ACTE II. — SCÈNE IV
CROIX SAIXT-PAUL
C'est le complot hasardeux Qui jadis a failli nous livrer François Deux, Celui qu'avaient conçu la cervelle hardie D'un Condé, d'un Mazère ou d'un La Renaudie, Et les têtes enfin des vaillants huguenots Qu'Amboise vit alors pourrir sur ses créneaux. — Tout est prêt, et l'espoir du succès est immense.
SAMUEL
Vous voulez enlever le roi... Quelle démence !
CROIX SAIXT-PAUL
Le roi? Non, car sa cour le garde et le défend.
SAMUEL
Mais, alors?.,
CROIX SAIXT-PAUL
Nous voulons lui prendre son enfant.
Son petit-fils.
SAMUEL
Le duc de Bourgogne ?
CROIX SAIXT-PAUL
Lui-même.
Ah! l'on doit tout oser dans ce péril suprême. Nous entrons dans le parc, grâce aux fêtes de nuit, Demain; nous nous cachons, nous attendons minuit;
Lorsque tout est éteint, nous tuons, sans qu'il crie,
Le garde en fliction prés de Torangerie.
Puis un laquais, que Tor a fait notre dévot,
Nous ouvre, après avoir enivré de pavot.
Dans sa tasse de lait, la vieille maréchale
Qui couche auprès du duc, et dans la même salle.
Quoique prince et Bourbon, le petit lionceau
N'est, après tout, ami, qu'un enfant au berceau;
Sous mon vieux manteau noir, je puis voler un prince.
Le coup fait, je m'enfuis jusque dans ma province.
Par le plus court, au grand. galop... J'ai mes relais...
Et tandis que le roi, pleurant dans son palais,
Lancera sa police et fera des neuvaines.
J'aurai déjà caché l'enfant dans mes Cévennes.
Ah! l'on pourra, pour le ravoir, dans les faubourgs.
Montrer des tonneaux d'or et battre les tambours.
Ce n'est que contre un bon édit de tolérance
Que sera retrouvé jamais le fils de France !
Et m'absolve celui qui mourut sur la croix !
— Qu'en dites-vous? C'est bien imaginé, je crois.
C'est plus court qu'un Synode, et c'est plus efficace.
SAMUEL
Le complot, je l'avoue, est d'une rare audace. Vous jouez-là, baron, un rude coup de dés.
CROIX SAIKT-PAUL
Mais pour gagner l'enjeu, trois hommes décidés. Trois seulement, c'est peu, ce n'est pas assez même. Samuel, voulez-vous être le quatrième ?