‹ Madame de Maintenon d'après sa correspondance authentique [microform]: choix de ses lettres et entretiensChapitre 87 sur 98 · A LA REINE D'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

A LA REINE D'ANGLETERRE

Manuscrits de Versailles. Lettres édifiantes, t. VI, p. 705.

(Mercredi, 21) août 1715.

C'est pour obéir à V. M. que je lui envoie cette lettre à Châlons, car je ne sais point d'adresse pour qu'elle lui soit tenue sin^ement. Le mal du Roi diminue un peu en ce qu'il est moins altéi^é et qu'il se soutient sur ses jambes. 11 n'a point de fièvre; il n'a pas grand appétit; il dort fort bien et a des sueurs un peu trop fréquentes et qui l'affoiblissent. Tous les médecins de Paris et de la cour sont convenus d'un régime pour lui auquel il aura de la peine à se soumettre. Je lui ai proposé l'exemple de V. M.; mais il ne sait point être malade ni se soumettre aux règlemens. 11 a pris aujourd'hui de la casse qui Fa très bien purgé ; il a eu deux conseils et, le soir, la musique, où j'ai mené les dames qui ont accoutumé d'y être.

Les affaires de Rome lui ont fait de la peine et lui en font encore; le pape ne lui rend aucune réponse; il s'oppose à tout et ne propose rien; le parlement fait de grandes difficultés. Nos cardinaux et M. le chancelier tâchent de les lever. M. Amelot revient, se trouvant inutile à Rome. Je demande encore pardon à V. M. de n'avoir pas l'honneur de lui écrire de ma main.

Les mémoires de Danj^eau donnent des détails qui pennettent de fixer la date de cette lettre au 21 août. Le Roi était souffrant depuis une dizaine de jours de la maladie dont il ne se releva pas.

Il mourut le dimanche matin 1" septembre. M"" de Maintenon était venue dés le vendredi soir 50 août se retirer définitivement à Saint-Cyr, après avoir distribué autour d'elle tout ce qu'elle avait dans l'appartement de Versailles. On a vu dans

ÔH LETTRES DE M DE MAlNTENON.

noire Iniroduclion que Louis XIV ravail recommandée au duc d'Orléans, qu'elle s'élail conllée elle-même à son écjuité, et que ce prince y avait répondu avec son sentiment d'honneur habituel. 11 avait été stipulé lors de la fondation de -Sainl-Cyr qu'elle y aurait toujours son appartement et son entrelien. Elle s'était réservé l'usufruit de sa lerre de Maintenon, qu'elle avait donnée au duc deNoailles; le Hégent lui confirma la modeste pension qu'elle recevait sur la cassette du Roi et qu'elle distribuait en aumônes. Tout cela ne îaisait pas un bien considérable, surtout si Ton se rappelle ce qu'avait exigé et oblenu jadis une Montespan, et ce qui était accordé à tant de persoinies de la cour. Peu de chose fut ajouté au mobilier très simple de l'appartement de Saint-Cyr, elle ne conserva ni domestique particulier ni son vieux carrosse. Pendant quelque temps, sa solitude fut absolue. Elle admit ensuite quelques amis, le maréchal de Villeroy, M"" de Dangeau et M"" de Caylus. Elle reprit sa correspondance, s'appliqua de nouveau à la direction de Saint-Cyr, et c'est de celle période que datent quelques-uns de ces Entretiens où nous l avons vue préciser les souvenirs de sa jeunesse. La lettre qui suit nous la montre réglant ses affaires, avec ce même esprit de bonne règle et de modération qui avait toujours fait le fond de son caractère.

A M, LE DUC DE NOAILLES

Manuscrit De Longuerue, fol. 8i>. Inédite.

7 septembre 1715.

Vous aurez su, monsieur, la visite que je reçus hier matin, dont j'ai sujet d'être contente». On ine dit le bien qu'on me vouloit faire, j'en remerciai, et j'assurai, comme il est vrai, que je n'aurois pas tant demandé. Mes amis ont voulu savoir ce que le Roi me donnoit et je l'ai dit. Vous me ferez fort grand plaisir, mon cher duc, de vous mêler de mes affaires, qui sont les vôtres. J'ai louché ma

* C'est la visite du Régent. Voir rintroduciion.

— SEPrEMHUK 171;). — 375

pension de G 000 livres. L'ordonnance de celle de 9 000 livres est signée; mais il mauijue encore quoique chos(; pour qu'elle soit payée. Ce que je touchois du Roi a été pavé le premier de juillet; ainsi je n'aurois rien reçu (jue le premier jour d'octobre. M. de Guignonville agira sous vous. H est intelligent et bien affectionné pour vous et pour moi. Vous devez suivre l'affaire que j'ai avec les chanoines de Cliarli'es,et finir le plus tôt que vous pourrez les comptes de M. d'Elpec.h, qui augmenteront toujours si nous ne les mettons en règle. On ne demande point d'intérêt et la somme s'accumule. Je vous aurois vu hier si vous étiez venu, et je vous verrai quand vous voudrez; mais si vous n'avez rien à me dire de nécessaire, je voudrois que vous retardassiez le plus que vous pourrez, car c'est un exemple que je puis donner aux autres. J'embrasse ma chère nièce, que je verrai aussi le ])lus tard que je pourrai, rien ne pouvant plus adoucir mon état que la solitude. M. le cardinal m'a fait l'honneur de m'écrire. Uendez-lui-en mille grâces de ma part, et l'assurez que je n'ai point cessé d'avoir pour sa personne toute l'estime, tout le respect et toute la rcconnoissance que je dois.

Je finirai ma lettre par vous demander un présent, c'est de ces pastilles de guimauve que vous m'avez données le premier, et qui depuis ce temps-là me sauvent de tous mes rhumes. Je ne doute point de votre amitié poiu' moi, mon cher duc, et vous ne devez point douter de la mienne. J'oubliois l'article de mes gens. M. le maréchal de Villeroy a piis un de mes laquais et offre un emploi à un autre. Je mets le plus jeune en métier. Le plus abandonné de tous est le garçon d'oftice, Léger, qui n'a rien du tout et une grande famille. Pinson a une petite charge chez le Roi ; mais il n'en est point payé : ainsi on peut dire qu'il n'a rien; c'est un garçon de mérite. Cholet est un saint; bon domestique; il a deux

petites charges, une chez le Hoi et une chez M"'^ la duchesse de BeiTV. Mon cuisinier est placé. De Lisie, mon

Al *

maître d'hôtel, seroit assez bien s'il étoit payé. C'est un homme à acheter pour la fuh'lilé et le désintéressement. Voilà à peu près le compte de mon domestique. Je ne crois pas que Léger voulût servir ; il a un petit bien en fonds de terre à deux lieues d'ici et une grande famille; il est fourrier chez le Roi et a une pension de mille francs, mais rien de payé.

A M-^ LA PRINCESSE DES URSINS

Musée brit., Add. tnss., n» 209:*0.

M a ri y, lo 11 st>ptembre 1715.

Vous avez bien de la bonté, madame, d'avoir pensé à moi dans le grand événement qui vient de se passer; il n'y a qu'à baisser la tête sous la main qui nous a frappés.

Je voudrois de tout mon cœur, madame, que votre état fût aussi heureux que le mien. J'ai vu mourir le Roi comme un saint et comme un héros. J'ai quitté le monde que je n'aimois pas; je suis dans la plus aimable retraite que je puisse désirer, et partout, madame, je serai toute ma vie, avec le respect et l'attachement que je vous dois, votre très humble et très obéissante servante.

A M"" LA COMTESSE DE CAYLUS

Collection Morrison. — Manuscrits de Versailles. Lettres édifiantes, t. VII,p, lil.

Le 7 novembre 1715.

Je ne saurois croire que votre santé soit assez affermie pour pouvoir faire un voyage en carrosse ; mais puisque vous le voulez absolument, venez quand vous vou-

— NOVEMIîUE 1715. —

drez, après m'avoir avertie du jour et de l'heure autynl que vous pourrez. Je vous ai mandé, ce me semble, que vous trouverez une messe. Ne fei'iez-vous pas mieux d'amener toutes les dames pour la première fois? Je crains qu'elles ne se fâchent tout de bon, et vous ne devez fâcher personne. 11 ne seroit plus question après cela de mesurer vos visites, et M"'« de Dangeau et vous pourriez venir seules. Ce que je vous dis là est pour vous, car pour moi je n'ai plus rien à démêler dans le monde. H arriveroit peut-être qu'elles ne pourroient pas venir le jour que vous leur proposeriez, et elles n'auroient rien à vous reprocher. Après cela, je vois venir M'"*' de Mailly, ^fme (Je Villette et M"^*' d'Aubigné; je vis hier M. le duc du Maine. Vous m'annoncez M. le cardinal de Rohan. La reine d'Angleterre m'a mandé qu'elle viendroit au premier jour. Le maréchal de Villeroy me presse tout de nouveau. En vérité, ma chère nièce, ce n'est pas là une retraite ni une vie tranquille. Chaque visite me rend toute l'amertume de la cour et me fait malade à coup sûr. Ce n'est pas que je n'aie une grande envie de vous voir, et que je ne fusse très affligée si je prenois la résolution de ne vous voir jamais.

Je souhaite de tout mon cœur que vos affaires finissent, j'en sais bon gré au duc de Noailles et je suis bien fâchée de lui savoir tant d'ennemis. Votre projet est bien sage; il faut espérer que, n'ayant pas un sol, vous diminuerez un peu de votre dépense. Vous me failes très grand plaisir de me mander des nouvelles de M. Fagon. Assurez-le bien que jusqu'à la mort mon cœur sera plein d'estime, d'amitié et de reconnoissance pour lui. J'ai été bien aise de savoir M. de Bonrepaux d'un Conseil, et je le serois encore davantage s'il y pouvoit fîiire du bien. Ne me laissez pas ignorer, ma chère nièce, les nouvelles d'Angleterre. Ma santé est à peu prés comme vous l'avez vue depuis dix ans.

gUÊSÊ

liMMË

A M" LA MARQUISE DE DANGEAU

Collottioii Mon ison.— Maniiscrilsde Versailles. Lelfresédifianlcs,l. YII. p. 129.

Ce 10 liovenihro (1715).

Voici donc, madimo, puisque vous lo vouloz, collo rcrilure que vodv houle' vous fait lire avec plaisir; elle n'est plus si belle, cal- la main se seul de la foiblesse, qui est présentement mon plus grand mal. Enfin j'ai consenti au voyage de M"'« de Caylus, et je crains bien de m'en l'epentir par rai)port à sa sanlé. Je ne vous verrai pas avec joie ; mais, malgré ce qu'il m'en pourra coûter, je meurs d'envie de vous embrasser, et je puis vous dire avec vérilé (pie je ne vous ai jamais tant aimée. On ne peut s'en expli(pier plus grossièrement, et cependant je suis persuadée que vous le trouverez très bon. Le commerce de M"' de Courcillon * est ce qui vous convient le plus dans l'état où vous êtes; elle ne vous détournera pas de Dieu, et l'application à Dieu a besoin d'un divertissement aussi innocent. Je le prie de tout mon cœur de vous donner la joie de voir M. de Dangeau aussi pieux que vous.

A M-" LA PRINCESSE DES URSINS

Mus«'c brit. Add. m.w., n' 20 9^.

Saint-Cyr, le 27 iléccmbre 1715.

Il est vrai, madame, que je m'éloigne du monde le plus qu'il m'est possible, et que, si mes amis avoient un peu moins de bonté pour moi, je ne verrois plus personne ; mais il est vrai aussi que je n'oublie pas ceux que j'ai estimés, aimés et honorés, et que je pense très

* La petite-fille de M"' de Dangeau.

-- JA>:VIEll 171(1. —

souvent à vous, en vous désirant ce que je crois qu'il y a de meilleur. J'aurois cru, madame, que vous iriez à Home, et j'en étois bien aise par rapport à vos yeux; les miens ont un sort bien différent : j'ai quitté les lunettes que j'avois prises il y a trente-cinq ans, et je travaille en tapisserie jour et nuit^ car je dors peu; ma reiraite est paisible et très complète. Quant à la société, on ne peut en avoir avec des personnes qui n'ont nulle connoissance de ce que j'ai vu, et qui ont été élevées dans cette maison, dont elles savent uniquement les règles.

11 n'y a point d'état sur la terre, madame, qui n'ait ses peines; votre bon esprit, votre courage et la douceur de votre sang ont toujours diminué les vôtres. Notre inaréchaP ne me voit presque plus; mais il m'oblige tous les jours de sa vie : il est le refuge de tous les misérables. Vous seriez bien contente des discours du public sur son mérile ; je sais des gens qui ne l'aiment pas, qui ne peuvent disconvenir qu'il fait un beau personnage.

Croyez, madame, que je ne puis. oublier les marques de votre bonté pour moi, et que je mourrai avec le même attachement pour vous. Ces termes ne sont point assez respectueux, mais vous en connoissez le fond.

A M. LE MARÉCHAL DE VILLEROY

[Aii^'ei], l. VI, p. 73. — Miscellanies ofthe philobiblon Society, t. XIII, 1872.

Paris, 5 janvier 1716.

J'ai relu, monsieur, votre lettre avec plus de loisir que lorsqu'il falloit y répondre. Dieu veuille maintenir le prince dans ces sentimens de religion et de justice

* Le maréchal de Yilleroy.

580 LETTHES I>E M-" DE MAINTENON.

que VOUS dites voir en lui ! 11 y gagncroit beaucoup en toute façon. On nous assure que le pape est très mal; mais cette nouvelle-là ne vient pas de bon lieu.

Avouons, après avoir satisfait pleinement à nos devoirs envers M""^ la princesse des Ursins, qu'elle est trop frivole pour son personnage et pour son âge. Je ne demande jamais de détails sur le chevalier de Saint-George, mais seulement si ses affaires vont bien ou mal. Ayez la bonté de vous faire lire la lettre de M'"* de Saint-Remi Deslandes, pour voir si ce qu'elle a suffit pour gagner son procès, car il ne faut pas que nous l'entreprenions que nous n'en soyons comme assurés.

Je voudrois de tout mon cœur, monsieur, pouvoir vous contredire quand vous vous plaignez, et trouver des raisons pour vous consoler ; mais j'avoue que je vous trouve très malheureux et sans remède; au moins est-il bien éloigné. Je n'ai pas mie agréable idée de vos conversations avec M. du Maine, dont l'état est encore pis que le vôtre; ces pensées-là troublent souvent le repos de ma retraite*. Plus on fait de réflexions sur l'état de la France, plus on désire la vie du jeune Roi, et ce ne sont point les ennemis de M. le duc d'Orléans. Le mariage que vous faites est très sage, monsieur, et bien assorti; je voudrois que celui de M. de Yilleroy le fût-, car je n veux pour vous que la douceur d'une famille bien unie. Vous avez trop de bonlé de vouloir savoir des nouvelles de ma santé; elle est surprenante pour mon âge.

Nous sommes accablés ici de malades ; nous ne voyons qu'enterrer et porter les sacremens. Il est certain, inonsieur, qu'il ne me convient point de recevoir souvent des visites; mais je vous assure avec la même sincérité qu'il

* On sait que \o Parlemoiit avait cassé le testament de Louis XIV et beaucoup diminué la situation faite au duc du Maine et aussi an maréchal do Villeroy.

- Plusieurs mariages se faisaient alors dans la famille de Villero\ .

m'ennuie de n'avoir point l'honneur de vous voir, et que je suis fâchée qu'il y ait de l'impossibilité.

M™^ de Barneval n'est plus à plaindre, quand elle est entre M™'' la duchesse de Ventadour et vous. Qu'est-ce que la grandeur, monsieur, quand M. Alberoni gouverne un rovaume?

Danslo courant de l'annéo 1716, M'"' de Mainlenon prit l'iiahilude d'échanger avec M"" de Caylus des lettres en forme de journal. M""' de Caylus, faible de santé, s'était retirée dans une petite maison dépendante du Luxembourg et donnant sur le jardin. L'une et l'autre écrivaient à peu prés tous les jours, n'ayant toutefois de facilité pour échanger leurs billets par un messager particulier qu'à peu près toutes les semaines. Cette correspondance est conservée autographe dans la collection de M. Morrison. Le septième volume des Lettres édifiantes en donne beaucoup de fragments, mais auxquels le copiste a fait subir un arrangement particulier. Supprimant beaucoup de choses de peu d'intérêt, il a reformé des lettres avec le reste, sans scrupule des dates différentes. Nous ne prendrons, nous aussi, (|ue des fragments de cette correspondance avec M'"' de Caylus, remplie souvent de détails de santé et de menues nouvelles d'intérieur; mais nous les placerons soigneusement à leurs dates. La Beaumelle a eu entre les mains et donne beaucoup de ces lettres, avec son infidélité ordinaire.

A M-"^ LA COMTESSE DE CAYLUS

Collcclion Moirison. Frafiinonts du journal. — Manuscrits de Versailles. Lettres édifiantes, t. VU, p. 191>.

Ce 10 mars (1716j.

J'ai reçu ce matin une lettre de M. le maréchal de Villeroy, qui me paroît aussi affligé que les premiers j(>urs. Notre Saiut-Cyr pouira bien devenir un lieu de

tourment j)our moi; on ne paye d'aucun côté et la dépense journalière est forte. On ne subsiste que par le crédit qu'on s'est acquis en payant comptant jusqu'ici. Il ne faut pas en parler. Il m'est revenu que, dans le Conseil de finances où on demanda les vingt mille écus que le feu [loi donnoit aux demoiselles (|ui sortent*, M. Fagon s'étoit récrié en disant qu'un régiment en subsisteroit. Je serois de son avis s'il étoit question d'établir Saint- Cyr ; mais cela est fait, et à la satisfaction de toute la noblesse de France; je ne sais s'il est à propos de le détruire. Vous voyez, ma clière nièce, que je ne manque pas de peines. Je serois bien fàcbée (|ue cela revint au père de M. Fagon -; il y a longlenqjs (jue vous ne m'en avez rien dit, je crois que c'est bon signe.

A M""^ LA MARQUISK DE DANGEAll

Colleclioii Monisoii. — Manuscrits de Versailleà. LeUrcs édifia nii's, l. VU, p. iOl.

A Saiiil-Cyr, i-o 10 iiuirs 1710.

Oui certainement, madame, Dieu vous a fait une grande grâce en vous donnant le goût de la solitude; car vous êtes très propre au module, c'est-à-dire au monde que j'ai connu. Ce n'est pas la seule que vous ayez reçue de lui, et je ne connois personne qui lui doive tant de reconnoissance. Dieu veuille que les représentations iVAthalie fassent quelques conversions! C'est, je crois, h plus belle pièce qu'on ait jamais vue\ J'ai toujours

* La dot dos demoiselles de Saint-Cyr à leur sortie de la ii)ai>nn était de ô OIK) livres. Les éeoiioiiiies jicnneltaieiit quehiiiefois dy ajouter quelque chose; mais plus souvent les cliar^'es de la maison obliifeaieul à la diminuer.

- Louis Fagou, membre du conseil des finances, était (ils du célèbre médecin du Uoi.

^ Dans une leUre précédente, M'""= de Maiiitenon disait quelle

entendu dire du bien de M. de Cbiverny, et c'en est un (le le mettre auprès d'un jeune prince, La Chambre de justice me transit; elle va fournir bien des nouvelles véritables et fausses. Je suis ravie, madame, de vous voir attachée à Saint-Sulpice. J'ai une grande estime pour M. d'Entrecol, que je n'ai jamais vu; mais j'en ai souvent entendu parler à des gens auxquels je me fiois plus qu'à moi-même. M. de Saint-Sulpice m'avoit parlé du prédicateur que vous avez entendu : que vous êtes heureuse de goûter ce qui est bon, de quelque côté qu'il vous vienne, et de ne vous prévenir ni pour ni contre ceux (lui l'aimoncent! Tout ce qui me revient de l\iris m'étouffe, je ne pourrois en soutenir le séjour. Vous ne me dites point si celle jolie maison de M'"*' de Lévis est près de vous, madame, c'est ce qui me paroîtroit le plus important. N'attirez -vous pointa M"^*' de Barneval la protection de .M'"*' de Cavoye*^ Il me semble qu'elle seroit bien pi'(>pre à lui tenir compagnie.

Je vois d'ici votre étoffe, madame, mais je ne laisse pjs de la désirer, et j(> la porterai avec plaisir si elle n'est pas trop pesante. J'ai été au jardin ce matin voir tailler des arbres; il fait un beau temps, il sera encore jtlus assuré api'ès Pâques, et il faudra surmonter toutes les difficultés qui nous arrêtent depuis si longtemps.

s'étonnait que le cardinal de Noailles ne se fût point opposé aux représentations d'Al/ialie sin- un théâtre public. M™" de Dangeau avait allégué que cette pièce ferait une pieuse impression sur les spectateurs. — Le jugement que M"" de Maintenon exprime ici sur Al halte fait honneur à son goût et à son caractère. Que de rai^^ons il y aurait eu pour elle de préférer /-Jy/Acr, où faut d'albisicms fla!teuses et délicates déi^ignaient son rôle auprès du Uoi, et dont les représentations, dans l'ombre discrète de Saint-Cyr, avaient laissé brillei' toute sa laveur.

LETTRES DE M-^ DE MAlNTE^ON-

A M"*^ LA COMTESSE DE CAYLUS

CollocUoa Moirison. Fiagniciils «lu journal. .

ASaint-Cyr, ce21 juin(1710).

Je ne m'uUendois pas, ma chère nièce, à voir de vos lettres aujourd'hui. Le petit messager a volé, car il me semhle qu'il étoit hier ici ; aussi m'a-t-il fait dire qu'il n'y avoit pas de réponse, se sentant apparenunenl un grand hesoin de repos....

Remerciez hien M. de Dangeau de la permission qu'il me donne sur ses Mémoires ; ils sont si agréables que j'ai tout lu. Vous entendez hien ce que. cela veut dire*. Ne s'esl-il point trompé quand il dit que feu M. le Duc tenoit une houtique? Je ne me souviens point de lui dans nos plaisirs; mais, connne il a écrit tous les jours, il est ^ plus aisé que je me trompe que lui. H m'écrit quatre mots fort galans; il y a longtemps que je n'avois oui parler de la beauté de mes yeux ; je les ai encore bons pour vous écrire souvent.

A M™"= LA MARQUISE DE DANGEAU

Collecliou Morrison. - Manuscrits de Versailles. Lettres édifiante^', l. Mi- Ce 14 janvier (1717).

Je ne puis vous dire, madame, combien je suis touchée de votre lettre; elle est pleine d'amitié et de raison. Nous pourrons bien ne nous en pas voir moins rarement, car tantôt par l'une, tantôt par l'autre, il se passe bien

* Dans une leUre précédente, elle parlait déjà du plaisir qu'elle avait à lire ces Mémoires, qui, on le voit, circulaient déjà niaiiuscrifs; et elle demandait la permission de laisser prendre par M"* d'Aumale quelques notes sur ce qui la regardait.

du temps à concerter un l'endez-vous. Je ne m'accommode pas du tout de vous avoir dans la maison et de ne vous point voir, et quand vous avez tant fait, que d'en ouvrir la porte, je ne voudrois pas perdre un moment du temps que vous pouvez me donner. Mes prières, vous ayant ici, ne seroient pas sans distractions, et, s'il seroit nécessaire pour ménager ma foiblesse de ne pas dire un mot, je vous écouterois avec plaisir*. Vous êtes trop humble, madame, si vous me croyez la tête meilleure que la vôtre. Je ne coimois personne si solide que vous, et si vous y mêlez du badinage, c'est un agrément de plus; mais la conduite n'est pas légère ni la veilu superficielle; je la trouve seulement un peu trop austère pour vous et pour ceux que vous aimez. Nous en parlerons à la première visite ; mais, je vous en conjure, que ce ne soit que dans les piemiers jours de carême : le temps sera plus doux et la nuit ne nous séparera pas si vite. Ne perdez point d'occasions, madame, de persuader à nos amies de me regarder comme n'étant plus. Je serois très affligée qu'elles m'obligeassent à les refuser en venant ici. M™*^ la duchesse de Beauvillier ne me l'a pas proposé depuis que je l'en ai fait prier, et elle envoie souvent savoir de mes nouvelles.

Rien ne me paroi t plus dur dans ma retraite que de ne plus vivre avec vous, madame, et rien ne m'a plus nattée que le goût que je vous ai toujours vu pour moi. Dieu connoît ce qui nous est plus sensible, et c'est souvent par là qu'il nous prend ; il faut s'y soumettre. J'avois hier toute la famille des d'Aubigné ; ils sont encore effrayés du danger que cette pauvre femme a couru. Je voudrois qu'elle vît quelque })ersonue raisonnable et qu'elle se coiffât comme vous. Elle vint il y a quelques

• Tout ce qui précède, sauf la première phrase, manque dans la copie des Lellci cdifianles, et se trouve sur l'autogi-aplio chez M. Morrison.

jours ici avec un polit l>onnet qui la rendoit ridicule. Elle u'est pas faite pour être coifiée en folle, et du reste c'est une fe.nme à souhait pour sa fouiille. Le père de Madeleine Geoffroy m'écrit pour me demander de marier sa fille; la condition où elle est n'est pas admirab e. I/état où est M- de Caylus me fait peur, je dis ses coliques si fréquentes. J'ai dans la tète (lu il Un faudroit cuelques remèdes de suite ^ Je consens de n elre pas oubHée entre M. le maréchal de Villeroy, M. de Dangeau, vous et M- de Caylus; du reste il ne faut plus nommer mon nom. Adieu, la plus aimable, la plus estimable et la plus respectable qui soit dans le monde; la manière de le dire n'est pas spirituelle, mais c'est le fond de

mon cœur. . •' • i .

Vous n'avez jamais si bien écrit, madame, et j ai lu votre lettre dès la :première fois, ce qui ne m a pas empêchée de la relire.

Au

A M. LE MARÉCHAL DE VILLEROY

rorl t VI p SI - MisccUanies of the Philobiblion Society (lS7l-7fj, ^ ^' ' "■ ■ iKlre 66.

Ce 20 iévriei' (1717).

Il n'y a donc, monsieur, ni assiduité, ni lassitude de corps et d'esprit (lui vous empêche de me donner des marques de l'honneur de votre amitié, et j'entrevois par un mot de votre lettre ((u'il y a même quelques peines nouvelles. C'est le moyen de me faire désirer, maigre

i Tout ce morceau, depuis : « Rien ne me paroît plus dur daus ma leU-aite ..., ost sur l'autographe chez M. Mornsou, et manque Unlxe^ lettres édifiantes Les dames de Saiut-Cyr auront supprime tLe suspect de malice le passage sur la femme de Charles d Aubignê, cette belle-sœur que M- de Maiuteuou avait en va.n uiorigenée, et qui restait ridicule.

toute ma discrétion, que vous me fassiez une visite; car je serai inquiète jusqu'à ce que je sache ce que c'esl. '

Je n'ai jamais rien espéré de M. le cardinal deXoaillos; mais vous ne sauriez croire la pitié que me fait le Régent! Il est visible qu'il souhaite sincèrement et ardemmcMitla paix de l'Kglise, et il ne peut y parvenir qu'en se déclarant pour la bonne cause. Il verroit bien vite tomber h-s difficullés qui croissent tous les jours; car les libertés de l'Eglise sont le prétexte, et notre Boi a montré en bien des occasions combien il en éloit jaloux autant qu'il le faut être. M. Voysin l'avoit bien démêlé, quoiqu'il fût prévenu comme les autres quand il entra dans ces affaires-là.

J'ai eu quelque joie, monsieur, de la lettre de M""^ la J)rincesse des L'rsins ; elle paroît se trouver assez heureuse : c'est ce (jne je lui souhaitois. Je le serois plus que je ne le suis, entre nous, si j'avois quelque société ; mais cela ne se peut ici, et quelque esprit qu'une religieuse puisse avoir, elle n'a aucune connoissance de ce qui nous a occupés toute notre vie.

L'aventure du cardinal del Giudice est complète, ot s'ils se voient, leurs discours seroient bons à entendre'.

Vous n'êtes pas destiné présentement à la solitude, monsieur, et la sagesse veut qu'on s'accommode à son état sans envisager celui des autres; il n'y en a point qui n'ait ses peines.

. Lecarduial del Giudice, qui avait beaucoup contribué à la disgrâce de la princesse des Ursins, dis^-acié à sou tour, la retrouvaU dans son ex, . Tous deux linirent leurs jours à Rome. Dans une Kt re du 17 février, conservée parmi les Lettres édifiantes do Versailles, ViUeroy écrivait à M- de Mainlenon : « Oue dites-vous (leco que la fortune rassemble la princesse des l'rsins et le cardin-il de Giudice? ;> Voir la note sur les lettres au maréchal de Vilieroy

B£S'S&i-f^v.'« *' *'- '"'-s""*^'ï''*'j^8?'«^ÎE2£HSïSë

A M""^ LA COMTESSE DE CAYLUS

Collection Morrison. Fragment du journal.

Cel8avriH717.

Si VOUS pouviez venir avant M"'^ de Dangeau et encore avec elle, ce seroit certainement un plaisir pour moi ; voilà ce que mon cœur vous répond ; mais la raison vous dit que, bien loin de multiplier vos visites, il faudroit les éloigner, et par rapport à ceux qui voudroient en faire de même, et par rapport à moi, qu'il faut oublier, et à qui il ft\ut faire oublier ce qui n'est plus pour moi. Je pensai plus d'une fois bier à l'éloignement du clievalier*; mais vous pourrez, malgré ses folies, l'avoir pleuré. Vous savez que j'ai le malbeur de connoître les sentimens des mères. Ne vous tiendrez-vous jamais sur le goût de faire des présens? Pourquoi me donner du satin et envoyer du ruban à une petite fille ^ à qui rien ne manque? je vous ai mandé que je ne puis m'accommoder du vin. L'évéque fils de M. Fagon^ a toujours passé pour peu de chose, et il me semble que son père désiroit qu'il fût éloigné et résidant.

A M-»^ LA COMTESSE DE CAYLUS

Collection Morrison. Fragment du journal. — Manuscrits de Versailles. Lettres édifiantes, t. VII, p. oi.o.

Ce 11 juin 1717.

J'envoie savoir de vos nouvelles, ma chère nièce, et de celles de nos bons amis. Je n'ai rien à vous dire de nous ;

* Second fils de M'"^ de Caylus, assez mauvais sujet, mais fort séduisant.

* M"« de la Tour, cette enfant qu'elle élevait près d'elle.

5 Évoque de Lombez, puis de Vannes. Le lils cadet était membre du Conseil des finances.

je ne vois personne. M"*" Gaudry vient de me dire que le czar traîne avec lui une fille, au grand scandale de Versailles, de Trianon et de Marly. Je ne puis ajouter foi à ce discours-là. Notre supérieure retombe de temps en temps; elle est assez mal aujourd'hui. Je viens de recevoir une lettre de la mère de M'*^ d'Aumale, qui me mande que le pays est déjà édifié de sa sainteté. Adieu, madame, je crains toujours d'apprendre de mauvaises nouvelles de \pue ^Q Dangeau et de l'affaire des princes.

Dans ce moment, M. Gabriel entre, et me dit que M. de Dellegarde me mande qu'il veut venir ici après dîner, si je le trouve bon, c'est-à-dire le czar. Je n'ai osé dire que non, et je vais l'attendre sur mon lit. On ne me dit rien de plus et je ne sais s'il faut l'aller recevoir en cérémonie, s'il veut voir la maison, les demoiselles, s'il entrera au chœur, etc. ; je laisse tout au hasard.

Le czar est arrivé à sept heures, et s'est assis au chevet de mon lit ; il m'a fait demander si j'étois malade ; j'ai répondu que oui. 11 m'a fait demander ce que c'étoit que mon mal. J'ai répondu : Une grande vieillesse avec un tempérament assez foible. Il ne savoit que me dire, et son Iruchement ne me paroissoit pas m'entendre. Sa visite a été fort courte ; il est encore dans Lunaison, mais je ne sais où. Bonsoir, ma chère nièce, je m'en vais prendre mon lait. M. du Plessis, que le maréchal de Villeroym'a envoyé ce matin, m'a fait dire qu'il avoit passé chez vous, que vous n'étiez pas éveillée, et que vous étiez mieux; c'est donc que vous avez été malade : j'en suis bien fâchée.

J'oubliois de vous dire que le czar a fait un peu ouvrir le pied de mon lit pour me voir ; vous croyez bien qu'il en aura été satisfait.

Page 1