PROLOGUE
Pour un autre que vous rien dans ce cœur ne vibre, Et je vous dis : Partez, ami, pour revenir! Car celle dont le temps d'épreuve peut finir. Heureuse de l'amour que vous emportez d'elle. Vous gardera le sien, toujours pur et fidèle.
ANTOINE
Qu'ai-je entendu, Françoise, et quel mot adoré Avez-vous dit?...
MADAME SCARRON
Partez, Antoine. J'attendrai.
ANTOINE
Longtemps alors. .. Je veux pour vous gloire et fortune.
J'attendrai.
ANTOINE
Soit, mais... lui?...
MADAME SCARRON, les yeux baissés.
C'est une loi commune Aux vieillards que la mort; elle plane autour d'eux.
ANTOINE
L'horrible espoir!
MADAME SCARRON
Assez! Nous rougirions tous deux.
Silence.
Avant l'adieu, — je veux qu'il soit court et sévère, — Dites-moi : qu'avez-vous l'intention de faire ?
ANTOINE
Je vais...
MADAME SCARRON
Où?
ANTOINE
N'importe où, puisque je pars content.
MADAME SCARRON
Mais encor?...
ANTOINE
Des colons, du parti protestant, S'embarquent dans un mois, à Brest, pour l'Amérique. Jusqu'ici j'avais cru leur œuvre chimérique, Mais maintenant, hasard ! tout ce que tu voudras Avec mon cher petit Samuel dans les bras. Quelque argent que j'emprunte et ma solide épée, Comme le roi Jason de l'antique épopée, Je pars et je m'en vais chercher ma Toison d'or!
MADAME SCARRON
Quittons-nous à présent, Antoine.