A M-"' DE GLAPION
IJil.liolli. nationale. Mss. Fr., nonv. ao.f., iir»S.,). 1712.- Mss. do Versaillos. Letlrcs vdifuniles, l. IV, j». SUS, avec lacune \
0 novembre 1702.
Il ne vous est pas mauvais de vous trouver dans le trouble et l'inquiétude des petits esi)rits embrouillés; vous en serez plus humble et vous sentirez par votre expérience que nous ne trouvons nulle ressource en nous, quelque esprit que nous ayons. Vous ne serez jamais contente, ma chère lille, (pie lorsque vous aimerez Dieu de tout votre cœur ; je ne vous dis pas ceci par rapport à la profession où vous êtes engagée ; Salomon vous a dit il y a longtemps qu'après avoir cherché, trouvé et goûté de tous les plaisii's, il confessoit que tout n'est que vanité et affliction d'esprit, iiors aimer Dieu et le servir. Que ne
» Louis Racine a publié avec quelques inexactitudes ceUe lettre dans son Uecueil des lellres de Jean liacine, 1742, in-12, p. 397, et Voltaire en cite un IVa^nient dans le Siècle de Louis A71 . Louis Racine croit qu'elle était adressée à M™" de la Maisonfort: mais cette dame avait quitté Saint-Cyr en mai 1007. .\u contraire, M- de Maintenon était tort occupée alors dune autre; très intéressante personne. M"« de Glapion n'était pas, ce semble, très bien laite pour la vie du cloître. Trop tendre de cœur, elle faillit mourir à la suite d'une des sœurs qu elle avait soif^née de la petite vérole. Douée d'une imagination ardente, elle était blâmée par M"- de Maintenon pour ses KOùts trop délicats, trop littéraires, pour sa passion de la musnpie; elle ressentit les dégoûts et les découragements. Cependant l'apaisement lui vint, et ses dons ex(iuis ne turent plus consacrés qu'aux devoirs de son état. Un charme plein de douceur lui attirait les cœurs, et nous verrons M™« de Maintenon elle-même venir, par d'intimes conlidences, chercher quehiue soulagement à son propre ennui dans la fraîcheur de cette âme ardente et pure.
piiis-jevous donner toute mon expérience'! Que ne puisje vous faire voir l'ennui qui dévore les grands, et la peine qu'ils ont à remplir leurs journées! Ne voyez-vous pas que je meurs de tristesse dans une fortune qu'on auroit peine à imaginer, et. qu'il n'y a que le secours de llieu (pii m'empèclic d'y succomber? J'ai été jeune et jidie; j'ai goûté des plaisirs, j'ai été aimée partout ; dans un âge un peu plus avancé, j'ai passé des années dans le connnerce de l'espiil ; je suis venue à la faveur, et je vous proteste, ma chère fille, que tous ces états laissi'ut un vide affreux, une inquiétude, une lassitude, une envie de connoitre autre chose, parce qu'en tout cela rien ne satisfait entièrement. On n'est en repos que lorsqu'on s'est donné à Dieu, mais avec cette volonté déterminée dont je vous parle quehiuefois"; alors on sent (ju'il n'y a plus rien à cherclier, (pi'on est arrivé à ce qui seul est hon sur la terre; on a des chagrins, mais on a une solide consolation et une paix au fond du cœur au milieu des plus grandes peines. Mais vous me direz : se peut-on faire dévote quand on veut? Oui, ma chère fille, on le peut, et il ne nous est pas permis de croire que Dieu nous nianque. « Cherchez et vous trouverez ; heurtez à la porte et on vous l'ouvrira. » Ce sont ses paroles; mais il le faut chercher avec humilité et: avec simplicité. Saint Paul pouvoit bien en savoir plus qu'Ananias; il va pourtant le trouver, et apprend par lui ce qu'il faut qu'il fasse. Vous ne le saurez jamais par vousmême, il ftmt vous humilier. Vous avez un reste d'orgueil que vous vous déguisez à vous-même sous le goût de l'esprit. Vous n'en devez plus avoir; mais vous devez encore moins chercher à le satisfaire avec un confesseur; le plus simple est le meilleur pour vous, et vous devez vousysou-
* Le fni^mcnt cité par Voltaire coinincnce ici : c Que ne puis-je vous donner mon expérience », et liiiit à ces mots : « laissent un ville affreux ».
mettre en enfant. Comment surmonterez-vous les croix que llieu vous enverra dans le cours de votre vie, s. un accent normand ou picard vous arrête, et si vous vot.s dégoûtez d'un homme parce qu'il i.'est pas si sublime que Racme? 11 vous auroit éditiêe, le pauvre homme, si vous aviez vu son humilité dans sa maladie S et son rei)enlir sur cette recherche de l'esprit. 11 ne chercha point dans ce tempslà un directeur à la mode, il ne vit qu'un bon prêtre de su paroisse. J'ai vu mourir un autre bel esprit qui avoit (Mit les plus beaux ouvrages (lu'on puisse faire, et qui n'avoit pas voulu les faire imprimer, ne voulant pas être M.r le pied d'auteur ; il brûla tout, et il n'est resté de lui que quelques fragmens dans ma mémoire ^ Ne nous (.ccupons point de ce qu'il faudra tôt ou tard abjurer. Vous n'avez encore guère vécu, et vous avez pourtant à renoncer à la tendresse de votre cœur et a la délicatesse de votre esprit. Allez à Dieu, ma chère iiUe, et loul vous sera donné. Adressez-vous à moi tant que vous voudrez^'; je voudrois bien vous mener à Dieu ; je contribuerois à sa gloire; je ferois le bonheur d'une personne que J'ai toujours aimée particulièrement, et je rendrois un grand service à un institut qui ne m est pas indifférent.
FRVGMFNT D'UN ENTUKTIKN SlIU LES PEINES DU MARIAGE, ET COMMENT IL FAUT LES SUPPOUTEK. — AUX DEMOISELLES DE L\ CLASSE BLEUE. - Manuscrits de Voisaillos. Lellres édifiantes, t. V, p 10'.».
.... On parla sur les peines du mariage et sur les contraintes où sont les femmes; M- de Maintenon dit :
* Racine était mort le 22 avril 1099. ^
* Qui peut èlre ce bol esprit? On l'a vainement cherche.
-• Ici deux li-nes sont effacées à l'encre dans le manuscrit 1 *o8.
iO LETTRES DE M°"= DE MAINTENON,
<( Mon Dieu! quelle verlu il faut qu'elles aient! quand je pense à M""^ la duchesse de..., car il faut se servir de ce qu'on connoît pour vous instruire. Celte dame éloit la tille bien-ainiée de M. et de M'"^" la niaréclial«» de.... Ils la marièrent à un très grand seigneur et fort riche; elle ctoit fort aimable; cependant vous ne sauriez croire ce qu'elle a eu à souffrir. Son mari, qui n'avoit comme elle que quinze ans, commença par prendre de mauvais conseils et par les suivre. 11 tant avouer en passant que c'est un grand abus que de marier des enfans si jeunes, et vous devriez désirer toutes d'épouser plutôt des vieillards îsi vous étiez appelées au mariage. Ce jeune homme crut qu'il étoit du bel air de ne point aimer sa fenuue et de la laisser là, d'en aimer d'autres, qui même marquoient <lu mépris à cette femme ; il n'étoit presque jamais chez <dle ; à pt'inc la vouloit-il regarder, et ainsi elle souffrit, non-seulement dans l'esprit par l'humiliation, mais ^mcore dans le cœur par la tendresse qu'elle avoit pour lui, car elle l'aimoit véritablement. Voyez quelle épreuve ! <^lle l'a soutenue pourtant sans se plaindre ; on la voyoit changer, maigrir; on croyoit qu'elle se mouroit ; elle eul le courage de se taire, de n'en pas même parler à son père ni à sa mère, craignant qu'on ne fit un éclat, et i'tant persuadée que cela ne feroit qu'aigrir son mari, et (jne ce n'étoit pas par là qu'elle le feroit revenir. En effet, €e n'est pas par les plaintes (fu'on les ramène. Klle étouffa <lonc tout cela, ne se servit que de la patience et de la douceur. Cette conduite l'a charmé, et l'a fait rentrer en son devoir, et enfin ils sont très bien ensemble; mais ce petit martyre a duré près de dix ans ! » — lléhis ! madame, dit une maîtresse, nous pouvons bien dire que nous ne souffrons rien, nous autres religieuses. — « Assurément, reprit M'"^ de Maintenon, et nous n'avons pas tort quand nous disons à ces demoiselles que le maiiage a de grandes peines. Saint Paul en avertit les chrétiens de son temps,
et leur dit que les personnes mariées souffriront les afflictions de la chair. Encore, poursuivit-elle, si tous les maris étoient comme celui dont nous venons de parler, car, comme il n'étoit pas chez lui, au moins sa femme étoit libre dans sa chambre ; mais il s'en faut bien. La plui)art reviennent souvent plus d'une fois dans la journée, et ils reviennent en faisant toujours sentir qu'ils sont les maîtres; ils entrent en faisant un bruit désespéré, souvent avec je ne sais combien d'autres honuues; ils vous amènent des chiens qui gâtent tous les meubles ; il faut qu'une femme le souffre : elle n'est pas la maîtresse de fermer une fenêtre; si son mari revient tard, il ftmt qu'elle l'attende pour se coucher; il la fait dîner quand il lui plaît ; enfin, elle n'est comptée pour rien. » —On lui demanda si les femmes ne doivent jamais se plaindre : « C'est le mieux, répondit M"><^ de Maintenon; car à quoi servent les plaintes? A refroidir encore davantage, et à empêcher la réunion des esprits. Les parents d'une femme veulent apporter du remède à ce qu'on leur a dit : ils parlent ou font parler à un mari, qui n'en fait que pis ensuite; ils donnent quelquefois de mauvais conseils ; ils sont souvent cause que la dissension et l'aigreur continuent; au lieu que si on n'avoit rien dit, la paix seroit venue avec le temps. » — Mais, madame, lui dit-on, est-ce qu'une fenune ne peut pas dire ses peines à son père et à^ sa mère? — « Oui, répondit M"^^' de Maintenon, quand c'est pour prendre quelque bon conseil, mais jamais seulement pour se plaindre : il faut avoir assez de vertu et de sagesse pour passer entre Dieu et soi ce qu'on peut dérober à la connoissance des autres. 11 faut même bien prendre garde à ceci, car il y a tel père et telle mère qui ne scroient guère propres à vous donner un bon conseil ; mais quand c'est une mère sage ou même un bon directeur, il n'y a point de mal à dire ce qu'on souffre, pourvu, encore une fois, que ce ne soit pas seulement pour se
LETTilES DE M»" DE MAINTENON.
[ilaindrc. — Je connois, ajouta M'"*' do Maiiitoiion, un lionuno à la cour qui dit souvent au Roi, car c'est un de ses domestiques, qu'il n'a jamais pu savoir ce qui faisoit peine à sa fennnt', parce que, dit-il, « je ne lui propose jamais rien qu'elle ne l'accepte de bon cœur et qu'il ne paroisse même que ce soit sa pensée et qu'elle me l'alloit proposer. Si je lui dis que je veux aller à la campagne, elle me dit : Ah ! que cela sera bien, il fait très beau. — Si j'ajoute : Menons mon fils. — J'en serai ravie, dit-elle, cela m'occupera. — Si, un peu après, je lui dis : Non, ne le menons pas. — Je crois en effet ({ue vous avez raison, il vous embarrasseroit peut-être; et ainsi de tout. Je ne lui connois point de volonté. — Cependant, poursuivit M™** de Mainlenon, je connois cette femme-là ; je sais qu'elle sèche et qu'elle se fait une violence continuelle, et si vous demandiez un bon ménage à la cour, on vous nommeroit celui-là. Vous voyez par où il est bon : c'est que la femme prend tout sur elle; elle a peu apporté à son mari, aussi ne lui dépense-t-elle rien. Je lui dis quelquefois : Kst-ce que vous ne jouez point un peu pour vous anmser? — Ah ! madame, dit-elle, il ne seroit pas juste que, ne lui ayant rien apporté, je jouasse encore son argent. — Il faut ({ue ce soit son mari qui la presse d'acheter un habit '. » — 11 me semble, dit une demoiselle, que je vous ai oui dire que les bons ménages ne sont pas ceux où l'on ne souffre rien du tout, mais ceux où il y a un des deux qui souffre de l'autre sans rien dire? — « Oui, dit M™^' de Maintenon, ou bien quand ils ont assez de vertu pour se supporter tour à tour. »
' II est fncilo, à ces circonstances, de reconnaître que c'est do 51. et (le yi'^" de Dangeau que ]>arle M°"' de Mainlenon.
— FÉVniEU 1705. — 1 '
A M. bK CVUDINAL DE ^•OAILLES^
Mjiimsciils De Moucliy, t. U, !>• lî^l-
AMarly, ce 10 tVvrier (1705 •).
11 faut peu de chose pour m'accabler, monseigneur, et je suis souvent persuadée qu'une antre ne se plaindroit pas tant des peines que je vous confie, et dans lesquelles vous avez la bonté d'entrer. Mais j'ai une autre idée de ce qu'il l\uit ([ue vous souffriez pour être en l'état où je vous ai vu et dont je suis si touchée que je ne cesse d'y penser. Permettez-moi de m'expliquer avec vous librement, quoique je ne dusse que vous écouter, faire ce que vous ordonnez et prier pour vous. La droiture de mes intentions excusera tout.
Vous savez, monseigneur, si c'est vous qui avez désiré la place que vous occupez, et si on a eu de la peine à vous la faire accepter. Vous ne pouvez donc douter que c'est Dieu qui vous y a mis. Quel compte auriez-vous à lui rendre si vous en sortiez de votre propre mouvement? Je ne crois pas que vous acheviez votre vie aussi commodément que vous feriez si vous preniez ce parti-là, et
1 On a vu <iuolle confiance sans bornes M- de Waiiitenou avait dans rarchovè.,ue do Paris, cardinal de Noailles depuis 1700. Quan.l elle le vit accusé de jansénisme, son end)arras fut grand. Elle ne pouvait lui rester attachée sans entrer elle-nuMue dans une sorte «l'opposition à l'é.^ard du Roi, qui avait en aversion toute doc ri ne contraire à l'unité reli-icuse. Elle essaya d'abord de le soutenu faiblement, puis l'abandonna tout à fait, non sans souftrir beaucoup de ceue scission. L'occasion de cette agitation nouvelle avait ete le livre du P. Quesnel, liéflexions morales sur l'Evanfjile A. uixh(^\i-'(\uo. de Paris avait refusé, malgré les avis de Bossuet et de plusi.nirs docleurs, d'en condamner certaines propositions. La laineuse bulle Lnincnitus condamnera le jansénisme en même temi.s que ce liM'e en 1715, et ces troubles, se propageant pendant le dix-huiliemc siècle, s'v mêleront aux préludes de perturbations i.lus graves.
^ LavaÙée date cette lettre, à tort suivant nous, de liOl. In«J«^^P5^Y damment d'autres raisons, la cour n'était pas à Marly le 19 lévrier 1 m et v était le 19 février 1705. Voir le Journal de Dangeau.
apparomniont Dieu demando do plus grands travaux h celui à qui il a tant donné. Qu'y a-t-il donc à faire, monseigneur, pour répondre à ses desseins? Il faut vous mettre en état de travailler utilement. Un seul endroit vous manque.
Esl-il impossible d'eflacer ce soupçon d'aimer et de favoi'iser ceux (|ui sont du parti janséniste? car il me semble qu'on ne dit rien de plus et que personne ne vous accuse de l'être. N'est-ce pas là tout ce que vous avez à faire, et ne devez-vous pas lever cet obstacle qui s'oppose seul aux biens aux(|uels vous paroissez destiné ? Quant aux moyens, vous les connoissez mieux que moi. On ne vous accuse point d'être quiéliste, ni tous ceux qui vous enviionnent. Pourquoi ne vous laveriez-vous pas tous du même soupron sur le jansénisme? Vous essuieriez alors le décliaînement des jansénistes conune vous l'essuyez de l'autre cabale; mais vous seriez en état d'édifier et de conduire à bien et le Roi et tous ceux qui ne tiennent à aucun parti. Jamais les fésuites n'ont été si foibles qu'ils sont, je le vois souvent, et la force que vous auriez si ce nuage de jansénisme pouvoit se dissiper. On est averti que vous avez des commerces directs et indirects à Rome avec des gens qui y ont été les plus acharnés pour les jansénistes et contre le Roi. Crovez, monseigneur, que tout lui revient et qu'il n'a aucun tort de vous soupçonner. Ce n'est point sur les discours du père de la Chaise : le bonhomme n'a plus de crédit. D'autres personnes parlent, écrivent, et encore une fois il a raison de penser comme il pense. Cependant les choses ne sont pas sans remède. 11 est prévenu d'estime pour vous; il croit votre vertu sincère, et la regarde avec respect; il m'a permis de vous donner les avis que je vous donne sur vos commerces à Rome, et c'est une grande marque de considération pour vous. Je le touchai en lui disant une partie de notre dernier (conversation,
et je vois très-clairement, monseignein-, que si vous vous déclaiiez bien hautement et que vos gens de l'archevêché fissent de même, il seroit pour vous comme les gens de bien peuvent le désirer. 11 me nomma ce jour-là M. de Reaufort. Je ne sais si je me trompe, mais il me semble qu'il est aisé de s'expliquer si nettement et si fortement que nous ne laissions aucun doute. Pardonnez-moi, monseigneur, toutes mes libertés : vous en vovez la cause. J'aime le bien, grâce à Dieu, et j'aime votre personne, voilà ce qui me fait agir et me rend si sensible dans celte occasion. Je mourrai apparemment devant vous; je voudi'ois voir le Roi entre vos mains.
Le roi et la l'eine d'Angleterre sont bien touchés de se croire mal avec vous, et vous demandent de les voir pour s'expliquer sur tout ce qui s'est passé. 11 ne vous convient ni aux autres d'êlie brouillés, et il ne convient pas non plus que la cause en revienne au Roi. Voyez-les, monseigneur, je vous en conjure. Eh bien ! ne vaudroit-il pas mieux ne point lire V Année chrétienne^ que de donner de telles scènes? Toutes ces pénitentes du Père de La Tour ont-elles d'autres livres que ceux qui s'appellent de ces Messieurs? Les autres ne sont-ils pas dans le mépris comme ceux qui les lisent? Ne sont-ce pas là des marques de cabale, qui détruisent toute l'édification qu'on devroit tirer de la sainteté de leur vie? C'est au moins l'effet qu'a fait sur moi la conversion de M^^ de Caylus. J'aurois été ravie si je Pavois vue simple, estimant la piété partout, lisant tout ce qui est bon sans prétention, et se tenant mémo à la plus grande simplicité, qui est ce qui convient à notre sexe, mais il n'y en a plus depuis ces nouveautés. Elles portent l'orgueil avec elles. Il faut des livres faits exprès; il faut de belles traductions. La Vie des Saints est en mépris, avec Grenade, Ro-
* Excellent livre de M. Le Tounieux, qui était de Port-Royal.
(Iriguès, saint François de Sales, etc. Je ne sais comnienl les conducteurs de ces fenunes-là, par j»olitique même, ne les tiennent pas plus humiliées, car leur décision manjue trop clairement qu'elles souliennent im parti.
Je reçois dans ce moment voire lellre d'hier. Si vos peines junivoient diminuer par l'intérêt que j'y prends, je ne vous en laisserois i^uère. il seroit très-mal de nous manquer lundi. Je voudrois qu'il fût arrivé pour n'être plus ici et pour être avec vous.
A M. LE COMTE D'AYKN.
Maïuisciits De Moucliy, t. III, j». \±
A S:iiiil-Cyr, c.^ G mai (1705).
Je voudrois un commerce de lettres avec vous, monsieur le comte; mais de quoi seroit-il rempli? Nous n'osons traiter les affaires sérieuses; nous n'aimons point les hagatelles, nous en sonnnes même assez mal instruits. Je iw suis point savante, vous n'êtes point dans le secret de la conduite de Saint-Cyr; que pourrions-nous nous dire? Votre santé va son train, la mienne décline; demandez donc au marquis de la Vallièie quel sujet il veut que nous traitions, car pour moi, je n'en trouve aucun. La prudence rend de fort mauvaise compagnie, et la probité attire de méchantes affaires; je l'ai éprouvé ce matin. M. le duc de Uichelieu est venu me demander mon approbation pour se séparer de M™'' sa femme*; je n'ai pu en conscience entrer dans ses senti mens; il est sorti lu-
* Ou se rappelle quels avaient éiè les liens de M"*" de Maiuteuou, nu touips de sa pauvielé et au coiuuienconicut de sa faveur, avec le duc et la duchesse de Richelieu (voir la lettre du 4 juillet 1081 et la note p. 12l)j. Cette première duchesse de Kichelieu (Anne l'oussart de Fors) mourut le 2S uiai iG8i. Deux uiois après, le 50 juillet, le duc de Kichelieu se reuiariait à Marjruerite d'Aci|jrné, qui fut la mèio
rieux de mon parloir. Je pourrai vous instruire de la suite de cette tragique aventure. Dieu veuille que vous avez à m'en mander de plus agréables ! Je vous embrasse, mon cher comte, et vous estime trop pour ne pas vous aimer tendrement.
A M. LE COMTE D'AYEN
Manusci'ils de MoucIiy, t. ill, p. 48.
A Versailles, ce 27 mai (170Ô).
Mon frère est mort à Vichy, le 22 de ce mois; c'est une consolation pour moi de pouvoir le reconmiander à vos prières et de vous conjurer de lui en procurer. On me mande qu'il a eu de grands sentimens de piété. J'espère que Dieu lui aura fait miséricorde. La comtesse d'Ayen, que j'ai vue un moment ce matin, m'en a paru fort touchée. M'"« de Noailles l'a ennnenée à Paris pour voir sa mère; on ne peut trop tôt finir ces scènes-là, qui sont inutiles aux morts et à charge aux vivans*.
du duc de Frousac, plus tard le célèbre maréchal de Richelieu. Elle mourut en 1698. Eulin, eu 1702, à l'â-e de soixaute-quatorze ans, le duc de Richelieu épousait la marquise de Noailles, veuve d un trere du maréchal de Noailles. Eu se mariant, ils fiancèrent ensemble leurs enfants, le duc de Frousac, qui avait sept ans, et M»"» de Noadles, (lui en avait dix. « Le vieux couple, dit Saint-Simon, avoit de l'esprit mais l'humeur de part et d'autre peu concordante, qui donna des 'scènes au monde. » Ce ne fut cependant qu'en 1714 qu'ils se séparèrent; le duc de Richelieu avait alors quatre-vingt-six ans,
* Le ton de cette lettre justilie assez ce qu'a dit Saint-Siinon (Addition aux Mémoires de Dan-eau, t. IX, p. 200) : « Ce fut une grande délivrance pour M"'' de Maintenonque la mort de ce frère.... 11 y avoit longtemps que Madot, prêtre de Saint-Sulpice, ne le quittoit point, à leur c^rand ennui à tous deux, et qu'on le proinenoit aux eaux, ou on pouvoit, pour l'éloigner du monde, où il disoit son avis fort librement sur sa sœur, et de tout, et parloit volontiers dn beaufrère. » — M'»'^ de Maintenon n'en reçut pas moins, a 1 occasion de cette mort, de nombreuses lettres de condoléance, du Roi et de la reine d'Espagne, de la reine d'Angleterre, etc., ce qui prouve seuleiiienl ce qu'on crovait lui devoir.
18 LETTRES DE M- DE MAl^TENON.
M. le duc de Bourgogne part demain au matin»; mais ne vous inciuiélez point, vous aurez le temps d'arriver avant ([u'il se passe rien de considérable, et peut-être y serez-vous assez tôt pour vous bien ennuyer.
Je ne puis vous dire combien j'ai reçu de marques de bonté et d'attention pour moi de M. le maréclial de Noailles et de M">" la duchesse de Guiclie. Je veux bien leur être obligée, mais je suis lâchée des peines que je leur ai données. Adieu, mon cher conite, j'ai un peu mal à la tête; du reste je me porte assez bien.
A M. LE COMTK D'AVEN.
Manuscrits Do Moucliy, t. lU, p. 50.
A Saint-Cyi-, ce 9 juin (1703).
J'ai pleuré M. d'Aubigné; il étoit mon frère et il m'aimoit fort; il étoit bon dans le fond, mais il avoit vécu dans de si grands désordres que je puis dire qu'il ne m'a donné de joie que dans la manière dont il est mort; c'est un des grands exemples de la boulé et de la miséricorde de Dieu. 11 a tenu des discours trés-édifians et (lui partoient de son cœur : vous savez qu'il n'éloit pas grand parleur. M'"*^ la comtesse d'Ayen a paru véritablement affti-ée sans rien exagérer. 11 faut louer Dieu de tout, et je ne puis assez le remercier de pouvoir vous écrire comme je fais. C'étoit une grande sagesse à votre âge d'être au-dessus des folies du monde autant ({ue vous l'étiez; mais que cette sagesse soit présentement la sagesse d'en haut, c'est un bonheur pour vous et pour ceux ({ui vous aiment auquel je ne m'accoutume point et dont nous ne pouvons avoir assez de reconnoissance. Ma santé
i II allait rejoindre le maréchal de Tallard à rannée du Rbin.
a toujours été languissante, mon tempérament a été assez délicat toute ma vie ; Tàgc et les chagrins ne le fortifient j>as. C'est beaucoup que je ne sois pas réduite dans un lit, où, par la situation où je suis, je souffrirois beaucoup. Ce lieu ici m'est d'une grande consolation; j'y suis près de Dieu, loin du inonde, en paix et en liberté. Duché m'a fait reproche de ce qu'il ne travailloit pas pour Saint-Cyr. Il m'a envoyé une histoire courte et assez jolie. M. le maréchal se ruine en musi(iuc pour moi et contribue à ce chant des hymnes et des caiiliqut^s que saint Paul conseille aux chrétiens. J'espère que la piété vous unira avec notre prince \ quoique jusqu'ici il nous l'ait montrée fort sauvage. Adieu, mon cher comte, je suis un peu fâchée de vous aimer autant que je fais, n'étant point à portée de jouir de votre commerce.
A M. LK COMTE D'AYEN
Manuscrils De Mouchy, t. 111, p. Gl.
Ce 11 septembre, à 3Iarly (1705).
M™* la comtesse d'Ayen nous dit adieu hier; elle part de tout son cœur, et mérite que vous acheviez d'en faire une femme raisonnable ^ Elle est en bon chemin; mais elle a encore à faire. Je vous assure, mon cher comte, ([ue je sens toute ma tendresse revenir à mesure qu'elle revient'% et que je suis ravie de la voir un peu plus digne de vous.
Elle a eu envie d'une demoiselle de Saint-Cyr pour
* Le duc de Bourgogne, que le comte d'Ayen allait rejoindre à l'armée du Rhin.
^ Le comte était malade à Strasbourg; sa femme allait le rejoiiidie l>our se rendre avec lui à Plombières, où il devait prendre les eaux.
' A mesure que la comtesse revient à plus de raison.
20 LETTRKS DE M"" DE MÂINTENON.
lui tenir compagnie; M- la duchesse de Guiclie l'a encouragée à me la demander; elle doit en mener une (jui en est^^sortie il y a déjà longtemps. Jugez de l'estime que j'ai pour vous et pour elle de vous confier des filles que je regarde comme miennes. Achevez de vous guérir, s'il est possible ; donnez tout le temps nécess:dre pour vos remèdes. La langueur est toujours fâcheuse, mais je la trouve insupportable dans la jeunesse. Il n'y a pas d'apparence qu'on puisse rien faire de plus en Allemagne que ce que vous avez fait. M. le duc de Bourgogne aura, je crois, quitté l'armée plus tôt (lue vous ; soyez donc en repos, et croyez que je vous aime tendrement parce que je vous estime beaucoup. Ma nièce vous dira qu'elle nous a tous laissés en bonne santé.
A M- DK BE.VULIEU, DAME DE SALNT-LOUIS.
IJil.lioUi. national.'. M.innsnils Fr., noiiv. aci., IJ58, p. lins. ilanuscriLs do Vei<aillos. Lettres édifiantes, l. \ , p. 4o.
(iO octobre 1705'.)
11 faut bien qu'une première maîtresse figure à la récréation et que ce soit elle qui apprenne de mes nouvelles aux autres; mais je ne puis rien dire de gai : j'ai le cœur serré de la douleur de notre princesse depuis que M. de Savoie a déclaré la guerre au Roi.
0 mes chères filles, que vous êtes heureuses d'avoir (luitté le monde! Il promet la joie et n'en donne point.
1 Celle lettre doit sans doute être datée de Fontainebleau, 10 octobre 1703, car Dan-eau nous apprend que, ce jour-la, on joua aux petits jeux chez la duchesse de Bourgogne. La veille, on avai reçu de mauvaises nouvelles de l'année d'Italie et on avait eu la certitude de la rupture, avec le duc de Savoie.
Le roi d'Angleterre » jouoit hier dans ma chambre avec M"^"^ la duchesse de Bourgogne et ses dames à toutes sortes de jeux; notre Roi et la reine d'Angleterre les regardoient; ce n'étoit que danses, ris et cmportemens de plaisirs, et presque tous se contraignoient et avoient le poignard dans le cœur. Le monde est certainement un trompeur; vous ne pouvez avoir trop de reconnoissance pour Dieu de vous en avoir tirées.