‹ Madame de Montespan et Louis XIV: étude historiqueChapitre 109 sur 204 · MADAME DE MONTESPAN A LA DUCHESSE DE NOAILUBS · texte numérisé non relu

MADAME DE MONTESPAN A LA DUCHESSE DE NOAILUBS

[Versailles, juin 1675.]

Je suis très-persuadée, Madame, que vous avez senti tout ce que vous me dites. Ce n'est pas dans les grandes choses où je vous trouve des défauts, et tout ceci étoit bien sérieux pour moi; siTétat où j'étoiseût duré, je serois devenue folle, car je ne pouvois supporter ce que j'envisageois très-clairement. Nous en voilà dehors, grâce à Dieu. Ce pauvre enfant' est tout à fait en sûreté de sa vie, c*est tout ce que je demande, car pour la durée de sa maladie, je m*en accommoderai fort bien. Les médecins croient qu'il a eu de la fièvre jusqu'au quatorze et comptent de le purger Tété, mais fort doucement, à cause de sa toux qui est furieuse, et qui ne lui prend pourtant que dans ses mouvemens de fièvre, que l'on ne peut pas appeler des redoublemens. Il est d'une tristesse et d'un abattement pour l'humeur, c^ir il a toujours de la force; il a même voulu se lever tantôt ; on l'a laissé faire, et il s'est fait recoucher dans le moment,

' Évôché de Liège.

* Bibl. du Louvre. Ms. 325-3. Correspondance de Noailles, fol. 77. Leilre autographe, non signée.

* Le comlc de Vcxin, né le 20 juin 1672. « La reine, dit madame de Sëvigiié (14 juin 1G75), fut voir madame de Montcspan à Clagny... Elle moiUa dans sa chambre; elle y fui une demi-heure; elle alla dans celle do M. de Vexin, qui étoit un peu malade, et puis emmena madame de Montcspan à Trianon. »

sans s'en être trouvé mal. U n'a souffert la lumière que dans ce temps-là, et il n'y avoit au plus dans sa chambre qu'une petite bougie embrasée. Je vous dis cette circonstance pour une remarque que madame de Thianges fit hier, que moi qui ne puis seulement pas dormir sans lumière, j'avais été six jours et six nuits comme dans un four, sans m'en apercevoir. Il est vrai que j'ai été bien touchée de ce gros vilain ; j'en suis au désespoir, car j*ai quelque expérience que les véritables amitiés ne donnent que de la peine*.

' Nous sommes accablés de messages et de visites. Madame

de Thianges arriva dimanche au soir et s'en est retournée

aujourd'hui, en sortant de table. Personne n'a meilleur air

sur les devoirs. Elle partit dés qu'elle sut le grand mal de

ce pauvre enfant, et ne s'en retourna que pour avoir soin

de mon père*. Cependant, elle ne parut ici, pour la première

^^^isde la journée, qu'au sortir de la prière du soir, et je

^6 [la] verrai qu'en allant à Paris. Pour mon père, elle ne

'e visite aussi [que] rarement; c'est sa manière, il s'en faut

accommoder. Vous avez grand intérêt que la maxime d'ai-

^^^ les gens avec leurs défauts s'établisse, et je crois qu'il

^1 faudra venir là à la fin.

J'oubliois à vous dire que madame de Thianges a versé ^^ Sortant de la grille, et que le carrosse s'est rompu ; vous ^'^oirez bien qu'il étoit à nous, et qu'elle a un peu pesté ^Qntre les équipages ; mais la peur de retarder d'un moment son retour à Paris l'a empêchée de remonter; elle a ^^ieux aimé attendre en bas un carrosse de Clagny.

Si nous avions plus de nouvelles, je ne me serois pas tant ^tendue sur celle-là. Madame d'Uzès ne m'a quasi pas quittée. La marquise de La Vallière et madame d'Heudicourt

'^ Il y a là sûrement une allusion à madame de Mainlpppn.

* Le duc de Morlemart, mort le 26 décembre dp \^ m^iTîe ar^pée,

sont demeurées ici. La comtesse Du Plessis eut hier un grar^d accès de fièvre. Madame de La Vieuville envoie agacer tousl ^s& médecins pour jouer avec elle; mais ils lui tiennent rigueur. IL«a maréchale de La Mothe fait tout de son mieux pour nomas rendre service ; monsieuret madame de Nevers doivent venir ce soir. Enfin nous n*avons qu'à nous louer de tout le mond ^- Vous savez que c'est une réflexion que j*ai déjà faite pi tmsieurs fois que le général du monde avoit conservé de grandes honnêtetés pour moi ; mais quelques particulieM^ en récompense font tout ce qu'il faut pour compenser cet agrément*.

La Toutou me prie de vous faire ses complimens ; je lui ai donné à lire votre lettre ; elle ne me paroît pas disposée à vous oublier. J'étois prête à vous faire valoir la grosseur de ma lettre, mais j*ai songé en même temps que vous croiriez en devoir quelque chose à mon loisir, et cette penséelà sera cause que je ne vous écrirai plus de tout le vova^e^ car je ne m'accommode pas que l'on croie que je fasse jamais rien par occasion.

Je crois qu'il n'est pas besoin de faire des complimens à M. de Noailles ; quand ma petite nièce sera ici, des lettres s'adresseront à lui. J'oubliois à vous dire que monsieur et madame Saint-Loup étoient venus s'établir ici, pour m'assurer qu'il y avoit deux saints qui ne leur avoient jamais msn^* que ; elle ne nous a quittés que pour aller faire des n^^' vaines.

Ne contez point toutes les ravauderies que je vous mande ; vous savez que l'on ramasse tout, et que l'on ne songe qt* ^ fâcher tout le monde ; et je serois au désespoir que ce cj^^

^ Cette plirase semble bien indiquer, indépcndammenl des autres i^" dices, que la Ictirc a été écrite en 1675, en l'absence du roi, pendant ci^*^ Bossuet et le Père de La Chaise usaient de toute leur influence pour ^^' parer Louis XIV et madame de Moniespan.

Von fait par amilié pour nous atlirât le moindre dégoût, le joindrai demain au matin la relation de la nuit à cette lettre. Handez-moi ce qui se fait en général, car je n'ai point de curiosité du particulier.

Ayez la bonté de faire mes complimens à tous ceux qui m'en auront fait. Mademoiselle de Nantes * veut que je fasse des complimens de sa part au Bigot \

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