IV INTRODUCTION
de douze ans, retirée à M"^^ de Villette, et confiée à une autre tante, Mme ^q Neuillant, la petite d'Aubigné fut ramenée, et un peu rudement, paraît-il, à sa religion première. Elle résista longtemps. M°^® de Neuillant était avare, dure et méchante, et, pour la petite fille, le protestantisme c'était sa tante Villette, et le catholicisme sa tante Neuillant. On la convainquit enfin^ en glissant provisoirement sur une restriction d'enfant naïve et bien touchante. Françoise ne consentit à redevenir catholique qu'à la condition qu'il lui serait loisible de ne point croire que la tante Villette serait damnée.
Devenue jeune fille, M^^*' d'Aubigné vint à Paris partager la pauvreté, la misère même de sa mère, qui vivait d'une rente de deux cents livres sauvée des naufrages, et de quelques charités discrètes. On habitait le Marais cependant, qui était le quartier aristocratique d'alors, et l'on allait un peu dans le monde, chez les d'Albret^ chez les Richelieu. Car les d'Aubigné étaient de grande noblesse, et cette jeune fille en « robe d'étamine » et « trop courte » était la petite-fiUe d'un homme que Henri IV avait tutoyé. Du reste, elle fut très vite recherchée pour elle-même. Elle était vive à cet âge (elle le fut toujours sous toute sa réserve), très spirituelle, très enjouée, et, après tant de misères, malgré la pauvreté présente, dans la joie de vivre et d'une jeunesse vigoureuse, s'épanouissant. Elle fut distinguée par des juges difficiles en beauté, en qualités mondaines, et en esprit. Le chevalier de Méré, l'homme à la mode d'alors, la remarqua, l'aima peut-être, sans vouloir aller jusqu'à un engagement. Il la recommandait comme compagne de voyage à la duchesse de Lesdiguières, dans ces quelques lignes qui sont tout un portrait : « Fort belle, et d'une beauté qui plaît toujours... douce, reconnaissante, secrète, fidèle, modeste, intelligente... et n'use de son esprit que pour divertir ou se faire aimer ». C'est dire qu'à cette époque de sa vie, et plus tard sans doute, pour autant qu'elle voulut le retrouver, elle avait le charme, comme nous disons de nos jours, cet attrait indéfinissable qui séduit dès le premier abord et qui enchaîne. Avec tout cela, il semble qu'en sachant attendre, elle se fût mariée convenablement. Ce fut peut-être la seule erreur diplomatique de sa vie : elle était pressée par la misère, peu gâtée à la maison, elle n'avait pas encore cette confiance « en son