CHAPITRE TROISIÈME
velle, pendant qu41s étaient séparés. « Il faut rendre les lettres que je vous envoie, lui écrivait-il de Metz le 31 août 1673, et particulièrement celles où il n*y a rien dessus, qui s'adressent à la personne que je vous ai recommandée en partant; vous m'entendez bien. » l'année d'après, le roi était à Dôle. La lettre suivante qu'il écrivit au ministre des confidences intimes nous fait voir madame de Montespan refusant avec habileté ce que, selon toute apparence, elle souhaitait le plus.
((Madame de Montespan ne veut pas absolument que je lui donne des pierreries ; mais, afin qu'elle n'en manque pas, je désirejjue vous fassiez travailler à une petite cassette bien propre, pour mettre dedans ce que je vous dirai ci-après, afin que j'aie de quoi lui prêter à point nommé ce quelle désirera. Cela paroît extraordinaire, mais elle ne veut point entendre raison sur les présens. Il y aura dans cette cassette un collier de perles que je veux qui soit beau, deux paires de pendans d'oreilles, l'une de diamans, que je veux qui soient beaux, et une de toutes pierres; une boîte et des attaches de diamans, une boîte et des attaches de toutes pierres, dont les pierres se pourront lever à toutes deux ; il faut a[voir des pierres de toutes couleurs pour en pouvoir changer. Il faut aussi une paire de pendans d'oreilles de perles.
« n fiaut aussi quatre douzaines de boutons dont on changera les pierres du milieu ; le tour étant de petit*
diamans, tout ira bien dessus. Il faul des pierres préparées pour cela.
a Je vous dis ceci de bonne heure, afin que vous y fassiez travailler à loisir, et que ce qui doit être beau te soit, et ce qui doit être propre soit fait avec soin. Je pourrai me servir quelquefois de ces pierreries à autre chose, si elles y sont propres; car cette cassette sera toujours prêle pour que j'en puisse tirer ce que je jugerai à propos. Il faudra faire quelque dépense à cela ; mais elle me sera fort agréable, et je désire qu'on la fasse sans se presser. Mandez-moi les mesures que vous prendrez pour cela, et dans quel temps vous pourrei avoir tout ^ »
Il fallait à une divinité pareille un séjour digne d'elle et qui ne fût pas trop éloigné de l'Olympe. Elle n'en trouva pas d'assez beau, et, sur un désir de l'enchanteresse, Louis XIV décida qu'elle aurait, à la porte même de Versailles, à Clagny, un palais dont Mansart fut chargé de dresser le plan'i Le 22 mai 1674, Colbert renvoyait au roi, après plusieurs remaniements. « Votre fils m'a remis le plan pour la maison de Clagny,
* Lettre du 9 juin 1G74.
* Leduc deLuynes raconte que Louis XIV avait fait construire pour madame de Montespan une petite maison à Clagny ; mais elle n'en fut pas contente, dit au roi que cela ne pouvait être bon que pour une HUe d'opéra, la lit abattre, et se fit bâtir le château de Clagny. (Mémoires^ t. IX, p. 255.) — la terre et seigneurie de Clagny appartenaient précédemment â l'Hospice des incurables de Paris, de qui Louis XIY les avait achetées en 1665. (M. J. A. Le Roi, Travaux hydrauliques de Ver* sailles sous îjmis XIV.)