INTRODUCTION. XXV
leurs femmes, et cela est dit gravement, simplement; car il faut leur montrer au vrai ce qu'est le mariage, « et quil ny a pas de quoi rire ». Ce n'est pas qu'il faille pour cela songer au célibat : « Mes chères enfants, mariez-vous au sortir d'ici, ou faites-vous religieuses; mais ne demeurez point sans état » ; car a il n'y a point de condition où l'on ne dépende de quelqu'un», et dans le célibat il se trouve enfin qu'on dépend de tout le monde. — Toute cette partie des instructions de madame de Maintenon qui a trait au mariage, au célibat, à l'entrée des jeunes filles dans le monde, ferait à elle seule un traité de morale pratique à l'usage des jeunes femmes, d'une élévation, d'un sérieux, d'une vérité, d'une tristesse mâle et courageuse, qui mettent l'auteur en singulière estime dans les cœurs honnêtes. Cette femme n'aurait pas aimé sa fille aussi spirituellement que madame de Sévigné ; mais qu'elle eût bien mérité d'en avoir une!
Et cette tristesse, qui tient au sujet, elle s'égaie parfois d'un aimable et doux sourire. La jolie anecdote qu'elle raconte d'elle-même, à ses débuts dans le monde ! A quinze a is elle sortait seule, suivie seulement d'un petit laquais, pour aller à la messe aux Jacobins : « Quelques hommes passèrentet mesaluèrent enmesouriant; moi, tout innocemment, je me mis à leur sourire. Après la messe, une personne me vint dire que j'avais couru un grand danger ce jour-là. Je lui répondis fort surprise: « Quoi donc? C'est, dit-elle, que vous avez ri à des hommes qui ont passé devant vous »... J'étais cependant fort innocente, et plus que la plus petite de vos demoiselles. J'avais tort néanmoins. Me diriez-vous bien en quoi ? — Mademoiselle de Ségonzague répondit : « C'est d'avoir ri ». — C'est bien cela, mais c'est aussi parce que j'étais sortie seule... » Vraiepetite confidence de grand'mère, dite avec cette gaieté douce et un peu voilée de la vieillesse, dont le charme est si pénétrant.
Il n'y a pas de considérations sublimes dans tous ces conseils de moralité et de dignité pratiques ; on sent bien qu'elle se les refuse avec grand soin. Ce qui confond presque, c'est la multitude et la variété des idées vraies, et fortes, et même profondes, qu'elle tire du simple bon sens. Des trois femmes supérieures du xvii® siècle, madame de Sévigné est certainement la plus aimable, madame de La