CHAPITRE DEUXIÈME
reine et les fous rires des assistants au sujet de ces dépêchesdont l'expédition absorbait Louis XIV jusqu'à quatre heures du matin. Que de fois encore, la cour dut, bon gré, mal gré, raccompagner en Flandre, en Alsace, en Franche-Comté ! Le secrétaire d'État de la guerre a laissé sans le vouloir , pour les récréations de l'histoire, la preuve des préoccupations que lui donnaient ces voyages et de la difficulté de réunir commodément sous le même toit, le roi, sa femme et ses deux maîtresses. Le rôle de mademoiselle de La Vallière a paru inexplicable pendant quelques années de sa vie, et ses amis eux-mêmes s'étonnaient justement de ses fuites répétées à Chaillot, de ses prompts retours, des pleurs du jroi en la revoyant, de Tapparente satisfaction de madame de Montespan, et de cet inextricable mélange d'affections. Plus tard, l'indifférence fut poussée à son ^gard jusqu'à la cruauté, et la pauvre abandonnée i^i parer, dit-on, pour les plaisirs du maître, la rivale triomphante. On aurait voulu plus de dignité dans l'abandon et une retraite définitive, le jour où les preuves de l'infidélité devinrent publiques; mais les j;^ passions humaines ne procèdent pas avec cette sagesse, *: et leur règle, si elles en ont une, est de bouleverser ] toutes les prévisions. Quand madame de Maintenon, ; avec sa prudence mathématique', conseilla la résigna-
Le courant en faveur de madame de Maintenon est si général aujourd'hui, que la rnoindre critique parait systématique et de mauvais goût. Nous sommes donc heureux d'appuyer notre appréciatio»
fion à une autre viclime du caprice, mademoiselle d Fonlanges, celle-ci s'étonna naïvement qu'on lui parla ^1 « de se défaire d'une passion comme de quitter uno chemise. » La duchesse de La Vallière avait donc fait par faiblesse ce que fit depuis, par vanité, madame de Montespan. Elle était restée sur le théâtre où elle n'avait plus de rôle; elle assistait, le cœur brisé et le sourire aux lèvres, aux fêtes, aux ballets, aux comédies ; elle suivait le roi aux armées, comme au temps où se croyant seule aimée et sans rivale, elle coupait de toute la vitesse de ses chevaux, la voiture de la reine, pour parler au roi la première, en présence de tout le camp. La lettre suivante, singulier mélange de recommandations intimes et d'ordres de service, nous transporte à une époque où madame de Montespan
sur celle d'un juge excellent et très-bienveillant. M. Cousin, qui a fait de la société et des cnractères au dix-septième siècle, une étude approfondie. On lit dans la Jeunesse de madame de îjonguevilhy (4« édir.p. 33) : a Quand à mademoiselle de La Vallière ou à- madame de Longueville on ose comparer madame de Main tenon, avec les calculs sans fin de i-a prudence mondaine et les scrupules tardifs d'une piété qui vient toujours à l'appui de sa fortune, nous protestons de toute la puissance de notre âme... Nous préférons mille fois l'opprobre dont elles osaient se couvrit à la vainc considération qui a entouré, dans une cour dégénérée, madame Scarron devenue en secret la femme de Louis XIV. 2> Et plus loin (p. 177], à l'occasion de madame de Montausier : a Elle est, nous le disons à regret, de cette école dont madame de Maintenon est la maîtresse consommée, qui recherche plus l'apparence du bien que le bien lui-même, qui s'accommode volontiers de bassesses obscures habilement couvertes, et met tout son soin, toute son étude à ne pas se compromettre. . . »
On sait que la malveillance et le dénigrement n'étaient pas les défauts de M. Cousin.