A M'"'' D'AUMALE
Biblioth. nationale. Mss. Fr., n» lo200.
Juin 1717.
De quelque utilité et de quel(iue plaisir que M"« votre fille me soit, je ne puis regretter son absence, madame, quand je pense à la joie que vous avez de la voir. Je ne suis pas surprise que votre paroisse soit édifiée de sa contenance à l'é-lise, puisque je l'ai vue admirée par le Roi et toute la cour. Vous nous la renverrez, madame, quand il vous plaira; elle est attendue avec impatience et sera reçue avec joie. J'en ai beaucoup de pouvoir vous assurer que je suis avec toute l'estime que vous méritez, madame, votre très humble et très obéissante servante.
A M"" LA COMTESSE DE CAYLUS
Collection Morrison. Fragments du journal.
Ce 20 décembre (1717).
Je ne reçus qu'hier au soir votive lettre. M. le maréchal de Yilleroy se préparoit à me dire bien des choses et trouvoit que le temps nous manqueroit; cependant il ne m'apprit rien et passa assez légèrement sur les affaires de l'Église. La conversation fut assez languissante sur le lemps^^présenl ; mais, étant sur le passé et sur tous ceux que nous avons perdus, nous ne pouvions plus finir.... U se moqua de moi quand je lui dis que je ne m'ennuyoïs pas; il est incapable de comprendre que je doive et encore moins que je puisse m'oecuper de Saint-Cyr; et il rabattroit bien de l'estime qu'il a pour moi s'il me voyoït montrer à lire à M"« de la Tour et examiner la vocation d'une postulante.... Remerciez bien M. le cardinal de
Rohan, je vous prie, de ce qu'il a fait pour la pension de deux jeunes gentilshommes auxquels je m'intéresse véritablement et que je crois avoir ôtés au parti.
.... M'"« de Monlespan atteloit six souris à un petit chariot de filigrane, et s'en fesoit mordre ses belles mains. Elle avoit des cochons et des chèvres dans des lambris peints et dorés. Le [\oi la montroit aux ministres en se récriant sur le badinage des Mortemart; mais elle savoit tous les secrets de l'État et donnoit de très bons conseils et de très mauvais, selon ses passions. Voilà qui me feroit craindre M'"'' de.... (sic).
A M- LA MARQUISE DE DANGEAU
Collection Morrison.
Ce 5 septembre (1718).
Vous avez trop de bontés pour moi, madame, pour ne pas prendre quelque part à ma douleur, qui seroit bien moindre si M. le duc du Maine-étoit mort^ Je sais aussi combien M. de Dangeau y a été sensible. J'ai écrit à Melun, comme vous me l'avez ordonné, et, sans vous rendre compte du long détail qu'on me fait de tout ce qui s'est passé à l'égard de M""^ de Rarneval, elles se contenteront de quatre mille cin([ cents livres en se chargeant de toutes les dépenses pour les accommodemens de la fille et les frais des cérémonies. Elles ont raison de ne pas vouloir de pension, car elle n'auroit aucune sûreté; mais comment trouver ce qu'elles demandent? Pour moi, je ne puis plus rien par la quantité de misérables dont je suis accablée. Votie charité vous attire une grande importunité. Je partage, madame, les obligations que vous doit M'"« d'Auxv, croyant v avoir contribué. Vous lui faites
* La conspiration de Cellamare venait de se découvrir, et le duc du Maine était prisonnier.
un honneur qui établira sa réputation et l'encouragera pour l'avenir ^ C'est ainsi que vous remplissez votre vie de toutes sortes de bonnes œuvres.
A M-"^ LA MARQUISE DE DANGEAU
Colleclion Morrison. - Manuscrits de Versailles. Lettres édifiantes, t. VU, p. o8-.
Ce 8 novembre (1718).
Je reprends de bon cœur le commerce que vous voulez bien avoir avec moi, madame, quoiqu'il ne puisse être qu'ennuyeux de mon côté. Vous êtes à la source des événemens du monde et je ne vois que mon ouvrage Deux choses me sont demeurées dans l esprit sur notie dernière conversation : je crains, madame, que vous ne rebutiez M. de Dangeau ; vous êtes austère et vous ne comprenez pas assez la force de l'habitude. J'ai vu M"^» de Montchevreuil dans des inquiétudes pareilles aux vôtres; elle désespéroit son mari par son àpreté sur la piete. Elle vint dans ce pays-ici ; elle fut conduite par un homme très droit, et je me souviens quelle me manda un soir : « Que diriez-vous de moi? C'est demain le jour de Pâques, et je passe la soirée à jouer au trictrac avec M de Montchevreuil? » Tout le monde, madame, n est pas capable des recueiUemens que vous demandez, et vous devez être bien contente d'un homme qui a de la foi, qui n'a aucun vice, qui est bon par son naturel et qui n'est que foible.
i On voit M- (le Maintonon fidèle jusqu'à la lin à toutes cesjuvres de ch n-ité, parmi lesquelles on a vu souvent ligurer cette M«Me BanievaM^^état une noble Irlandaise venue à la suite des btuart. exilés e chargée d'une no.nbreuse famille. M- d'Auxy est Jeannet cette en ant que M"« de Maintenon avait élevée, et qu, d.stravnt qu Iquèfois le Roi après la mort de la duchesse de Bourgogne.
A M-^ LA MARQIISE DE DANGEAU
Blanuscrits de VorsaiUcs. Lettres édifiantes, t. VU.
Ce 9 février 1719.
Je me plaignis hier à M'"*' de Caylus de ce qu'il y avoit longtemps, madame, que je n'avois reçu de vos lettres, et dans ce moment- là on m'en ap[)orte une datée du 4 de ce mois et venue par la poste.
On dit que la citadelle* est horrible. Je suis bien aise que M"^»^ la princesse soit contente du prince de Dombes. Le pauvre Malézieu me fait grand'pitié ; il est trop vieux pour s'être abandonné aux autres. Je voudrois bien que vous fussiez mieux instruite sur ce qui regarde M. de Pompadour^ C'est beaucoup, madame, que vous espériez qu'on ne fera de mal à personne. Je vous prie de remettre la visite que vous me proposez au carême; je suis dans une foiblesse qui me rend incapable d'une attention de suite. Venez aux jours gras, car nous ne trouverions pas ici de quoi faire un repas maigre. M™* de Caylus, vous et moi serons bien fâchées si elle ne peut être de la partie. Il n'y faut pourtant pas penser, à moins qu'elle n'eût un lit. Elle vous aura dit, madame, ce qui s'est passé pour elle; je voudrois la laisser en possession d'être payée comme je le suis, et cela n'est pas aisé. Rien n'est égal à la manière dont M. le Régent a reçu ma proposition''. Je serois bien fâchée que vous perdissiez votre comtesse; elle me paroît nécessaire à Courbevoie*.
* De Dourlans, où était M. le duc du Maine.
* Père de M'"^ de Courcillon; il avait pris part à la consj»iration et était pi'isonnier avec le duc du Maine.
^ M"" de Maintenon avait obtenu qu'après sa mort une pension de 10 000 francs fût réservée sur ce qui lui était accordé à elle-même, pour être attribuée à sa nièce M"' de Caylus.
* M. et M*"" de Dangeau avaient une maison de campagne à Courbe voie.
30 i LETTRES DE M- DE MAINTENON.
Bonsoir, je suis bien prcs de tomber en foiblcsse ; la petite fièvre me consume et on m'ôle presque toute nourriture. Adieu, mn obère madame.