ACTE I. — SCÈNE V
Dîtes. Que voulez-vous? Confiez-vous à moi ?
Madame, grand merci. Ni de vous, ni du roi, je n'accepterai rien.
MADAME DE MAIXTEXON
Mais pourquoi ?
SAMUEL
Les prières Qu'après l'heure terrible et les offres dernières. Et lorsque j'eus cousu mon frère en son linceul. Je lisais dans le vieux psautier de votre aïeul, Sont celles qu'aujourd'hui ce même roi de France, Qui vient de révoquer Tédit de tolérance, Interdit d'adresser à Dieu; ce sont aussi Celles que vont chantant, juste en ce moment-ci, Les pauvres protestants exilés du royaume. Qui tous, laissant maisons de pierre ou toits de chaume, Ont accepté, plutôt que de se convertir. L'exil d'où je reviens, mais pour y repartir.
MADAME DE MAIXTEXON
Que dites-vous ? L'édit vous chasse ?. .
SAMUEL
Comme un autre.
je ne sais sur le roi quel pouvoir est le vôtre.
Mais celle à qui j'ai fait les adieux d'un mourant, Celle pour qui mon frère, Antoine de Méran, Succomba sous vingt ans d'efforts et de misère, Celle-là — laissez-moi, madame, être sincère. — Celle-là qui descend d'Agrippa d'Aubigné Est, aux 5^eux du parti protestant indigné. Auprès de ce grand roi, qu'elle pousse à sa chute, La femme qui nous hait et qui nous persécute !
Ah! n'en dites pas plus... Je ne souffrirai point Que pour moi votre esprit soit injuste à ce point. Aux yeux des huguenots, quel est le crime énorme Que j'ai commis? Le roi condamne la réforme; Il est pieux; il veut de France l'arracher. Qui vous dit que je n'ai rien fait pourf^empêcher? Mais c'est moi qu'on accuse. . . et pourquoi, je vous prie ? Pourquoi ? Parce qu'un soir, à ma tapisserie, Voyant ce roi, qui n'a qu'à froncer les sourcils Pour que tous les vieillards, à son conseil assis, Pâlissent et qu'au loin l'Europe s'en effare. Voyant, dis-je, ce roi de France et de Navarre Mettre une signature au bas d'un parchemin, Je n'ai pas arraché la plume de sa main!... La réforme, je l'ai bien plutôt protégée. C'est une erreur que j'ai naguère partagée; Je n'aurais pas voulu qu'on la persécutât. Mais, que faire? l'Église et la raison d'État L'exigeaient... Cet édit, au fond, je le déplore...