PRÉFACE
a Les intrigues de cour étrangères à l'Élal, dit Voltaire, ne devraient point entrer dans l'histoire, si le grand siècle de Louis XIV ne rendait tout intéressant, et si le voile de ces mystères n'avait été levé par tant d'historiens, qui pour la plupart les ont défigurés. » Voltaire ajoute, d'après une tradition venue jusqu'à lui, que, pendant leur intimité, mesdames de Montespan et de Maintenon s'étaient promis d'écrire, chacune de son côté, des inémoiros où elles raconteraient ce qui se passait à la cour. L'ouvrage, dit-il, n'avait pas été poussé fort loin ; cependant madame de Montespan en lisait volontiers, dans les derniers temps de sa vie, des extraits à quelques amis^
On n'a pas, et c'est vraiment dommage, ces pages où les curieuses anecdotes devaient abonder, et que l'esprit proverbial et les sures informations de l'auteur auraient rendues pour nous si piquantes. Le fils légitime de madame de Montespan, ce duc d'Antin, qu'on a qualifié de parfait courtisan, en un siècle où vécurent La Feuillade et Dangeau, avait trop souf-
* Siècle de Louis XIV, chap. xxvi.
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fort dans son ambition du long éclat des amours de sa iriùie, pour n'en pas supprimer, autant qu'il dépendait de lui, les témoignages écrits; c'est ce qu'il fit prudemment. Le feu, ce fléau de l'histoire vraie, dévora tout. On croira sans peine que les lettres et jusqu'aux moindres billets de Louis XIV à la maîtresse si longtemps aimée et redoutée furent également brûlés; il n'en subsiste rien. Ses dépêches de l'armée aux minisires prouvent cependant qu'il avait avec elle une correspondance active quand ses grossesses la retenaient à Versailles. Mais, si les letlrcs du roi à madame de Montespan font défaut, il y en a heureusement d'autres, sans compter de nombreux documents ignorés de Voltaire, qui permettent de percer à jour les intrigues sur lesquelles il se plaignait justement qu'on eût débité tant de mensonges.
Si futiles et légères qu'elles fussent en apparence, ces intrigues ont, parleurs résultats immédials, exercé une réelle influence sur les affaires et engendré, un beau jour, des questions politiques de premi^^r ordre. Ce sera le côté uiile de cette étude, et son excuse, si elle en avait besoin. Louis XIV a prétendu que ses maîtresses ne le détournèrent jamais des soins de l'État, et qu'aucune d'elles n'eut la moindre pari dans ses dérisions ^ Les choses se fussent-elles passées ainsi, le scandale des pronienades royales à V» rsailles, à Paris, dans les camps, avec la reine et les maîtresses, et par-dessus tout h légitimation éclatante des enfants naturels, nen devait pas moins produire des effets pernicieux, pervertir les mœurs, et aggraver, par le contraste des prodigalités excessives avec la misère publique, les difficultés
* Œuvres de Imuîs XIV; Mémoires, t. II, p. '200.
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du gouvernement. Sans doute, parmi les ancêtres du roi, un trop grand nombre avaient eu des attachements illicites à ciel ouvert, sans que la légitimation des enfants qui en étaient issus émût fort les contemporains; son aïeul notamment lui avait donné, en ce genre, des exemples de faiblesse trop connus. Était-il sage et de bon goût de les imiter? Toutes choses ne sont pas également tolérables dans tous les temps, et la morale publique, quelles que fussent encore ses défaillances, s'était épurée au souffle de Descaries, de Corneille, (le Pascal, de Bossuet. Si Louis XIV crut de bonne foi que l'a similation de ses enfants naturels à ses enfants légitimes serait sans inconvénients, politiques, l'histoire prouve combien il se trompa. A peine eut-il disparu, que plusieurs co.ups d'État restés célèbres vinrent redresser des situations arbitrairement faussées, et non-seulement le parlenient, mais la nation entière se prononça pour le régent contre les enfants de madame de Montespan.
Bien n'est plus délicat que le métier de censeur, et ce n'est pas une médiocre difficulté, quand il s'agit d'apprécier certains faits condainnés par la stricte morale, que de rester dans la juste mesure. Il est si facile d'être rigoriste et de prendre des airs vertueux! C'est surtout à l'égard d'un roi élevé dans les idées du pouvoir le plus absolu qui fut jamais, entrant dans la vie avec toutes les séductions, entouré de toutes les flatteries, encouragé au plaisir par les souvenirs et les aspirations de tous ceux qui s'empressent autour de lui, entraîné lui-même par d'impétueux enivrements, que cette mesure, qui est l'honnêteté de l'histoire, est commandée. Nous avons tâché de n'y pas manquer. Remarquons d'ailleurs que si les galanteries de Louis XIV furent nombreuses, elles ne furent jamais déshonorantes. Laissons de côlé les caprice**