INTRODUCTION. XXIII
a affaire. Il ne faut pas craindre de voir le vrai : « Il faut prendre garde à un abus que forme parfois la trop grande tendresse de conscience », c'est de s'abstenir, de peur de faire éclater un défaut, qui, si on n'y touche point, reste secret ; « ne point interroger, par exemple, parce qu'on craint qu'elles ne mentent ; ne rien commander, crainte qu'elles ne désobéissent ». Cela est pernicieux. « Il faut en tout avoir Vesprit droite et songer qu'il est impossible de tuer un monstre caché ; ainsi il faut, pour connaître les vices et les inclinations de la jeunesse, remuer leurs passion auec discrétion, leur faire la guerre, et ne point craindre leurs vices ; leur aider à les surmonter dans un âge où le plus grand péché est de laisser .croître les inclinations naissantes du péché. »
Ce goût du vrai qu'elle exige des maîtresses, elle s'obstine et s'ingénie à le donner aux jeunes filles, et c'est comme le tout de son éducation morale. Elle a une très grande confiance dans la raison de l'enfant. Elle veut qu'on parle à une petite fille de sept ans aussi raisonnablement qu'à une grande personne, sans contes, sans puérilité, sans préciosité d'enfantillage. — Si l'on s'est trompé, il faut le reconnaître, en toute rectitude, avec l'enfant comme avec les hommes, et dire: « Mes enfants, je vous avais appris tel jeu, telle chanson oùje ne croyais point de mal. Après y avoir bien pensé, jetrouveque cela ne vaut pas grand'chose pour telle et telle raison. » M™^ de Maintenon « goûterait fort ceprocédé simple et droit». — Simplicité et droiture c'est où elle revient toujours. Nul détour, et même nul tour. Une lettre, par exemple, doit dire ce pour quoi on l'écrit, et rien de plus: « Vous m'écrivez, dit-elle à une des maîtresses, sans avant-propos et sans fin (sans formules de début et de congé), cela est très bien; vous voulez que je remarque cette simplicité, et cela n'est plus simple. » Elle-même en donne l'exemple. Fin d'une de ses lettres : « .... J'étais en bon train,, ma chère fille, mais je n'ai pu continuer ma lettre, et je ne sais plus ce que je voulais dire. Adieu, ma chère fille, je vous donne le bonsoir. »
Dans la pratique de la vie, le travail est considéré comme un moyen d'éviter l'ennui et les séductions du plaisir. Toujours un ouvrage de femme en mains ; « cela calme les passions, occupe l'esprit, ne laisse pas le loisir de songer