BOSSUET A LOUIS XIV
(Juillet 1C75.]
Sire, le jour de la Pentecôte approche, où Votre Majesté
a résolu de communier. Quoique je ne doute pas qu'elle ne
^^'ïge sérieusement à ce qu'elle a promis à Dieu ; comme
®"^ Ul'a commandé de l'en faire souvenir, voici le temps
î^^ je me sens le plus obligé de le faire. Songez, Sire, que
^^^ ne pouvez être véritablement converti si vous ne tra-
^^'lez à ôter de votre cœur non-seulement le péché, mais
^^Use qui vous y porte. La conversion véritable ne se con-
^^'e pas seulement d'abattre les fruits de mort, comme
*^^He l'Écriture, c'est-à-dire, les péchés; mais elle va jus-
Q^ , Mademoiselle de Nantes était née le 1" juin 1673 ; il n'y a donc ici J^^e plaisanterie.
Le duc de Noailles.
* Œuvres de Boêsuet, édit. Lebel, t. XXXYII, p. 82. Cette lettre, bien
I ^ déjà publiée, se rattachant directement à une époque essentielle de
^ Me de madame de Montespan, il nous a paru important de la repro-
^ire. Le 10 juillet de la même année, Bnssuet écrivit à Louis XIV une
'^^Ire lettre dans laquelle il lui disait :
«... La haute profession que Votre Majesté a faite de vouloir changer Ratissa vie ce qui déplaisoit à Dieu, les a remplis (ses peuples) de consolation : elle leur persuade que Votre Majesté se donnant à Dieu, se rendra plus que jamais attentive h l'obligation très-étroite qu'il vous impose de veiller fi leur misère... Leur soulagement est autant nécessaire pour votre
qu'à la racine, qui les feroit repousser infailliblement, si elle n'étoit arrachée. Ce n'est pas l'ouvrage d'un jour, je le confesse : mais plus cet ouvrage est long et difficile, pins il y faut travailler. Votre Majesté ne croiroit pas s'être assurée d'une place rebelle, tant que l'auteur des mouvemens y demeureroit en crédit. Ainsi, jamais votre cœur ne sera paisiblement à Dieu, tant que cet amour violent, qui vous a si longtemps séparé de lui, y régnera.
Cependant, Sire, c'est ce cœur que Dieu demande. Votre Majesté a vu les termes avec lesquels il nous commande de le lui donner tout entier : elle m'a promis de les lire et les relire souvent. Je vous envoie encore, Sire, d'autres paroles de ce même Dieu, qui ne sont pas moins pressantes, et que je supplie Votre Majesté de mettre avec les premières. Je les ai données à madame de Montespan, et elles lui ont fait verser beaucoup de larmes. Et certainement. Sire, il n'y a point de plus juste sujet de pleurer, que de sentir qu'on a engagé à la créature un cœur que Dieu veut avoir. Qu'il est malaisé de se retirer d'un si malheureux et funeste engagement ! Mais cependant, Sire, il le faut, ou il n'y a point de salut à espérer. Jésus-Christ, que vous recevrez, vous en donnera la force, comme il vous en a déjà donné le désir. Je ne demande pas, Sire, que vous éteigniez en un instant
service que pour leur repos. Votre Majesté ne l'ignore pas, etpourluidire sur ce fondement ce que je crois être de son obligation précise et indispensable, elle doit avant toute chose s'appliquer à connoître à fond les misères des provinces, et surtout ce quelles ont à souffrir sans que Votre Majesté en profite, tant par les désordres des gens de guerre, que paf les frais qui se Uml à lever la taille, qui vont à des excès incroyables. Quoique Votre Majesté sache bien, sans doute, combien en toutes choses il se commet d'injustices et de pillerics, ce qui soutient vos peuples c'est, Sire, qu'ils ne peuvent se persuader que Votre Majesté sache tout, f t ils espèrent que l'application qu'elle a fait paroître pour les choses I salut, l'obligera à approfondir une matière si nécessaire. » (ûEk- •c. cit.f p. 86.)
le flamme si violente ; ce seroit vous demander Timposble : mais. Sire, tâchez peu à peu de la diminuer ; craignez î Tentretenir. Tournez votre cœur à Dieu, pensez souvent l'obligation que vous avez de Taimer de ! ouïes vos forces, t au malheureux état d*un cœur qui, en s*attachant à la rëature, par là se rend incapable de se donner tout à fait à 'ieu, à qui il se doit.
l'espère. Sire, que tant de grands objets qui vont tous les ours de plus en plus occuper Votre Majesté, serviront beaucoup à la guérir. On ne p^rle que de la beauté de vos Ironies et de ce qu^elles sont capables d'exécuter sous un aussi ?and conducteur : et moi, Sire, pendant ce temps, je songe secrètement en moi-même à une guerre bien plus impor- ^ûte, et à une victoire bien plus difficile que Dieu vous propose.
"éditez, Sire, cette parole du Fils de Dieu : elle semble '^6 prononcée pour les grands rois et pour les conquérans :
Que sert à l'homme, dit-il*, de gagner tout le monde, si ^pendant il perd son âme? et quel gain pourra le récom- ^ïîser d'une perte si considérable? » Que vous serviroit, ^®> d'être redouté et victorieux dehors, si vous êtes au -dans vaincu et captif? Priez donc Dieu qu'il vous affran- 'ïsse; je l'en prie sans cesse de tout mon cœur. Mes in- 'iétudes pour votre salut redoublent de jour en jour ; parce 'e je vois tous les jours, de plus en plus, quels sont vos rils.
Sire, accordez-moi une grâce : ordonnez au Père de La aise de me mander quelque chose de l'état où vous vous iuvez. Je serai heureux, Sire, si j'apprends de lui que loignement et les occupations commencent à faire le bon Pet que nous avons espéré. C'est ici un temps précieux, in des périls et des occasions, vous pouvez plus tranquil-
» Marc, Vllî, 56, 37.
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Jen ^'''iluiesindc'le.
j^ if,: un respect et unis soumission pn servii ''""ufljÉsIé, le Ijûs-liumble, très-obèissant
Icment consulter vos besoins, former vos résoh régler votre conduite. Dieu veuille bénir Yolre Dieu veuille lui donner la victoire, et, par la victoir au dedans et au dehors ! Plus Votre Majesté donne rement son cœur à Dieu, plus elle mettra en lui attache et sa confiance; plus aussi elle sera proté; main toute-puissante.
Je vois, autant que je puis, madame de Hontespar Votre Majesté me l'a commandé. Je la trouve assez tr elle s'occupe beaucoup aux bonnes œuvres, et j< fort touchée des vérités que je lui propose, qui mômes que je dis aussi à Votre Majesté. Dieu vei les mettre à tous deux dans le fond du cœur, e son ouvrage, afm que tant de larmes, tant de violen d'efforts que vous avez faits sur vous-mêmes, ne s inutiles!
Je ne dis rien à Votre Majesté de monseigneur le 1 M. de Montausier lui rend un fidèle comple de Vë santé, qui. Dieu merci, est parfaite. On exécute bie Votre Majesté a ordonné en partant, et il me ser monseigneur le Dauphin a dessein, plus que jamais liter de ce qu'elle lui a dit. Dieu, Sire, bénira en t( Majesté, si elle lui est fidèle.
Je suis avec un respect et une soumission profon de Votre Majesté, le trés-humble, très-obéissant et ti sujet et serviteur,
J. Bémgne, anc. év. de CondorTi
^ C'est ainsi- que signa Bossuet, depuis sa renonciation àl Condom jusqu'à sa nomination à celui de Meaux.
li. - LE DUC DE VIYONNE A MADAME DE MONTSPAN*.
A Messine, ce 24 août 1676.
Vos bontés, ma clière sœur, seront cause que vous aurez souvent la tête rompue de tous les embarras où je me trouve dans l'affaire de Messine. Vous saurez que nous n'avons jamais les choses ensemble ni à temps ; cela fait que l'on ne tire pas les avantages que Ton pourroil tirer des bonheurs que j'ai eus contre les ennemis. Quand les galères arrivent, les vaisseaux sont obligés de s'en aller, et les vaisseaux ne sont pas de retour qu*il faut songer à faire retirer les galères. Et le peu de vivres qu'elles apportent, et les vaisseaux aussi, ne nous permet pas de leur faire faire tout ce qu'on pourroit. Ces deux corps étant ici à présent, et le roi en- ^<>yant des troupes de terre, je croyois pouvoir travailler de ^u^^e à conquérir ce royaume à Sa Majesté; mais le petit uombre des troupes et leur mauvaise qualité diminue beau- ^^p de mes espérances, sans vous parler de l'embarras horrible dans lequel je me trouve présentement et qui m'o- '^^ige de vous envoyer cet homme exprès. L'intendant étant ^^^\x hier, accompagné de M. de Vallavoire*, des commis-
* Bibl. imp. Mss.F. F. 9,032, fol. 292, en minute. Cette lettre a été
P"l>liée par Eugène Sue dans son Histoire de la marine, t. III, p. 398,
"'• ïlousset en a donné un extrait dans son Histoire de Louvois, t, II;
P- 436. — Les lettres de Vivonne ne sont pas rares à la Bibliothèque
^^Périale. Il y en a un certain nombre parmi celles adressées à Colbcrl;
*^s sont toutes administratives et relatives au service des galères. Elles
.® distinguent par une grande franchise d'allures, et malgré le sérieux
jHévitable du sujet, l'homme d'esprit et de cœur s'y fait voir plus d'une
^^. Un recueil de pièces et de correspondances concernant l'expédition
*^ ÎMessine (F. F. 8,031) contient plusieurs lettres àDuQuesne, queVi-
^ï^Kie appelle familièrement : « Mon cher Neptune. »
Le marquis de Yallavoire , lieutenant général.
^a$ LETTRES ht HkhkHt DE 905TESFâ5
saâre» et des trésoriers, pour m'aniMmcer que le peo d'argent qai étûit Tenu pnr les Taîsseanx n'étoit pas seulement consommé, mais qa'il en deToh encore beaoconp d'antre, et qae le blé dont on aToit fait capital ponr la sobsistanee de qaafre mois de la tille ne pooToit aller qu'à deox, en apnt fait consommer one partie aux troupes, à cause qu'il n y a pas en d'argent pour fournir la munition; ainsi, cet bomme qui vouloit tout faire, et qui Touloit renverser (pour étendre et établir les fonctions de sa cbarge) toutes les coutumes et les privilèges de Messine, Tint fort bien me dire qu'il ne savoit plus par où s'y prendre, que j'étois le maître, que c'étoit à moi d'ordonner des choses, que, pour lui, il ne merèpondoit que jusqu'au 8 ou iO du mois prochain, qu'après cela il ne savoit plus ce que pouvoit devenir Tarmée, ni où la ville prendroit du blé dans deux mois.
Cette nouvelle me surprit et ne m'étonna point, me coa' fiant en l'application de Sa Majesté, laquelle n'a pas envoya dos troupes pour les laisser périr avec la réputation de sej nrmcs, et pour perdre, dans le temps que l'on doit le plus espérer, ce qu'il y a de conquis en Sicile.
Voilà, ma chère sœur, la fâcheuse situation où je m< trouve. Je ne veux point déplaire aux ministres que le ro flitno, ot qui le servent si bien en d'autres occasions; mai niiHsi, comme l)on et fidèle sujet, je ne veux pas manquer < mon devoir en faisant savoir à Sa Majesté ce que de petite luiinoH ou do petits intérêts particuliers pourroient produir ooiilro lo service. C'est pourquoi je vous supplie de montre ceci MU roi seul, afin qu'il soit averti de la répugnance qu* M. do Louvois pour la conquête de la Sicile, puisqu'il nou laisse absolument manquer de tout argent etqu'il ne nous en voie jamais les troupes que le plus tard qu'il peut, les choisis saut lo8 plus nouvelles, et les envoyant en si petit nombre qu'i faut ou se résoudre à ne rien faire, ou, si on fait quelque
chose, se résoudre à perdre le fruit des conquêtes, n'ayant ni de quoi les soutenir, ni de quoi les faire valoir.
Je ne sais si le zèle que j'ai pour le service et pour la gloire du roi et qui l'emporte dessus tout me fera trouver des expédions pour me soutenir en attendant que Sa Majesté ait remédié à ces grands maux ; mais j'espère bien plus en sa bonté et qu'elle enverra de l'argent par Cabaret ^ que nous atten.donSy et donnera des ordres si précis que nous ne tomberons plus dans ces inconvéniens à l'avenir ; mais, si on ne peut pas le faire, il vaudroit mieux que Sa Majesté se résolût à renoncer de bonne heure à ses justes prétentions que de s'exposer à perdre honteusement des choses qui sont, pour ainsi dire, dans sa main, si elle le veut, 6tpour l'acquisition desquelles il faudroit si peu de chose fiu delà de ce qu'elle fait, particuhèrement dans la saison où BOUS allons entrer, qui est une saison quasi-morte pour la guerre dans les lieux où Sa Majesté la fait, et qui est la plus P^'opre pour la faire en ce pays-ci.
Toutes ces raisons sont, je crois, plus que suffisantes pour Persuader Sa Majesté à donner des ordres prompts et qui ^^ient exécutés. Elle verra , si elle a cette bonté , que je ^ emploierai de façon que je crois qu'elle en sera satisfaite. ^^ Vous supplie donc, ma chère sœur, de représenter bien ^•^ïteraent à Sa Majesté tous les obstacles dont je me trouve ^^vironné, qui est un véritable abandon, si M. Cabaret n'ap- Porle pas de l'argent, et que ces difficultés, quoique grandes ^^extraordinaires, ne m'abattent point le courage. Je sais que ^ est dans ces occasions-là qu'on peut mieux montrer son ^èle, et ces circonstances sont decelles où les sujets propres à bien servir peuvent véritablement se faire connoître. Et ce ^'est pas pour me vanter, mais si je puis, dans un si foible
' Chef d'escadre
état, éviter toutes les extrémités que j'envisage et me soutenir, j'espère que le roi, qui connoît les affaires de la guerre mieux que personne du monde, me trouvera peut-êlre digw de l'honneur de servir quelque jour sous lui de delà, quad il verra de quelle manière j'aurai conduit et porté un aiiss pesant fardeau que celui qui m'est commis, que je porii seul sans vanité, et dans lequel il se trouve tant d'embarras Il importe du tout que le roi me fasse faire réponse en tout diligence ; c'est pourquoi je vous supplie de tout mon cm de presser sa résolution et de croire que je m'estimeroisbiei heureux si je pouvois trouver les occasions de vous fair connoitre la tendre et la sincère amitié que j'ai pour vous