ACTE II. — SCÈNE II
SAMUEL
Si moi !
Moi, qui bien que nouveau venu parmi mes frères, Oserai prononcer des paroles sévères ; Car je ne comprends pas comment cet homme a pu Vous parler si longtemps sans être interrompu. Car, dans ce moment-ci, le rouge au front me monte, Car je le vois encor vous proposer sans honte, A vous, chrétiens, à vous, nobles, à vous, soldats, L'or affreux qui frémit dans la main de Judas! Courage ! Suivrez-vous jusqu'au bout cet exemple ? Cet or, cent fois maudit, qu'il jeta dans le temple Quand le feu du remords enfin le consuma, Et dont on a payé le champ d'Aceldama, Fermerez-vous sur lui votre main mercenaire ? Il a vendu son Dieu. Vendrez- vous votre mère ? Ah! vraiment, cela trouble et passe la raison; Pour sa croyance avoir supporté la prison, L'amende, les excès brutaux des garnisaires, Par avance accepté l'exil et ses misères, Et coupé son bâton, déjà, pour le chemin. Puis, au dernier moment, et, touchant de la main La palme du mart^Te aux champs du ciel fleurie, Se laisser proposer de livrer sa patrie ! — C'est impossible ! non, la rage des partis Ne peut pas vous avoir à ce point pervertis. Je ne crois pas qu'aucun d'entre vous se décide A commettre ce lâche et cruel parricide ! Vous êtes des Français et vous en souviendrez !
8o MADAME DE MAINTENON
Si VOUS accomplissez ce crime, ô conjurés!
Si vous abandonnez ce sacré territoire
Dont la moindre cité porte un nom de victoire,
Oui, si vous oubliez, pour vous venger du roi,
Le grand Condé jetant son bâton à Rocroy,
Jean-Bart, liant son fils à son mât de misaine,
Luxembourg, conquérant des villes par douzaine,
Et tant de glorieux et terribles combats,
Et Duquesne impassible au fort du branle-bas.
Et Vauban sous Maëstricht et la mort de Turenne;
Si, par mauvais esprit de colère et de haine.
Vous osez à ce point renier le passé.
Toute la gloire acquise et tout le sang versé
Par les vieilles maisons dont, après tout, nous sommes :
Si vous faites cela, Français et gentilshommes.
Si vous trempez les mains dans cette trahison,
L'édit qui vous poursuit, alors, aura raison !
Le roi ne sera plus un tyran, mais un juge;
Et, si contre ses coups vous trouvez un refuge.
Si même à triompher vous pouvez parvenir.
Que la foudre du ciel tombe pour nous punir !