‹ Madame de MaintenonChapitre 2 sur 2 · DEPUIS SON MARIAGE JUSQU'A SA MORT · texte numérisé non relu

DEPUIS SON MARIAGE JUSQU'A SA MORT

J'ai dû finir mon roman au mariage secret de Louis XIV 5 mais la vie entière de madame de Maintenon offre un modèle si parfait de sagesse et de vertu ^ sa vieillesse fut si respectable, qu'on a pensé qu'un extrait rapide de ces trente-cinq années pourroit intéresser.

Devenue l'épouse de Louis XIV, madame de Maintenon n'eut ni plus de faste, ni plus de représentation. Elle n'avoua jamais son secret, pas même à ses amis les plus intimes 5 mais elle ne le nia point, quoiqu'elle n'en voulût pas convenir positivement. Elle ne montra ce qu'elle étoit que

dans les occasions où son ctal lui donnoit le droit de se livrer à la genérosilé de son caraclère. Dans ces loteries magnifiques de pierreries et de bijoux, que le roi donnoit aux dames de la cour, madame de Maintenon gagna plusieurs fois le gros lot, et le donna toujours. Les dames qui recevoient d'elle un superbe diamant, ne Tauroient point accepté d'une simple particulière, quelle qu'eût été sa faveur. Cétoit en madame de Maintenon un acte de royauté :

elle ne s'en est permis que dans ce genre ( 1 ).

Une de ses amies lui ayant dit un jour : Madame^ vous n'êtes pas la dernière du royaume : Taisez-vous, lui répondit-elle, tout cela n'est que vanité. Un enfant lui ayant dit : On assure, madame, que vous êtes reine ^ elle ne répondit que ces seuls mois : Qui vous Ta dit ? Quand les paysans de Fontainebleau la traitoient de majesté, elle rougissoît en disant : Il faut donc que tout ce que je vois soit flatteur !

Le roi fut moins réservé. Un jour d'été ,

(i) Mémoires de Dangeau,

qu'il avoit pris médecine, Monsieur, e'tant entré chez lui, le trouva dans son lit, négligemment couveit : madame de Maintenon étoit dans la chambre. Le roi , fâché d'être surpris en cet état , au lieu de donner à son frère des nouvelles de sa santé , lui dit brusquement : « De la manière dont » vous me voyez devant madame , vous » jugez bien ce qu'elle m'est. »

Monsieur étoit d'une indiscrétion reconnue 5 lui révéler un mystère, c'éloit le dévoiler à toute la cour. On eut, d'ailleurs, mille indices qui ne pouvoient laisser de doutes. Outre que madame de Maintenon entendoit la messe dans la tribune royale, elle s'habilloit et se déshabilloit devant le roi, qui ne l'appeloit jamais que Madame^ tout court, même en parlant d'elle, sans qu'on se méprît entre elle et la femme de Monsieur.

Madame de Montespan , n'ayant pas même conservé l'amitîé du roi , s'obstinoit à rester a la cour 5 elle seule paroissoit douter du mariage de madame de Maintenon 5 il lui sembloit qu'en le niant , elle rendoit

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cet évënemement plus incertain. Elle passoit sa vie à faire des reproches à madame de Maintenon ^ et à lui demander des grâces. Elle lui dit un jour ^ après une conversation fort vive : Je saurai me venger. Et moi^ re'pondit madame de Maintenon, /e saurai vous pardonner. Cependant , madame de Montespân , depuis Fe'poque du mariage, ne parla jamais de madame de Maintenon qu^avec estime 5 elle désiroit même que Ton crut qu'acné étoit son amie. Elle alloit tous les ans aux eaux de Bourbonne , et jamais elle ne manquoit d'y porter un petit portrait de madame de Maintenon, copié d'après le beau tableau de Mignard , la sainte Françoise y ce portrait de madame de Maintenon, si célèbre par sa ressemblance , son agrément et sa perfection, et dont madame de Goulange disoit à madame de Sévîgné : « Mignard Ta peinte, ^ mais sans fadeur, sans incarnat, sans » air de jeunesse^ et sans toutes ses per- » fections , il nous fait voir des yeux anî- » mes, une grâce parfaite , point d'atours, » un visage beau de sa propre beauté 5 une

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» physionomie au-dessus de tout ce qu'on » peut dire, etc. (i). »

(i) Ce portrait étoît de grandeur naturelle , et fait pour servir de pendant à un portrait de Louis XIV , peint aussi par Mîgnard ; Mademoiselle Bernard fit pour ces deux tableaux, le madrigal suivant, qui s'adresse à Mignard :

Oui, votre art, je l'avoue, est au-dessus du mien.

J'ai loué mille fois notre invincible maître;

Mais vous , en deux portraits vous le faites connoître :

On voit aisément dans le sien

Sa valeur, son cœur magnanime; Dans l'autre, on voit son goût à placer son estime.

Ah! Mignard, que vous louez bien!

On a trouvé, il y a deux ans, aux eaux de Bourbonne un petit portrait à l'huile, de madame de Maintenon , avec le manteau d'hermine , la Bible ^ le sablier; enfin en sainte Françoise. Madame de Montespan mourut à ces eaux; ce portrait, qu'elle y avoit porté , y resta oublié chez une dame qui consentit à le vendre. Ce petit tableau fut apporté à Paris; des connoisseurs ont décidé qu'il est original et peint par Mignard; mais, outre qu'il est très-peu vraisemblable que , depuis son mariage , madame de Maintenon se soit fait peindre pour madame de Montespan , ce portrait ayant tous les attributs du tableau célèbre , grand comme nature , dont parlent mesda-

Peu de temps après le mariage de madame de Mainlenon ^ on fit au roi Topération de la fistule. Madame de Monlespan eut ordre d'aller passer à Rambouillet, tout le temps de la maladie du roi. Elle fife'clater, à ce sujet, des transports effrayans de douleur et de rage^ mais il fallut partir. Quand Louis fut convalescent , il la rappela par pitié'. Il parut d'abord qu^elle conservoit beaucoup de ressentiment contre madame de Maintenon ^ ensuite elle passa lout-à-coup d'une extre'mité à l'autre, en lui montrant une amitié excessive. Elle lui proposa une partie à Clagny. Madame de Maintenon Taccepla, malgré les vives oppositions de ses amis • on lui dit qu'elle n'y seroit pas en sûreté^ que l'amitié de madame de Montespan étoit trop vive pour n'être pas suspecte, et que cette fête pouvoit cacher des trahisons. Madame de Main-

mes de Coulange et de Sévîgné , îl est évident qu'il n'en est quime copie faite en petit, et sans doute peînte par Mîgnard. On ignore ce que le grand tableau original est devenu ; le petit tableau orne aujourd'hui le beau cabinet de M. Craford.

DE MAI NT EN ON. 1 S'y

tenon avoit promis, elle y alla ^ elle n'*auroît jamais soupçonné le projet ve'ritable d'un crime , elle pouvoit encore moins le supposer.

Madame de Montespan, exclue de tout, dévore'e d'ambition et d'envie , renvoya au roi toutes les pierreries qu'elle tenoit de lui. Le roi ne voulut pas les recevoir. Par la suite , au mariage du duc de Bourgogne , elle fit supplier Louis d^accepter le plus magnifique de ses dons, un collier de perles sans prix ^ Louis le donna à la duchesse de Bourgogne. Mais deux mois après , madame de Montespan , voulant acheter une terre, et ne pouvant s'accorder avec le propriétaire sur le prix, reçut du roi trois cent mille francs pour conclure ce marché. Madame de Montespan finit par se jeter dans les bras de la religion 5 elle quitta tout-àfait la cour. Madame de Maintenon la dirigea dans ses bonnes œuvres» Une école de charité fui établie à Clagni. Madame de Montespan fit des aumônes ^ mais en mêmetemps, elle amassa de l'argent et fut avare avec ses enfans. Elle conserva toujours un

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souvenir trop vif de la passion qu'elle avoîl abjure'e^ quand la cour partoit pour Fontainebleau^ elle alloit à Petitbourg, ou ^ d^une allée du jardin ^ elle voyoit encore le roi sans être vue. Ce reste de foiblesse auroit quelque chose de touchant^ si son caractère permettoit de croire que ce sentiment fut dénué des regrets causés par Tarnbition. Elle mourut à soixante ans. N'ayant assez expié ni ses égaremens ni le scandale de sa vie, les circonstances de sa mort furent effrayantes^ voulant s''abuser sur son état 5 malgré ses remords et ses craintes mortelles^ elle fut privée des derniers secours de la religion , qui avoit été pour elle un manteau plutôt qu'un refuge. Livrée à des domestiques avides , loin de sa famille, elle n aperçut, à Tagonie, Fun de ses enfans (i), que pour le voir outrager la nature , en la dépouillant avec indignité (2). Elle expira dans une auberge, sans conso-

(i) Le duc d'Antîn.

(2) En arrivant , son premier soîn fut de chercher dans le sein de sa mère expirante , la clef de sa cassette.

DE M A INTENON. 189

latîon, sans espérance 5 elle ne fut ni pleure'e^ni regrettée. Elle laissa la mémoire la plus déshonorée et la plus odieuse à la France (1).

Madame de Maintenon eut une vieillesse heureuse et révérée, sa vie entière la lui avoit préparée. Son immense charité ne se ralentit jamais. Sa pitié pour les pauvres , alloît jusqu'à la tendresse. Tant que vécut le roi , elle continua d'aller tous les quinze jours visiter ses pauvres d'Avron 5 mademoiselle d'Aumale, qui Taccompagnoitdans ses courses, dit que ses pauvres étoient si familiers avec elle, qu'ails Tentouroient , la poussoient, et se jetoient dans ses jupes y et surtout les petits erifans ; qui ne Vim-

(i) Elle avôît ordonné^ par son testament, que ses entrailles fussent portées au couvent de Saint- Joseph à Paris , ce qui n'eut pas lîeu : ses entrailles eurent le sort des restes déchirées de Jézabel, Ce détail est si atroce et si dégoûtant , qu'on ne peut se résoudre à le placer ici. Quand on sut, à la cour, ce qu'étoîent devenues les entrailles de madame de Montespan, un de ses amis dit : Est-ce quelle en avoit?

portunoient jamais. Elle n^'avoit point de pauvres àMaintenon^parce que celle lerre lui appartenoit. Tout le monde y travailloit et vivoit dans Faisance et le bonheur. Madame de Maintenon disoit : « Le roi prë- » tend que je me tue à Avron , cependant ^ Pun de mes plus grands plaisirs est de » voir mes paysans 5 j'aime tout-à-fait leurs » maisons- leur conversation est délicieuse, » un rien les soulage et les ravit. Cela ne » vaut-il pas mieux que de perdre son ^> temps à écouter les médisances de ces » dames, ou les plaintes des ge'ne'raux con- » tre les ministres (1) ? »

Elle faisoit distribuer du pain, du potage , des couvertures, des babils aux pauvres de Versailles. Elle se reprocboit le peu de dépense qu'elle faisoit pour elle-même , disant: Tôle cela à nospaui^res. Elle cherchoit elle-même des nourrices pour de pauvres enfans, et les récompensoit lorsqu'elles les lui rapportoient en bonne santé. Elle faisoit tous les ans une grande quantité

(i) Mémoires de mademoiselle d'Aumale.

DE MAINTENON. l()l

de mariages dans les villages voisins de Versailles et de Fontainebleau. Oblige'e de faire tous les soirs la partie du roi , elle donna constamment aux pauvres l'argent qu'elle gagnoit au jeu. Elle étoit sainte , dit mademoiselle d*'Aumale^ jusque dans ses plaisirs. Elle avoit la même sensibilité pour la pauvre noblesse 5 afiri de la soulager^ elle vendit ses chevaux ^ ses bijoux^ une partie de ses habits. Quand de pauvres gentilshommes venoient Fimplorer^ elle joignoit aux secours qu'elle leur accordoit, les plus tendres consolations. «La Providence ne vous » abandonnera pas ^ leur disoit-elle ^ j'e'tois » née aussi pauvre et plus malheureuse que » vous (i). » L'indigence unie à la beauté n'essuya jamais ses refus ^ ravir à la séduction du monde les jeunes filles que des charmes naissans exposoient à tous ses pièges , étoit une de ses bonnes œuvres favorites (2). Pour fournir à tant de libéralités , elle n'avoit , sans compter sa terre, que quarante -

(i) La Baiimelle.

(2) La Baumelle.

\ga MADAME

huit mille francs de pension du roi , et seulement depuis son mariage. Elle ne souffrit jamais que cette pension fut augmente'e. Elle dit un jour à son amie la plus chère ^ mademoiselle d'Aumale : « Pour bien faire ^ Faumône, il faut souffrir du soulagement » qu'on donne aux autres. Ma place em- » pêclie les privations personnelles 5 mes » charités sont pour moi un si grand plai- » sîr^ qu'elles ne sauroient être un mérite : » que je me trouverois heureuse si je pou- » vois devenir pauvre à force de secourir :^ les pauvres ! »

Avec ces sentimens généreux et chrétiens, lui répondit mademoiselle d'Anmaie , il seroit bien à désirer que vous fussiez riche. « Je pourroîs Têtre sans doute ^ » reprit madame de Maintenon , et hier » il ne tint qu'à moi d'avoir cent mille » écus de rente. J^étoîs avec le roi dans son » carrosse, il me dit : Mais , madame, vous » n'avez rien. Il me pressa plus qu'il n'a » jamais fait. Vous m'allez bien gronder 5 ' ^ je refusai tout: les revenus du roi appar- » tiennent au royaume, ils doivent être

D E MAINTENON. IQS

» employés aux besoins des peuples^ et non ^ au luxe d'une femme. Je dis hixe^ip^vce » que, dans Télal où je suis, ne pouvant » jamais parvenir à prendre sur mon né- » cessaire, toutes mes aumônes ne sont » qu une espèce de luxe , bon et permis à >> la vérité , mais sans mérite ^ et voilà , ma » chère fille, les inconvéniens de ma place : ^^ il y a des vertus qui y deviennent im- » possibles. »

Sa piété égaloit sa charité, ou pour mieux dire, elle en étoit la base inébranlable : écoutons-la encore elle-même parler sur

ce sujet (i).

« Je sens que je suis à Dieu^ je désire » sa gloire 5 je travaille à rendre mon ame » plus pure , je m'occupe à lui donner ceux » auxquels il m'a attachée Mes afFections » me restent, mais elles lui sont soumises ^ » et, avec le cœur le plus tendre, je suis » parvenue à n aimer personne au point » de vouloir rien faire qui pût blesser mon

(i) Tous ces morceaux sont tirés de la Baumelle, je n'ai fait que rapprocher les passages qui sont dispersés dans ses Mémoires.

» devoir 5 je ne veux rien pour mol-même: » c'est ce me semble le plus grand bien de » la chose qui me détermine^ plutôt qu'un » sentiment particulier....

» La deVotion rend le cœur tendre sur » . le malheur des hommes^ et Fesprit e'clairé » sur les objets de la véritable gloire.

» Il y a un endroit de saint Paul qui me » fait toujours de la peine : celui où il dit » que c'est une chose terrible de tomber » entre les mains du Dieu vivant. Je res- » pecte infiniment cette parole, et je sais » qu'elle regarde les pécheurs impénitens :; » mais cela m'est toujours dur à entendre. » J'aime mieux cet autre sentiment. Oh ! » qu^il nie tarde de déloger^ pour être » ai'ec Jésus- Christ!....

» Je voudrois mourir avant le roi : j'irois » à Dieu^ je me jetterois aux pieds de son » trône ^ je lui ofFrirois les vœux d'une ame » qu'il auroit rendue pure 5 je le prierois » d'accorder au roi plus de lumières, plus » de connoissances sur le véritable état des » provinces, plus d'aversion pour les per- » fidies des courtisans, plus d'amour pour

DE MAIN TENON. \g5

» son peuple^ plus d'horreur pour Tabus » qu'on fait de son autorite'. Mes prières » seroient agréables à Dieu ^ il les exauce- 5> roit^ et s'il etoit possible^ ma félicité en » seroit augmentée (i). »

Combien étoît touchante sa tendresse

pour ses élèves de Saint- Cyr, et la manière

dont elle en parloii! « Je vous Tai dit sou-

» vent , disoit-elle à madame de Glapion ^

» je n'aime point les nouveaux établisse-

» mens, il vaudroit mieux soutenir les an-

» ciens (2). Cependant, sans presque y

» penser, il se trouve que j'en ai fait un

» nouveau. Je n'y pensois sûrement pas en

» formant ma petite école de Neuilly, tout

» vient pourtant de là ^ ensuite, quand je

» la transférai à Noysi, beaucoup decom-

» passion pour la noblesse indigente, parce

» que j'avois été moi-même orpheline et

» pauvre , me fit imaginer de l'assister pen-

» dant ma vie^ mais je ne projetai point de

» faire ce bien après ma mort. Ce ne fut

» qu'une seconde idée qui naquit du suc-

(i) La Baiirnelle.

(2) Que de sens dans ces paroles!

ig6 MADAME

» ces de la première. Puisse cet e'iablisse- » ment durer autant que la France^ et la » France durer autant que le monde! Rien » ne m'est plus cher que mes enfans de î?> Saint-Cyr^ je m'offre avec tous mes gens » pour les servir , et je n'aurai nulle peine » à être leur servante, pourvu que mes » soins leur apprennent à s'en passer. Voilà » où je tends, voilà ma passion^ voilà mon » cœur (i). »

Tous les instans de sa longue vieillesse 5 ainsi que tous ceux de sa vie , furent illustre's par ces nobles sentimens, et par ses actions admirables. Dans ses retraites de Saint- Cyr, elle instruisoit, elle servait ses élèves. A la cour, elle faisoit le bonheur du roi par la douceur de son caractère, par les charmes de son esprit^ elle contribuoit à sa gloire par ses conseils toujours pacifiques et vertueux : elle s'occupoit sans cesse à maintenir ou à rétablir la paix et l'union dans la famille royale^ quoiqu'elle sût que le duc d'Orléans, qui avoit des mœurs si

(i) Manuscrit de mademoiselle d'Aumale, La Baume lie.

DE MAINTENU N. IQ'^

licencieuses^ ne Taimoit pas et ne pouvoit Faimer^ elle lui rendit d'importans services Le duc d'*Orlëans se moquoit, dans sa societé^ de raustérilé de ses principes, maïs au fond, il estimoit son caractère : il le prouva par la suite. On trouva, parmi les lettres de madame de Maintenon, un billet très remarquable du duc d'Orle'ansj il est de Tannée 1706, et conçu en ces termes : » Quand je pourrai vous dire sans hypo- » crisie que je suis dévot, j'aurai une joie » parfaite à vous faire ma confidente ^ ceux » qui sont parfaitement de'vots , sont si » si vrais et si ge'néreux, qu'un honnête » homme a plus de dispositions qu'un » autre à le devenir »•

Madame de Maintenon unissoit à tant de vertus sublimes, à tant de gloire , la modestiela plus sincère. Piacine vouloit lui de'dier Esther, elle refusa cet hommage éclatant. Elle fit pour Saint-Cyr fouvrage que Ton nomme V Esprit de l^ Institut ^ elle le composa en entier^ mais pour qu'il ne portât jamais son nom, elle le fit signer parTévêque de Chartres et par le roi. Les dames de

^qS madame

Sainl-Louis (i) désirèrent qu'elle le signât aussi 5 elle leur répondit : Jl mut mieuoc que celles qui vous suis^ront le croient d'un éç^éque que cVune femme.

Avec tant d'esprit, de lumières, tant d'occupations importantes , madame de Maintenon, loin de dédaigner les ouvrages de son sexe , comme la femme forte de la sainte écriture,/?/^ le lin avec des mains sages et ingénieuses. Elle filoit , ou travailloitàla tapisserie, en dictant ses lettres, et même seule avec le roi. On voit encore ^ parmi les meubles de la couronne , un superbe lit travaillé en soie , en or, en petites perles fines et petites pierreries , fait par madame de Maintenon pour Louis XIV. Elle donna ce goût du travail à toutes ses élèvesj, et il s'est perpétué à Saint- Cjr jusqu'à nos jours.

Madame de Maintenon eut une tendresse extrême pour la duchesse de Bourgogne , qu'elle avoit élevée. Cette jeune princesse, remplie d'esprit et de qualités attachantes,

(i) On appelolt aîxisi les religieuses de Saint-Cyr.

DEMAINTENON. ÎQQ

eut quelques défauts, dont les conseils de madame de Maintenon la corrigèrent. Elle aima le jeu, fît souvent des dettes, que le roi paya. Un jour, elle confia à madame de Maintenon qu'elle avoit perdu la veille vingt-cinq mille francs , et qu'acné n'osoit plus s'adresser au roi. Madame de Maintenon emprunte quinze cents pistoles sur sa terre , et prend le reste sur ses épargnes , pour compléter la somme. Le lendemain, madame la dauphine trouva dans son cabinet vingt-cinq mille francs, et ce billet: « Voilà, madame, de quoi acquitter votre » dette et soulager votre ame ^ Tunique re- » connoissance que je vous demande , c'est » de ne m'en pas remercier ». La princesse ne joua plusj elle se corrigea aussi de la coquetterie qu'on lui avoit reprochée. Elle disoit à madame de Maintenon : « Ma tante, » je vois aujourd'hui que je vous ai des » obligations infinies 5 vous avez eu la pa- » tience d'attendre ma raison (1). »

La mort de cette jeune princesse fut pour

(i) Mémoires de Maintenon. Tous les enfans de France appeloient leurs gouvernantes maman. Ce

madame de Maintenoii le coup le plus sensible. Elle avoit, depuis long-temps, passé Tâge où Ton se console.

Le ciel n^exauça point son vœu le plus cher 5 Louis XIV, plus jeune qu^elle de trois ou quatre ans, mourut avant elle. Le roi avoit un mal à la jambe, qui devint mortel , parce qu'il négligea de le soigner , et même d'en parler. Il eut long-temps la fièvre toutes les nuits sans le croire 5 le lendemain, il se levoit et travailloit comme de coutume. Madame de Maintenon fut si frappée de son changement , qu'elle le fit veiller par Fagon 5 on découvrit alors quMl avoit la fièvre. La gangrène étoit à sa jambe. Il se confessa, reçut tous ses sacremens ^ madame de Maintenon se fit dresser un petit lit dans sa chambre. Le roi ouvrit sa cassette et brûla quelques papiers , en disant : Ces lettres hrouilleroient deuoc personnes. Il trouva un chapelet dans sa casnom, donné à madame de Maîntenoû par l'épouse du petit-fils de Louis XIV , eût été une sorte de révélation du secret; c'est pourquoi la duchesse de Bourgogne ne l'appela que ma tante.

DEMAINTENON. 201

selle ^ il le donna à madame de Maintenon, et lui dit en souriant : Gardez-le^ non comme une relique y mais comme un soutenir. II fît ses adieux à sa famille et à ses amis^ avec beaucoup de fermeté'. Il ne s'attendrit qu'avec madame de Maintenon : » Je ne regrette que vous ^ lui dit-il ^/e ne » vous ai pas rendue assez heureuse^ mais » tous les sentimens d^ estime et d^ amitié ^ que vous méritez ^ je les ai toujours eus » pour vous, s^ Il lui dit devant tous les princes : V unique chose qui me fâche c/est de vous quitter^ mais nous nousrei^erroîîs dans Véternité. Quand tout le monde fut sorti , il lui dit : Qu'allez-vous dei^enir^ vous n^ai^ez rien. Ne songez point à moi ^ répondit- elle , je ne suis plus rien. Il se souleva pour Pembrasser ^ et il ne put retenir ses pleurs. Il lui dit de regarder si personne nVcoutoit^ quoique^ ajouta-t-il^ 072 ne sera jamais surpris que je m^atteU" drisse açec vous. Il appela le duc d'Orle'ans, et lui recommanda madame de Maintenon, dans les termes les plus tendres et les plus honorables pour elle. Les dernières

paroles du roi s^jdressèrent à elle 5 sa têle s'embarrassa. Madame de Maintenon rentra dans son appartement pour pleurer en liberté' son roi ^ son bienfaiteur ^ son ami 5 son e'poux.

Le roi n'avoit plus de connoissance 5 le maréchal de Villerov pressa madame de Maintenon de se retirer à Saint- Cyr. On lui promit que si le roi reprenoit un instant de connoissance^ elle en seroit avertie surlercliamp. Elle résista^ mais elle céda ^ elle partit. C'est Tunique action de sa vie que Ton puisse blâmer^ elle devoit recevoir le dernier soupir du roi... Le maréchal de Villeroj lui envojoit d'heure en heure un courrier pour lui donner des nouvelles de Fagonisant^ ce qui dura deux jours. Pen-r dant tout ce temps ^ elle pria , pleura , parla du roi 5 et ne pensa pas un instant à ellemême. Le roi étant mort, personne n'osoit le lui annoncer ; enfin, mademoiselle d'Aumale entra dans sa chambre, et lui dit du ton le plus lugubre : Madame^ toute la maison consternée est à V église.

Le duc d'Orléans crut devoir à la më-

DE MAINTENON. 2o3

moire du feu roi et à la vertu parfaite de madame de Maintenon, d'*aller lui faire une visite. Il lui montra toute Festime qu^elle méritoit d'inspirer- il lui annonça qu'ail lui conservoit la pension de quarantehuit mille francs que le feu roi lui donnoit sur sa cassette^ et qui n'etoit point assure'e. Madame de Main tenon vouloit qu'il la re'duisit. Cette pension fut assurée par brevet au nom du jeune roi , et ces paroles îionorâbles furent mises dans le brevet : Pension que son désintéressement lui a rendue nécessaire.

Madame de Maîntenon conserva des amis 5 sa famille , et les élèves qu'elle laissa dans le monde^ furent reconnoissantes. Mais elle voulut vivre dans la plus profonde retraite 5 et elle ne reçut que le duc et la duchesse de Noailles^ mesdames de Dangeau et de Cajlus. Jusque dans la vieillesse la plus avance'e^ sa conversation eut un charme infini. Le temps avoit respecte son ouie et ses jeux 5 le cœur et Fesprit ëtoient entiers 5 elle écrivoit, parloit, pensoit, avec toute la justesse de ses plus belles an-

nées (i). Un jour qu^elle faisoit une exhortation aux demoiselles assemblées, elle parla avec tant cle force, quVuie nouvelle servante qui Fentendoit, l'interrompit en sMcriant : Pardi ^ voilà encore une maîtresse femme! Uâge ne diminua point son zèle pour les demoiselles de Saint-Louis^ ne pouvant plus monter aux classes, elle souhaita en avoir un certam nombre dans son appartement : les maîtresses en firent les récompenses du mérite. La douceur de madame deMaintenon étonnoit les religieuses les plus patientes... Rien nest moins raisonnable y disoit-elle, que de vouloir que des enfans le 6"o/enf. Parmi toutes ces jeunes personnes, elle en aima une avec une tendresse extrême ( mademoiselle de la Tour) 3 Tenfant répondit à cette affection. La délicatesse de celte enfant demandoit des soins particuliers^ madame de Maintenon la prit avec elle.

On sait que le czar Pierre-Ie-Grand ne

(i) Comme on en peut juger par ses dernières Lettres.

DE MAINTENU N. 2o5

voulut pas quitter la France sans avoîr vu madame de Mainlenon.il fut à Sainl-Cyr^ elle étoît dans son lit : pour la mieux voir, il tira lui-même le rideau du lit ^ il la conside'ra attentivement^ elle rougit, et les dames de Saint-Louis, qui la virent en ce moment , assurèrent qu elle dut lui paroître encore belle (i).

Madame de Maintenon surve'cut quatre ans au roi 5 elle passa tout ce temps dans une maison qui lui devoit tout 5 réve'rée, adore'e, soigne'e comme la mère la plus che'rîe, entoure'e des dames de Saint-Louis parmi lesquelles il s^en trouvoit plusieurs dignes de sa confiance et de son amitié, par leur esprit et leur me'rite^ environne'e d^une multitude de jeunes personnes dociles et reconnoissantes, qu'elle regardoit comme ses enfàns, elle recueillit, jusqu'au dernier soupir, le prix de sa vertu et de sa bonté.

La détention du duc du Maine, Tobjet de sa plus vive afFeciion , lui porta un coup mortel^ elle s'évanouit en Fapprenant^ la

(i) Scs^Mèmoires:

fièvre lui prit et ne la quitta plus. Madame de Gajius , le duc et la duchesse de Noailles (i) vinrent s^enfermer avec elle, et ne la quittèrent plus. Sa maladie fut longue , mais elle souffrit peu. Elle en connut tout le danger^ elle vit la mort avec calme ^ sa pieté fut sublime. Peu de jours avant sa mort , elle ouvrit son testament ^ elle y ajouta : Je donne à M. cVAuhignéy archeçêque de Rouen ^ mon crucifix y ai^ec le petit portrait du roi qui est au-dessous ^ et je désire qu^il soit consente à jamais par ceux de mon nom qui le regarderont avec la vénération et la reconnaissance quHls lui doii^ent. Elle dit en riant à mademoiselle d'Aumale : Cela est encore écrit assez ferme. La surveille de sa mort, elle dit à mademoiselle d'Aumale : « Quoique » je sois bien mal, il ne faut pas négliger » les bonnes œuvres : envoyons nos pen- » sions, ces pauvres gens les recevront ainsi » avant féchéance. »

(i) La duchesse étolt sa nièce, fille ctu comte d'Aubigné,

Ce fut la première fois de sa vie qu'elle ne (ît pas ses comptes elle-même. Elle dit ensuite : « Je viens d'avoir un grand plai- » sir, j'ai payé mes pensions d'avance 5 je » ferai du moins encore faumône après ma » mort. » Le i4 avril, on célébra la messe à minuit dans sa chambre, elle j communia en viatique 5 ensuite elle reçut Textrême-onclion : pendant la cérémonie elle répondit d'un ton ferme et doux à toutes les prières. Son confesseur la pria de donner sa bénédiction à toute la communauté assemblée ^ elle répondit : J^en suis indigne. Il Ten pressa , elle obéit. Son agonie fut si douce, qu'elle avoit Tair d'une personne qui dort tranquillement. Elle s'éteignit à six heures du soir, le i5 avril 1719, âgée de 84 ans (i). L'auteur de ses Mémoires ( La Baumelle) avoit vu à Saint-Cjr, quelques religieuses du temps de madame de Maintenon ^ il tenoit d'elles les détails de la désolation qui remplit Saint-Cyr après la

(i) Ses Mémoires,

mort de son illustre fondatrice. Cette peinture a un ton de vérité qui m'engage à la copier litte'ralement.

Quand elle eut rendu le dernier soupir^ les pleurs et les sanglots succédèrent au saisissement 5 celte mort naturelle et tardive paroissoit à ses filles une mort subite et prématurée : on enlendoit partout des cris perçans^ les servantes même mêloient leurs pleurs à ceux des dames et des enfans. Nui ordre dans la maison ^ tous les exercices étoient interrompus : tantôt un profond silence ^ tantôt de longs gémissemens. Si quelques paroles échappoient dans cette désolation, c'étoient des éloges naïfs , quelques mots d'admiration parmi cent expressions de douleur.

Elle laissa trente mille francs d^argent comptant, ses meubles, sa vaisselle d'argent (montant à quinze mille francs) , et un seul diamant qui lui venoit du roi, qu'elle porloit toujours, et qu'elle laissa à la duchesse de Noailles. Elle avoit assuré à cette dernière , par contrat de mariage, sa terre de

Maintenons aînsi elle ne pouvoit disposer que de bien peu de chose. Son testament fut touchant, sage*, édifiant. Elle demanda à être enterrée dans le cimetière, sans cérémonie 5 ce fut îa seule de ses volontés qui ne fut point exécutée. Le duc de Noailles donna les ordres pour la triste cérémonie ' il fit faire un caveau au milieu du chœur . pour y déposer le corps embaumé dans un cercueil de plomb. L'église fut tendue de noir 5 révêque de chartres, accompagné du général de Saint-Lazare et de tout son clergé , officia en habits pontificaux. Les dames portèrent le drap mortuaire, les demoiselles des flambeaux allumés ^ Féglise retentit de chants et de gémissemens. Mais quand tout ce qui restoit de madame de Maintenon disparut à tous les yeux, on pleura plus amèrement encore , comme si on la perdoit une seconde fois. On ne fît point d'oraison funèbre, on ne pouvoit tout dire^ on crut qu'ail valoit mieux se taire que de ne parler qu'à demi s mais ce qu'on n'avoit osé dire, on le grava sur le marbre, dans une épitaphe française, faite par l'abbé de Vertot.

Voici celte belle épilaphe, dont Thisloire confirme tous les éloges :

Ci gît:

Madame Françoise d'Aubigné,

Marquise de Maintenon,

femme illustre, femme vraiment chrétienne;

cette femme forte , que le sage chercha

vainement dans son siècle ,

et qu'il nous eût proposée pour modèle

s'il eût vécu dans le nôtre.

Sa naissance fut très-noble.

On loua de bonne heure son esprit,

et plus encore sa vertu.

La sagesse, la douceur, la modestie,

formèrent son caractère , qui ne se démentit jamais.

Mêmes principes , mêmes règles , mêmes vertus ;

fidèle dans les exercices de piété ;

tranquille au milieu des agitations de la cour ,

simple dans la grandeur ,

pauvre dans le centre des richesses ,

humble au comble des honneurs ;

révérée de Louis-le-Grand ,

environnée de sa gloire ,

autorisée par la plus intime confiance ,

dépositaire de ses grâces;

qui n'a jamais fait usage de son pouvoir

que par sa bonté :

une autre Esther dans la faveur,

DEMAINTENON. 211

une seconde Judith dans Toralson;

la mère des pauvres,

Fasile toujours sur des malheureux.

Une vie si illustre a été terminée

par une mort sainte

et précieuse devant Dieu.

Son corps est resté dans cette sainte maison,

dont elle avoit procuré rétablissement ;

et elle a laissé à l'univers l'exemple

de ses vertus.

Décédée le i5 avril 17 19.

Née le 28 novembre i635.

On fit , après sa mort, les vers suivans ^ pour être mis au bas de son portrait :

L' estime de mon roi m'en acquît la tendresse; Je l'aimai trente ans sans foiblesse , Il m'aima trente ans sans remord ; Je ne fus reine ni maîtresse :

Devine mon nom et mon sort.

On a dit que madame de Maintenon, dans sa jeunesse, faisoit avec facilité de jolis vers 5 en voici quelques-uns , qui prouveront qu'elle se seroit distingue'e dans ce genre, si elle en eût eu la prétention.

Elle composa cette jolie e'pitaphe pour le duc de Richelieu :

Ci gît Armand : l'Amour, pour faire pièce aux belles y Lui donna son souris , son carquois et ses ailes.

Elle fit les suivans sur une partie de plaisir cil Ton s'enuuja :

Six personnes brûlant du désir de se voir , Après s'être cherchées , se trouvèrent un soir

Dans un bois sombre et solitaire.

Que leur plaisir fut grand ! il passa leur espoir ; Mais après les transports du salut ordinaire , Ils ne surent que dire et ne surent que faire.

Ayant vu, dans un village, une enseigne de la Madeleine, qui ressembloit à Tabbé Têtu, elle fit sur-le-champ ces deux couplets , adressés à Tabbé :

Est-ce pour flatter ma peine , Que dans un vieux cabaret , Croyant voir la Madeleine , Je trouve votre portrait ?

La marque d'amour me touche ^ J'en aime la nouveauté :

On vous a fait femme et louche Sans nuire à la vérité.

DEMAINTENON. t2\3

Je terminerai celte notice par un portrait Irès-agre'able de madame Scaron ^ qui se trouve dans un roman de mademoiselle de Scudery , dans lequel l'auteur introduit madame Scaron et son mari , sous les noms de Scaurus et de Ljriane^ entrant dans le temple de la Fortune pour interroger Foracle sur leurs destîne'es :

« Une femme attira tous les regards, A 's> la livrée de ses esclaves, on reconnut » qu''elle e'toit femme de celui qui e'toit dans » la machine peinte et dorée ^ couverte » d'une espèce de petit dais. Ljriane étoit » d'une naissance fort noble 5 ses parens , » persécutés par la fortune, Pavoient, dès » l'enfance, emmenée au fond de la Lj^bie, î?> d'où elle étoit revenue si belle etsi char- » mante, qu'on ne pouvoit presque rien » lui comparer sans injustice. Elle étoit » grande et de belle taille, mais de cette » grandeur qui n'épouvante point, et qui » sert seulement à la bonne mine. Elle » avoit le teint fort uni et fort beau , les » cheveux d'un châtain clair et très-agréa- » ble, le nez très-bien fait, la bouche bien

2l4 MADAME DE MAINTENU N.

» taillée, Tair noble, doux, enjoué, mo-

» deste , et, pour rendre sa beauté plus par-

» faite et plus éclatante , les plus beaux

» yeux du monde : ils étoient noirs , bril-

» lans, doux, passionnés, pleins d'esprit^

» leur éclat avoit je ne sais quoi qu^on ne

» sauroit exprimer 5 la mélancolie douce y

» paroissoit quelquefois avec tous les char-

» mes qui la suivent 5 Fenjouement s^y fai-

» soit voir à son tour avec tous les attraits

» que la joie peut inspirer. Son esprit étoit

» fait exprès pour sa beauté 5 grand, doux,

» agréable, bien tourné. Elle parloit juste

» et naturellement , de bonne grâce et sans

» affeclalion. Elle savoit le monde, et mille

» choses dont elle ne se soucioit pas de faire

» vanité. Elle ignoroit qu'elle fut belle ,

» quoiqu'elle eût mille appas inévitables :

» de sorte que, joignant les charmes de sa

» vertu à ceux de sa beauté et de son esprit,

i> on pouvoit dire qu'elle méritoit toute Fad-

» miralion qu'on eut pour elle lorsqu'elle

» entra dans le temple de la Fortune. »

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