INTRODUCTION. V
étoile » qu'elle eut plus tard. Scarron, poète burlesque, infirme, laid, malade, mais bon et amusant, assez aisé, lui proposait de l'épouser, en lui reconnaissant vingt-quatre mille livres de dot par contrat ; elle accepta ; elle avait seize ans (1652). Elle fut M"'® Scarron pendant huit années (1652-1660).
Ce ne fut pas un mauvais temps pour elle. La maison de Scarron était gaie. On recevait très bonne compagnie. On disait des vers. On causait plus spirituellement qu'en aucun lieu de France. Les dîners de M^*^ Scarron étaient célèbres, et l'on se disputait pour en être. Le plus souvent ils étaient copieux. Quelquefois cependant le rôti manquait. Mais M'"° Scarron était si spirituelle, et contait si bien, qu'il arrivait qu'on n'y songeât point. La servante se penchait à l'oreille de sa maîtresse : « Madame, le rôti man-. que : encore une histoire ». On écoutait, on devisait, chacun se trouvait de l'esprit, et l'on avait mieux dîné qu'ailleurs.
Scarron mourut en 1660. Il ne laissait que des dettes. Les vingt-qaatre mille livres reconnues à M"^® Scarron par son contrat de mariage furent contestées par la famille. Un procès les eût dévorées. M™° Scarron y renonça, et se retrouva dans la misère absolue. Mais rien ne marque mieux le caractère de la sympathie qu'elle inspirait, où l'affection, le respect et l'estime se mêlaient également, que la conduite de ses amis en ces circonstances. Dans la misère elle ne fut ni abandonnée, ni offensée. On alla droit à la reine-mère, on l'intéressa à ce que Bussy-Rabutin, la pire langue du siècle, ou à peu près, appelait « cette glorieuse et irréprochable pauvreté », et l'on obtint une pension de deux mille livres. C'était presque l'aisance, une pauvreté décente au moins, et à une personne aussi entendue que M°^^ Scarron, permettant même des économies et des charités.
Ici commence pour Françoise d'Aubigné la vie à laquelle elle semblait comme destinée par son caractère. Libre de soins, sans parents, sa vie assurée, elle pouvait vivre dans une tranquille retraite. Elle se multiplia au service des autres. Ce n'était point ambition, à cette époque, ni nécessité de situation, comme plus tard. C'était mouvement naturel, besoin d'action, besoin de se prodiguer et besoin déplaire. Dans toutes les maisons où elle allait, sans indiscrétion et