‹ Madame de Montespan et Louis XIV: étude historiqueChapitre 112 sur 204 · MADAME DE MAINTENON A MADAME DE MONTESPAN · texte numérisé non relu

MADAME DE MAINTENON A MADAME DE MONTESPAN

Madame, voici le plus jeune des auteurs qui vient vous demander votre protection pour ses ouvrages. lianroit bien voulu attendre, pour les mettre au jour, qu'il eût huit ans accomplis, mais il a eu peur qu'on ne le soupçonnât d'ingratitude, s'il étoit plus de sept ans au monde sans vous donner des marques publiques de sa reconnoissance. En effet, Hadame, il vous doit une bonne partie de tout ce qu'il est. Quoiqu'il ait une naissance assez heureuse, et qu'il y ait peu d'auteurs que le ciel ait regardés aussi favorablement que 'ii, il avoue que votre conversation a beaucoup aidé à perfectionner en sa personne ce que la nature avoit commencé. S il pense avec justesse, s'il s'exprime avec quelque grâce, ^t s'il sait déjà faire un assez juste discernement des hommes, ^6 sont autant de qualités qu'il a tâché de vous dérober, pour moi, Madame, qui connois ses plus secrètes pensées, Jasais avec quelle admiration il vous écoute, et je puis vous assurer avec vérité qu'il vous étudie beaucoup plus volontiers que tous ses livres.

Vous trouverez dans l'ouvrage que je vous présente quel- <lue8 traits assez beaux de l'histoire ancienne ; mais il craint

* ÉpUre dédicatoire placée en tête des Œuvres diverées d'un auteur de sept ans. Cette épître a été longtemps attribuée à madame de Maintenon ; mais Louis Racine écrit à la marge de son exemplaire des lettres publiées par la Beaumelle : Cette lettre a été faite par mon père, (Note de ÏAivallée.)

S48 LETTRES DE VADAVE DE I0KTESPA5

qac, dans la foule des événemois merveillenx qui sont ar* rivés de nos jours vous ne soyez guère toucliée de tout ce (p*il pourra vous apprendre dessièdes passés : il craint cela aiee d'autant plus de raison qu'il a éprouvé la même chose en lisant les livres. 11 trouve quelquefois étrange que les hommes se soient fait une nécessité d'apprendre par cœur des auteurs qui nous disent des choses si fort au-dessous de ce que nous voyons. Comment pourroit-il être frappé des victoires des Grecs et des Romains, et de tout ce que Florus et Justin lui racontent? Ses nourrices, dès le berceau, ont accoutumé ses oreilles à de plus grandes choses. On lui parle comme d'un prodige d'une ville que les Grecs prirent en dix ans : il n'a que sept ans, et il a déjà vu chanter en France des Te DeuM pour la prise de plus de cent villes. Tout cela, Madame, le dégoûte un peu de l'antiquité. Il est fier naturellement : je vois bien qu'il se croit de bonne maison ; et avec quelques éloges qu'on lui parle d'Alexandre et de César, je ne sais s'ilvoudroi^ faire aucune comparaison avec les enfans de ces grands hoon^ mes. Je m'assure que vous ne désapprouverez pas en luicelt^ petite fierté, et que vous trouverez qu il ne se connoit pas m^l en héros. Mais vous avouerezaussi que je ne m'entends pas m^l à faire des présens, et que dans le dessein que j'avoisdevociS dédier un livre, je ne pou vois choisir un auteur qui vous fil^ plus agréable, à qui vous prissiez plus d'intérêt qu'à celui-ci • Jesuis, Madame, votre très-humble ettrès-obèissante servante.

ir». — LOUIS XIV A COLBERT*.

Au camp de Deinse', ce 17 mai 1678.

J'oubliai de vous dire en passant que M. de Montespan étant à Paris, il seroit bien à propos d'observer sa conduite.

* Cabinet de H. le duc de Luynes, Mss. n» 95, carton 2.

* Dclffiquo : Châtellenie de Courtrai.

DE RA FANTMR ET DE SES AMIS. 2i0

C'est un fou capable do faire de ^'raiid(*s oxtrnvngnnreK. io désira donc que vous fassiez voir ce qu'il Tnit, quelles gens il hante) quels discours il tient. KnOn, soyez h plus instruit que vous pourrez de ce qu'il fait, et qiinnd il y aurn quel(|ne chose qui vous paroltra considérable, vous me le ferez lavoir...

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