PROLOGUE
ANTOINE
Oh! pas encor!
Car, de ce que m'a dit votre adoré langage, Je voudrais emporter un souvenir, un gage, Où je retrouve enfin mon espoir tout entier.
MADAME SCARRON
Vous le désirez. Soit.
Elle va à une table sur laquelle elle prend un petit volume.
Voici le vieux psautier Qu'Agrippa d'Aubigné, mon noble aïeul, naguère, Portait toujours caché sous son pourpoint de guerre. L'ami du Béarnais, le poéte-soldat, Entonnait le premier, le matin du combat. Ces vieux hymnes qu'en chœur chantait toute l'armée. Bien que je ne sois plus de la foi réformée Et que Rome aujourd'hui m'ait reçue en ses bras, J'aime ce souvenir de famille. A Coutras, Il sauva mon aïeul d'un coup de pertuisane. Voyez, le fer de lance a troué la basane Qui recouvre le livre, et l'homme en réchappa.
Elle s'assied et prend une plume.
Eh bien, sur le recueil de psaumes d' Agrippa,
J'écris donc : Au revoir! — et je date, — et je signe :
Françoise d'Aubigné.
Elle lui donne le livre.
Tenez.
ANTOINE, très ému.
Je serai digne De votre amour, Françoise, et vous me reverrez.
Tumulte au dehors. Le comte de Lude, Lavardin et François CoUetet entrent successivement.