‹ Madame de Montespan et Louis XIV: étude historiqueChapitre 54 sur 204 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

Louvois : « M. de Langlée, qui taille, perdit avant- hier %,700pistoles^, dont madame de Montespan et madame la comtesse de Soissons gagnèrent une bonne partie*. » Une des correspondantes de Bussy, madame de Montmorency, lui mandait le 9 décembre de la même année : a La faveur de madame de Montespan augmente tous les jours ; elle fait des coups à la bassette, qui peuvent aller à un million ; elle gronde, et le roi aussi, quand on ne les tient pas. » D'autres témoignages très-autorisés confirment ces bruits. Citons au premier rang le comte deRébenac écrivant le 13 janvier suivant au marquis de Feuquières : « Le jeu de madame de Montespan est monté à un tel excès que les pertes de 100,000 écus sont communes. Le jour de Noël, elle perdoil 700,000 écus ; elle joua sur trois cartes 150,000 pistoles, et les gagna. Et, à ce jeu-là (sans doute la bassette ou le lansquenet) on peut perdre ou gagner cinquante ou soixante fois en un quart d'heure ^ » Écoutons, trois mois après, un ami de Bussy : « On m'écrit par le dernier ordinaire que, la nuit du lundi au mardi, madame de Montespan perdit quatre cent mille pistoles contre la banque, qu'elle regagna à la fin. Sur les huit heures du matin, Bouyn*, quilenoit la banque, voulut se retirer; mais la dame

' U pislolc valuit de 10 à il livres; 40 à 50 francs de nos Jours. " Histoire de Louvoie, | ar M. Rousset, t. U, p. 495 ; — leiirp <Ju30mars.

' Uttres inédites des Feuquières, t. IV, p. 277. * niche financier du temps.

lui déclara qu'elle vouloît encore s'acquitter d'autre

cent mille pistoles qu'elle devoil de vieux, ce qu'elle

fit avant de se coucher. Monsieur fut au lever du roi.

en sortant de chez madame de Montespan. Ainsi finU

la bassetle, qui a été abolie pour jamais. Le roi faii

payer trente mille pislolcs que Monsieur et madame

de Montespan dévoient encore aux joueurs qui jusqu'ici

ont payé comptant ce qu'ils ont perdu et n'avoient de

ressource que les cent mille pistoles dont elle s*es1

acquittée ^.. » A la suite de celle nuit scandaleuse, h

roi renonça à la basselte, mais le démon du jeu n'^

perdit rien'*. « On établit un jeu chez madame de Mon

tespan pour cet hiver, écrivait madame de Scudéry î

ussy; et pourvu qu'elle se puisse passer d'amour

elle aura encore la considération du roi ; c'est tou

ce que peut faire un fort honnête homme quand il

n'aime plus. » Outre le jeu proprement dit, il y avail

les loteries, et bien que les émotions y fussent moin«

dres, madame do Montespan n'y était pas indifférente.

« On a ouvert, mande encore madame de Scudéry, chez

madame de Montespan, une loterie dont le gros loi

sera de cent mille francs ; et il y en aura cent autres

de chacun cent pistoles ; les billels sont d'un louis*. »

* Correspondance de Dussy-Rabuûn, t. IV, p. 320. Lettre du marquis de Trichateau, du Gjnarsl079.

*Le comte de Tavannes à Bussy : « Le roi a quitté la basseUe ; d'après cela, on croit qu'on la défendra dans tout le royaume. Le roi joue à présent au reversi. » (Lettre du 3 mars 1079.)

5 Lettres de madame de Scudéry à Bussy, des 18 janvier et 29 octobre 1679.

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