XXII INTRODUCTION
balai. « Je verrais toute la communauté armée de balais, i je serais heureuse. » — Plus de poésie, plus d'éloquence : | cela éloigne de la simplicité (songez que M^*^ de Maintenon a connu les ruelles, fréquenté M^^^ de Soudéry, et qu'il y a bien là de quoi faire trembler). — Point de ces histoires d'héroïsme antique et païen qui brouillent l'entendenient et échauffent l'imagination. (Une s'agit pas de faire des^^wilie de Cinna, qui deviennent des Longueville de la Fronde.) Pour tout dire, peu d'instruction littéraire : « Les femmes ne saventjamais qu'à demi, — et le peu qu'elles savent les rend fières, dédaigneuses, causeuses et dégoûtées des choses solides. » — Mais c'est l'éducation des femmes selon Molière, cela ? — A très peu près, et la preuve en est que le dernier mot de Molière est : « Je consens qu'une femme ait des clartés de tout », et le dernier mot de M^^^de Maintenon : « Il suffit qu'elles ne soient pas plus ignorantes que le commun des honnêtes gens ». Seulement M"^® de Maintenon est une Chrysale de cœur élevé, et de sa « spiritualité » elle a gardé l'élévation morale. Pour ce qui est de l'instruction, elle est avec Chrysale. Elle dit avec lui :
« Il n'est pas bien honnête, et pour beaucoup de causes, Qu'une femme étudie et sache tant de choses. »
mais, à la place de la science, Chrysale met « le ménage, le fil et les aiguilles ». M"^^ de Maintenon remplace la science par le ménage et Taiguille d'abord, et y ajoute toute une morale, d'une élévation admirable et en même temps d'un sens pratique parfait, comme nous allons le voir dans tout le détail.
Voilà les vanités à détruire ou à écarter. Voici les réalités à y substituer.
Réalités est bien le motjuste. Avant tout madame de Maintenon, à ces jeunes filles, qu'elle sait bien qui sont romanesques de soi, et pour ainsi dire par définition, veut donner ce qu'elle possède à un degré éminent, « le sens du réel ». ' L'amour du vrai est d'une ardeur incroyable au cœur de madame de Maintenon. Il va jusqu'à des hardiesses qui nous émeuvent, tant elles révèlent ce qu'on pourrait appeler le courage professionnel de l'éducateur. Sondez ces cœurs jusqu'au fond, dit-elle aux maîtresses, avec intelligence et précaution, mais avec décision. Il faut savoir à qui l'on