toutes les lettres, et je ne puis insister après cela que sur les retardem.ens des courriers. Je ne savois point, madame, que vous vous trouvassiez mal, et j'en suis bien fâchée, vous honorant infiniment. Il ne m'est rien revenu de vos desseins contre moi. Souvenez-vous, madame, que vous m'avez promis de veiller aux intérêts de la réputation de notre princesse, et de m'averlir de ce qui en vau-
* Anne de Roban-Chabot, princesse de Soubise. Les Mémoires de Saint-Simon donnent les jdus amides et les plus malins détails sur « cette belle inconnue trop connue », (pii sut voiler une laveur dont elle retira les plus utiles effets ]»our sa famille. Le scandale ayant été évité, elle resta fort bien en cour même après que le Roi eut renoncé aux erreurs de sa jeunesse. M"* de Maintenon ne semble pas avoir lutté contre ce crédit durable, et paraît même avoir voulu approcber M"* de Soubise de la ducbesse de Bourgogne, connue on le voit par cette lettre. Y aurait-il là de quoi infirmer le témoignage de Saint Simon? Voir rinqiortante notice que M. de Boislisie a consacrée à M""' de Soubise, au tome V de son édition de Saint-Simon. Voir ici une lettre de lin décembre 1701.
- Louis-Antoine de Noaillcs, arcbevéque de Paris, avait été nommé cardinal le 24 juin 1700. Il était à Rome pour le conclave où fut élu Clément XI, le 25 novembre 1700.
5 C'est-à-dire le Roi.
droit la peine. Je suis, madame, absolument à vous. Je dis il y a quelque temps un mot à M"^« d'Espinoy chez la reine d'Anglerre; je fus bien contente d'elle, etc. (s/c).
A M. LE CARDINAL DE NOAILLES
Manusciits De Moucliy, t. I, p. 1d'>.
A Mari y, co 25 novcnibro 1700.
Je voudi'ois bien qu'on me laissât le temps de vous écrire, monseigneur; mais je n'ose l'espérer. Je l'cgarde l'union de l'Uspagne avec nous avec un nouveau plaisir, (juand je pense que nous voudrons le même pape, et que, par là, vous reviendrez plus ttM*. Cet intérêt est grand pour moi et pour bien d'aulres, et vous savez, monseigneur, que je n'ai jamais cru que vous fissiez autant de bien dans le conclave que vous en ftiites dans le diocèse. Vous aurez appris que M. de Châlons vouloit demander le bénéfice que le Roi s'est liàlé de donner au fils de M. le Grand K 11 ne nous reste que le plaisir de n'avoir fait aucun pas pour cela. Nous sommes à Marly, comme des gens qui n'ont rien à faire. Le Roi de France plante et le roi d'Kspagne chasse le jour et joue à cligne-musette le soir dans ma chambre. Je voudrois qu'il fût déjà parti, et, si j'avois voix au chapitre, il seroit allé en poste prendre possession d'une si belle succession. Il sera plus de quarante jours en chemin. M. le duc de Beauvillier a bien la mine de demeurer; il est dans une langueur dont il aura de la peine à revenir. M»"" sa femme marche pour avoir soin de lui. M""' la du-
* Le Roi venait d'nc epler le testament de Charles II, roi d'Espagne, qni désignait le duc d'Anjou, pctit-Iils de Louis XIV et second lilsdu dauphin, pour son successeur.
- On désijjnait ainsi le grand écuyer, Louis de Lorraine, comte
d'Armagnac.
chesse de Noailles me paroît fort trisie : je ne sais si c'est simplement de voir partir M. son mari et son fils. Elle ne m'en avoue pas d'autre cause. Il me paroît que M. de Noailles doit être coulent de la manière dont le Roi l'a engagé à ce voyage, dont il pourra bien demeurer chargé tout seuP. Cependant je crains qu'il ne le voie présentement que par le mauvais côté, qui est l'éloignement du Roi, et ce que les courtisans croient le plus grand malheur. Le comte d'Aven est plus philosophe et par conséquent plus tranquille: il jiart avec joie ; il mène une musique pour son plaisir et i)our celui de M. le duc de Bourgogne. Je lui ai conseillé de ne rien épargner, mais je ne m'en vante pas à M'"'' la duchesse de Noailles.
L'abbé de Luxembourg a laissé une belle abbaye : l'abbé de Mornav veut la demander en rcmeltant la sienne. M. le cardinal de Bonzi presse pour avoir un coadjuteur^ J'en presse le Roi aussi, parce que je crois
* Le roi d'Espagne parfait avec ses livres, (|ui ne devaient le quitter qu'à la ironlirre de Fiance. Les dius de Reauvillicr et de Noailles avaient été nommés i>our l'accompagner. Quehpies jeunes seigneurs, parmi lesquels le comte d'Aven et le chevaliei d'IIeudicourt, lormèrent la suite du roi et allèrent jusqu'à Madrid. Le comte d'Aven ne manqua pas d'écrire de Iréqnonfes lettres à M""" de Maintenon : il lui envoya même une relation détaillée du voyage, en partie conservée (voir Lavallée, Conespoiulatice f/encralc, t. IV, p. 501).
- Pierre de Bonzi, lils de Erancois de Bonzi, sénateur de Florence, avait été employa i»ar Mazarin aux conférences de Saint-Jeaii-de-Luz. Amhassadeur à Florence, à Venise, en Pologne, en Espagne, ai'ciievêque de Toulouse en 1009, puis de Narhomie, créé cai'dinal j ar Cléujenf X en 1(572, et grand aumônier de la Reine, il mourut ej» 1700. 11 avait toute l'iiabileté, toutes les grâces, toute la finesse du caractère italien; il s'était ac(piis une grande inlluence en Languedoc. Saint-Simon, qni trace un curieux lutrti-ait de ce jnélat, nous dit que cette inlluence futcondjattue par celle de l'intendant Lamoignon de Bàville, qui exploita contre l'archevêque le reproche, trop mérité, du peu de sévérité de mœurs. La famille de Bonzi était parmi les lilus anciennes et les plus illustres de Florence. Un Bonzi vint en France à la suite de Catherine de Médicis. et depuis lors plusieurs memhres de cette famille n'avaient cessé, dans la diiilomaiie et l'Église,
qu'il y va de sa conscience ; mais je ne sais sur qui ce
choix devroit tomber.
J'ai parlé aussi contre le curé de Marly : on ne pense point à le faire évéqiie.
Le Père de La Chaise a proposé au Roi de me consulter sur le choix d'un confesseur pour le roi d'Espagne. Je l'ai refusé en disant que, vous n'étant pas ici, je ne pouvois m'instruire.
Je suis bien étonnée, monseigneur, d'avoir pu achever cette lettre. Je ne vous parle point des nouvelles publiques. Assez de gens prennent soin de vous les mander..