PROLOGUE
M. DE LUDE, au laquais.
Ah! petit, va chez elle et dis-lui que nous sommes A l'attendre, un poète avec deux gentilshommes.
Le petit laquais s'incline et sort.
Nous saurons bien par elle où Scarron s'est enfui.
M. DE LAVARDIN, se jetant dans un fauteuil.
Dites-nous, Colletet, quoi de neuf aujourd'hui?
COLLETET
Peu de chose, sinon la chaleur étouffante. Et les Parisiens qui veulent voir l'Infante Qu'aujourd'hui notre Roi, vainqueur de ses rivaux, Ramène dans un grand carrosse à six chevaux.
M. DE LAVARDIN
C'est vrai. Cela m'était sorti de la cervelle. Elle est belle, dit-on, cette reine nouvelle ?
M. DE LUDE
La reine l'est toujours .
M. DE LAVARDIN
Je Tirai voir. Je veux Connaître la couleur, au moins, de ses cheveux. Ce sera, dans trois jours, celle des nœuds d'épée.
COLLETET
Votre attente, messieurs, pourrait être trompée. L'Infante est un vilain fruit d'Espagne, assez noir, Et se met tellement de rouge qu'on croit voir Déteindre sur sa joue, où tant de pourpre éclate, Du damné Mazarin le camail écarlate.
M. DE LU DE
Ah! nous regrettons donc toujours, monsieur l'auteur. Les dîners d'autrefois chez le coadjuteur? Faites-en votre deuil. La Fronde est enterrée.
COLLETET
Le monde en va-t-il mieux?
M. DE LAVARDIN
Mais la paix est rentrée En France.
M. DE LU DE, à CoUetet,
Et puis, de quoi vous plaignez-vous ? On dit Qu'auprès du jeune Roi les lettrés ont crédit.
COLLETET
Oui, qui protége-t-il, s'il vous plaît? Ce MoHére, Dont la scurrilité basse et familière S'étale indécemment dans le Petit-Bourbon. Despréaux, — un horrible envieux! — Rien de bon.