ACTE III. — SCÈNE IV
CROIX SAINT-PAUL, bas à M. de Pons.
Laissez-moi donc. Sa main n'a pas du tout tremblé; D'avoir l'air d'un poltron il est déjà troublé. Je lui montre un abîme; il aura le vertige.
M. DE TRACY, de même.
Prenez garde.
CROIX SAINT-PAUL, de même.
Il sera notre allié, vous dis-je.
A Samuel, haut.
Permettez que, d'abord, je vous présente ici Mes deux amis, messieurs de Pons et de Tracy.
Samuel et les deux gentilshommes se saluent.
Nous avons un moyen, — et je vous le propose, — Un moyen prompt et sûr de sauver notre cause.
SAMUEL
Lequel ?
CROIX SAINT-PAUL
Je n'ai jamais, moi, prud'homme et barbon, Du Synode secret auguré rien de bon.
Je sais des huguenots les timides scrupules ; Un colloque ne sert qu'à réfuter les bulles. Et, — notre histoire est là, — jamais il n'est sorti De tout ce bavardage un sage et bon parti ; Tout au plus des discours sur la théologie. Mais vous voyez ici trois hommes d'énergie
Qui, malgré le Synode avorté d'aujourd'hui, Sauveront le parti protestant, malgré lui.
SAMUEL
Comment ?
CROIX SAINT-PAUL
L'ancien édit, entre autres avantages, Donnait aux huguenots plusieurs villes otages, N'est-ce pas ?
SAMUEL
Que nous a reprises RicheHeu...
On sait cela.
CROIX SAINT-PAUL
Vous ne supposez pas, pardieu!
Qu'à nous trois nous voulions aller mettre l'échelle Aux murs de Montauban ou bien de La Rochelle, Comme nos bons aïeux l'eussent fait cependant.
SAMUEL
Eh bien ?
CROIX SAINT-PAUL
Notre projet, plus simple et plus prudent, Prend sur Louis Quatorze un garant moins vulgaire Et bien plus précieux qu'une place de guerre.
SAMUEL
Mais, quel est-il donc ?