ACTE I. — SCÈNE V
MADAME DE MAIXTENOX
Antoine est mort. . . mon Dieu ! . . . Pardon, mais tout-à-l'heure^ Quand vous avez paru devant mes yeux troublés, J'avais cru voir son spectre, et vous lui ressemblez A tel point...
SAMUEL
Il n"est plus, depuis un an, madame.
MADAME DE MAIXTEXOX
Ah ! la terreur fait place au chagrin dans mon àme. Mort! avez-vous dit? Mort!....
SAMUEL
Dois-je croire à ceci?
Vous en souveniez-vous ?
MADAME DE MAIXTEXOX
\^oyez. Je pleure aussi.
SAMUEL
Je viens pour accomplir ici son vœu suprême. Ne lui dites-vous pas autrefois : — Je vous aime, Et je vous attendrai. Partez pour revenir?
MADAME DE MAIXTEXOX
Oui.
50 MADAME Dli MAINTENON
SAMUEL
Si vous en avez gardé le souvenir, Il l'eut toujours présent jusqu'à son agonie. Ah ! lorsqu'il arriva dans cette colonie, Où, serrant son épée avec ses parchemins, Lui noble, il a vécu du travail de ses mains, Il aimait, il croyait qu'on l'attendait en France. Antoine soutenu par sa chère espérance, Fut tour à tour colon, boucanier, chercheur d'or. Tout échoua pour lui... Je crois le voirencor Le soir, assis au seuil de sa maison de planches. Regarder sur la mer partir les voiles blanches, Plus sombre chaque jour, et pressentant tout bas Que comiiie elles en France il ne reviendrait pas.
MADAME DE MAIKTENON
Antoine!... Pauvre ami!...
SAMUEL
Les mois, les ans passèrent, lit ses derniers espoirs lentement s'effacèrent. Pauvre frère! il était sans nouvelles de vous. Il apprit seulement la mort de votre époux, Et puis, plus tard, — fortune étrange et surprenante ! — Que des bâtards du roi vous étiez gouvernante. Pleurant, plus que le sien, votre bonheur perdu. Souvent il vous plaignait de l'avoir attendu. Une fièvre le prit... Sa vie était frappée... Un soir, il m'embrassa, me donna son épée ;