SCÈNE HUITIÈME
M«^® DE Saint-Cyr. — Pendant que M°^® Dorbac n'y est pas, dites-moi des nouvelles de mon fils.
M"^^ MoRiN. — Il est digne de vous, madame, et de l'instruction que vous lui avez donnée. Nous l'aimons tous, et craignons que vous ne le repreniez.
Méchant ouvrier n'a jamais bon outil.
Se rendre utile.
(Classe bleue, 1702.)
Votre peu de fortune, qui fera que vous aurez besoin de tout le monde, doit vous faire craindre d'être à charge à qui que ce soit; si les personnes les mieux accommodées et les plus élevées par leur rang doivent ta-
cher de se rendre agréables, combien plus le doivent faire les demoiselles de Saint-Cyr, qui n'ont rien ou peu de chose. On est fort embarrassé d'une fille qui ne sait que se tenir droite, se mettre à table, jouer, parler ; chacun cherche à s'en défaire.
Je comprends bien que,les premiers jours qu'on arrive dans une maison, on soit un peu réservée et embarrassée ; mais quand on la connaît, on doit entrer dans les sentiments de celle qui la gouverne ; on demande de l'ouvrage, on cherche à s'occuper et à n'être pas inutile ; on n'est pas déconcertée jusqu'à n'oser mettre la main à l'œuvre. C'est la marque d'un bon cœur de chercher à se faire aimer par ces endroits-là ; il faut qu'on vous désire oii vous irez.
Dans le temps que je demeurais à Paris, je ne manquais assurément de rien, et j'étais toujours dans une agréable compagnie, qui aurait bien désiré que je ne l'eusse point quittée ; cependant j'allais ordinairement chez ma bonne amie M^^ de Montchevreuil, qui était continuellement malade ou en couches, et moi je n'avais ni l'un ni l'autre. Je prenais soin de son ménage, je faisais ses comptes et toutes ses affaires. Un jour que j'avais vendu un veau quinze ou seize francs, j'apportai cette somme en deniers, parce que ces bonnes gens à qui je l'avais vendu n'avaient pu me donner d'autre monnaie; cela me chargea fort et salit beaucoup mon tablier. J'avais toujours les enfants de M"i° de Montchevreuil autour ie moi ; j'apprenais à lire à l'un, le catéchisme à l'autre, 3t leur montrais tout ce que je savais. Elle avait entrepris de faire un meuble de tapisserie; je m'y mis tout sntière, jusqu'à en suer souvent. Nous travaillions en carrosse durant un voyage de trois semaines, que nous fîmes [dans un temps fort chaud ; elle avait des beauxfrères qui enfilaient nos aiguilles, pour ne pas perdre de temps ; je travaillais sans penser au chaud ni au beau temps, et sans sortir une seule fois pour prendre l'air. Une petite mignonne aurait dit bien souvent : Ah ! qu'il Fait chaud! Quoi 1 par un si beau temps, ne point aller se promener ? — Je ne pensais à rien de tout cela, tant je travaillais avec affection, et cependant je demeurais chez 3lle sans intérêt, et je quittais une maison de Paris où