LA PIÉTÉ
Du séjour bienheureux de la Divinité Je descends dans ce lieu par la grâce habité ; L'Innocence s'y plaît, ma compagne éternelle, Et n'a point sous les cieux d'asile plus fidèle. Ici, loin du tumulte, aux devoirs les plus saints Tout un peuple naissant est formé par mes mains : Je nourris dans son cœur la semence féconde Des vertus dont il doit sanctifier le monde. Un roi qui me protège, un roi victorieux, A commis à mes soins ce dépôt précieux. C'est lui qui rassembla ces colombes timides, Eparses en cent lieux, sans secours et sans guides ; Pour elles, à sa porte, élevant ce palais, Tl leur y fit trouver l'abondance et la paix.
APPENDICE A l'introduction. XLVII
Grand Dieu ! que cet ouvrage ait place en ta mémoire 1 Que tous les soins qu'il prend pour soutenir ta gloire Soient gravés de ta main au livre où sont écrits Les noms prédestinés des rois que tu chéris ! Tu m'écoutes ; ma voix ne t'est point étrangère : Je suis la Piété, cette fille si chère, Qui t'offre de ce roi les plus tendres soupirs : Du feu de ton amour j'allume ses désirs. Du zèle qui pour toi l'enflamme et le dévore La chaleur se répand du couchant à l'aurore. Tu le vois tous les jours devant toi prosterné, Humilier ce front de splendeur couronné, Et, confondant l'orgueil par d'augustes exemples, Baiser avec respect le pavé de tes temples. De ta gloire animé, lui seul, de tant de rois. S'arme pour ta querelle et combat pour tes droits. Le perfide Intérêt, l'aveugle Jalousie, S'unissent contre toi pour l'affreuse Hérésie ; La Discorde en fureur frémit de toutes parts ; Tout semble abandonner tes sacrés étendards ; Et l'Enfer couvrant tout de ses vapeurs funèbres, Sur les yeux les plus saints a jeté ses ténèbres. Lui seul, invariable et fondé sur la Foi, Ne cherche, ne regarde et n'écoute que toi, Et bravant du Démon l'impuissant artifice, De la Eeligion soutient tout l'édifice.
Grand Dieu ! juge ta cause, et déploie aujourd'hui Ce bras, ce même bras qui combattait pour lui, Lorsque des nations à sa perte animées Le Khin vit tant d« fois disperser les armées. Des mêmes ennemis je reconnais l'orgueil. Ils viennent se briser contre le même écueil : Déjà rompant partout leurs plus fermes barrières. Du débris de leurs forts ils couvrent ses frontières. Tu lui donnes un fils prompt à le seconder. Qui sait combattre, plaire, obéir, commander ; Un fils, qui, comme lui, suivi de la victoire. Semble à gagner son cœur borner toute sa gloire j Un fils à tous ses vœux avec amour soumis, L'éternel désespoir de tous ses ennemis. Pareil à ces esprits que ta justice envoie, Quand son Eoi lui dit : Pars ! il s'élance avec joie, Du tonnerre vengeur s'en va tout embraser, Et, tranquille, à ses pieds revient le déposer.
Mais tandis qu'un grand Roi venge ainsi mes Injures, Vous qui goûtez ici des délices si pures,