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Madame de Montespan et la légende des poisons

Z)ans ces quelques pages, écrites à l'occasion d'une récente actualité, nous n'avons pas la prétention d'épuiser un sujet complexe, sinon difficile, et que nous nous proposons d'aborder prochainement avec tous les développements nécessaires. Nous espérons pourtant en avoir assez dit pour montrer que, suivant l'expression d'un de nos meilleurs historiens, « il reste, sur ce chapitre, bien des points obscurs » et que l'injustice des accusations portées contre Madame de Montespan n'a d'égal que leur fragilité.

Nous tenons à exprimer nos plus vifs remerciements à M. le marquis de Monlboissier-Canillac et à M. le comte Fernand de Rougê pour l'extrême obligeance avec laquelle ils ont bien voulu nous autoriser à reproduire les deux beaux portraits qu'ils possèdent de Madame de Montespan. Le premier, œuvre de Gascar, qui fut le peintre favori de la première période, nous la montre telle qu'elle devait être quand elle prit la pAace de

La Vallière; le second, peint par Mignard, et dont M. Georges Profit exécute en ce moment même une gravure au burin, commandée par l'Etat, est, à peu d'années près, contemporain de l'Affaire des Poisons. Sans entrer dans une étude iconographique qui trouvera ailleurs sa place, on nous permettra de rapprocher de ces deux tableaux les lignes suivantes empruntées aux mémoires inédits d'un auteur italien du XVIIe siècle et qui, à notre connaissance , constituent le portrait écrit le plus exact et le plus précis qu'un contemporain ?ious ait laissé de la favorite : « Aveva ella pelo biondo, occhi grandi di color céleste, naso aquilino pero ben furmato, bocca colorita e piceiola, bellissimi denli, in somma un volto perfetto. Per il corpo, quando la viddi, era ingrassata, ma prima era proporzionata in delineamenti e di médiocre statura. »

Depuis Racine, payant de tirades sur l'altière Vasthi sa reconnaissance à la favorite qui l'avait fait historiographe du Roi, jusqu'aux beaux vers dans lesquels M. Catulle Mendès opposait naguère aux horreurs de la messe noire la touchante pénitence de la Carmélite, on peut dire que Madame de Montespan a eu un mauvais théâtre. Et voici qu'à son tour le prince de nos auteurs dramatiques la met, lui aussi, en pièce, si l'on peut ainsi dire, et prête l'autorité de son nom et de son talent à la légende d'horreurs qui court sur son compte. Sans doute, plus indépendant que Racine, M. Sardou n'a aucune obligation personnelle à Madame de Montespan, sans doute aussi les droits du théâtre sont sans limites à l'égard de l'histoire, et si dans le nouveau drame de la Porte-Saint-Martin il en a usé dans un sens éminemment partial, il peut invoquer à sa décharge les conclusions de plus d'un brillant historien. Cependant, comme la vérité conserve toujours

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