AVERTISSEMENT
On n’a guère imprimé sur Mme de Maintenon que des panégyriques ou des satires. Nous avons, dans le petit écrit qu’on va lire , cherché uniquement la vérité.
C’est surtout par les lettres de Mme de Maintenon qu’on peut savoir ce qu’elle a été , ce qu’elle a pensé, ce qu’elle a voulu, ce qu’elle a fait. Nous nous sommes servi le plus possible de ces documents précieux pour l’histoire, en regrettant qu’ils n’aient pas été publiés dans un meilleur ordre, et que le recueil soit si incomplet.
Ces lettres, en général, sont courtes et d’une extrême simplicité. Écrites presque toujours en vue d’une affaire, elles vont droit à leur but. Mais le style en est ferme, précis, toujours noble, et quelquefois empreint d’une énergie toute virile. Une nouvelle édition de cette correspondance, classée par ordre de dates , s’il était possible de suppléer celles qui manquent et de rectifier celles qu’une main maladroite y a mises trop souvent au hasard, serait un monument d’une valeur inestimable.
HISTOIRE
Les D’Aubigné.
Françoise d’Aubigné , plus connue sous le nom
de Mme de Maintenon , appartenait à une famille
ancienne, qui venait d’acquérir, sous Henri III et Henri IV, une assez grande illustration. Le premier d’Aubigné ou d’Aubigny 1 connu vivait au xn* siècle. C’était un chevalier angevin. L’un de ses descendants , Jean d’Aubigné , embrassa avec ardeur la religion réformée. Si l’on en doit croire La Baumelle,ce fut lui qui, à la bataille de Dreux, lit prisonnier le connétable de Montmorency. Deux mois plus tard il était dans Orléans qu’assiégeait
1. C’est le même nom, quoique la terminaison soit différente. C’est ainsi que l’on trouve , dans les Historiettes de Tallemant des Réaui , les Menagiana et autres écrits du xvn" siècle , Mme de Sévigny pour Mme de Sévigné.
2 HISTOIRE
l’année catholique, et y reçut une blessure dont il mourat , après avoir discuté et réglé , au nom du parti huguenot, les conditions de la pacification de 1563. Son fils fut Théodore -Agrippa d’Aubigné, que son zèle calviniste , son dévouement pour Henri IV, son grand caractère et ses écrits ont rendu si célèbre.
Nous n’avons point à raconter ici la. vie de Théodore-Agrippa d’Aubigné. Nous ferons observer cependant que la plupart des historiens de Françoise d’Aubigné ont consacré quelques pages à son grand-père, et nous n’avons pas la prétention de résister plus qu’eux à l’invincible attraction exercée par cet homme singulier, qui frappe par son originalité au milieu même d’une époque où tous les personnages historiques ont une physionomie si individuelle et si vivement accentuée.
Théodore-Agrippa d’Aubigné naquit le 1 er février 1550 à Saint-Maury, près de Pons, en Saintonge. Il fut nommé Agrippa parce que sa naissance avait coûté la vie à sa mère *. Nourri hors du logis paternel , parce que la seconde femme de Jean d’Aubigné ne l’aimait pas, il commença dès l’àge de cinq ans son éducation littéraire, dont les résultats paraîtront sans doute fabuleux aux générations énervées de notre temps. A six ans il