‹ Madame de Montespan et Louis XIV: étude historiqueChapitre 55 sur 204 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

Enfin, un contemporain inconnu écrivait le 4 mai 1682 : «Madame de Montespan a perdu, dil-on, au hoca plus de 50,000 écus. Le roi Ta trouvé fort mauvais et s*en est fort fâché contre elle ^ »

Hais le moment des grands mécontenteuienls et des symptômes avant-coureurs de la disgrâce linale, tfélait pas encore venu. L'année 1679 fut parliculiùlement fertile en incidents où Louis XIV, madame de Hootespan et madame de Maintenon se trouvèrent engagés. Elle avait pourtant commencé de la manière la plus heureuse en apparence pour madame de Moniespan, dont les splendidcs étrennes firent grand bruit à la cour. Monsieur lui avait donné une soucoupe d*or ciselé, avec un cordon d'émeraudes et de diamants. Deux gobelets d'or, dont les couvercles étaient aussi garnis de diamants et d'émeraudes, faisaient pendant; le présent était estimé dix mille écus. La reine ellemême et toutes les dames du palais donnèrent, suivant l'usage, des étrennes à la favorite, et l'on ne disait pas quelle leur eût rien offert. On parlait seulement d'un présent à la princesse d'Harcourt à qui elle avait envoyé (étrange cadeau du jour de l'an !) une haire*, une discipline et des Heures enrichies de dianianls. Quant aux étrennes de madame de Maintenon,

*Bibl. imp. Mss. F. F. 10,265. IMtres historiques et anecdotiqucs W k règne de 1 jouis XIV. — Voir à l'Appendice, pièce n» VIII.

* Six ans auparavant, elle donnait à madame de I.a Fayctlc « uncru- «/teelun petit dcriloiic on bois de Sainte-Lucie. » (Lettre de madame dcSévigiié, du 13 novembre 1075.)

iiO MADAME DE MUNTËSPAN.

elles s'adressaient plus au roi qu'à madame de Monté pan, etTon commenta beaucoup dans les cercles intim l'offre des Œuvres diverses d'un auteur de sept ansj duc du Maine, réunies en un volume garni d'émeraud et imprimé en lettres d*or *. Le chroniqueur à qui Pc doit ces détails ne dit rien du cadeau du roi ; ma il n'est pas déraisonnable de supposer qu'il fut d'u goût et d'une magnificence à éclipser celui de Moi sieur.

Ces ctrennes, ces cadeaux magnifiques n'avaient a reste aucune signification et ne constataient plus qi des habitudes. Le cœur du roi semblait être ailleurs, son goût s'égarait volontiers d'un objet à l'autre sai se fixer, quand, vers le mois de mars 1679, un deo orages des sens, comprimés au début, mais qui écb talent ensuite avec violence et devant lesquels tout s taisait alors et se courbait, parut, ù quelques yeu exercés, se former encore. Madame de Maintenon qui avait vu toutes les grandes passions de Louis XT suivre cetle marche, pressentit un nouveau dangei et dans l'espoir de le prévenir, écrivit à l'abbé Gobelin « Je vous demande de prier et de faire prier pour le ri qui est sur le bord d'un grand précipice*. » Vain( prières 1 Peu de temps après, Louis XIV était Paraan

' Lellrc (le madame de Scudéry à Bussy, du 18 Janvier 1679.

* Correspondance générale, t. H, p. 47 ; lettre sans date, classée f M. Lavallée au mois de mars 1070. — On lit dans le Précis Msloriq de Saint-Germain-en-lMye de. Lorot et de Sivry, p. 190 : « 15 mars 167 ff Madame de Montespan part brusquement de Saint-Germain-en-La

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trèa-mystérieux d'abord, de mademoiselle de Fontangcs, oomme il Pavait jadis été de mademoiselle de La Val- Uère et de madame de Monlespan. « Décidément rouss<% dit la princesse Palatine, 'dont la nouvelle mal(rcss(> était, comme madame de Ludrcs, une des iilles dMionneur, mademoiselle de Fontangcs étoit belle comme un ange de la tête aux pieds.» -—«Elle a beaucoup aimé le roi, ajoute la princesse, en héroïne de roman. C'étoit une femme furieusement romanesque , mais sans esprit, n

Nous serons sobres de détails sur cctio passion nouvelle, sur ses extravagances el s(*s excès, sitôt irilorrompus par le dégoût et par la mort. Uès qu'cll(! se fui assez clairement affirmée pour qu'il n'y eût plus do doute possible sur le dessein bien arrêté du roi de <R*6treplus gêné, » madame deMontespan sembla s'y résigner. Elle avait, dans les premières années de sa faveur, désiré la charge de surintendanle de la muisori delà reine qu'occupait la comtesse de Soissons; mais sans doute le scandale de ce cumul cûtparu trop grand , el l'idée en avait été abandonnée ^ Du moment qu'elle élu il

PBriuita de la jalousie qu'elle avait conçue contre mademoiselle de l'onlanges. » La date de i678 doit ôtre erronée. Voir, ci-aprés, en ^, une lettre du marquis de Trichateau à Hussy, du il avril I07f). ' lettre do madame de Scudéry â fiussy, du *25 février 1071 : <( Oti ne parle plus, pour madame de Monlespan, de la charge de la coiiitcbsc ^ Soissoiis, de surintendante de la maison de la reine ; on ne snil si (^eit que celle-ci soit bien rétablie ou que l'autre baisse; mais il est certain que l'alfaire en est demeurée là, quoitiue madame de Muntespan <n ait fort ontie... » [Bussyt t. I, p. 370.)

Ht lAftllE I»E 105TISFA5.

ostenâblement remplacée, rincooTénient dî^anôssait, et die rerint à soa projet. Une lettre qu'dle adressa an doc de 5oailIes pour rinformer des négodations suÎTÎes à ce sujet par Gilbert^ contient ces cnrieux détails d'intérieur : € Tout est fort paisible id ; le roi ne Tient dans ma chambre qu^après la messe et après souper. 11 ^aui beaucoup mieux se Yoir peu avec dou* ceur, que souvent aTec de Tembarras^ » Â quelque temps de là, madame deMontespan était nommée chef du conseil et surintendante de la maison de la rdne, qui, « voulant la gratifier et honorablement traiter, » lui accordait a ce titre, par brevet du mois d'avril IGTQj une pension de six mille livres'.

1 fiîbl. du Loinre. Xss. Lettre originale du 30 mars 1679. — La pria cesse Palaliue (on sait qu'elle ne respecte rien} dit, d'après un gentilbomme allemand, garde du corps du roi, qu'une des filles de madanu de Montespan la duchesse de Bouiix)n) aurait eu pour père le maréchal de NoaîUes, alors capitaine de la première compagnie des gardes du corps. Veut-on saYoir sur quoi elle se fonde ? Le duc de Noailles serait un jour entré dans l'appartement de madame de Montespan, et la duchesse de Bourbon serait Tenue au monde neuf mois après. La charitable princesse ajoute que c le maréchal de ^'oailles, pour être dévot, n'en étoitpas moins homme... » C'est elle pourtant qui a dit, de madame de Montespan, avec sa délicatesse ordinaire, qu'elle était ploi ambitieuse que débauchée. » (Correspondance complète, t, I, p. 30^ 445 et 444.) Anne-Jules, duc de Noailles, était né le 5 février 1650 maréchal de France en mars 1693 ; vice-roi de Catalogne en 1694. Mort le 2 octobre 1708.

Quelque autre mauvaise langue a dit aussi que le beau chevalier d< Hohan, qui fut convaincu de conspiration et eut la tête tranchée en 1674 aurait été l'amant de madame de Montespan. On n'est pas, sans quel qucs inconvénients, la plus belle, sur la plus grande scène du monde.

* Brevet de pension de 6 mille livres à madame de Montespan j par l reine Marie-Thérèse :

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