CHAPITRE SEPTIÈME
reine était à peine morte depuis douze jours que madame de Main tenon écrivait aune confidente intime: «Je TOUS prie de ne vous point lasser de faire prier pour le roi ; il a plus besoin de grâces que jamais pour soutenir un état contraire à ses inclinations et à ses habitudes*. »Les luttes, les hésitations qui suivirent sont au nombre de ces mystères à deux qu'enveloppe une obscurité impénétrable. Madame de Montespan aurait dit, peu après la mort de la reine, en parlant de
louis XIV : « Il faut songer à le remarier au plus tôt ; sans cela, tel que je le connois, il fera un mauvais mariage plutôt que de n'en point faire'. » Elle ne se doutait pas que ses prévisions seraient sitôt réalisées. Dès le 20 septembre 1683, la destinée de madame de Haintenon paraît fixée, et elle écrit à l'abbé Gobelin, quilui avait donné de si bons conseils : « Ne m'oubliez pas devant Dieu, car j'ai grand besoinde forces pour faire un bon usage de mon bonheur^. » Huit jours après, le contentement continue, et elle écrit à son frère avec un sentiment de gaieté qui ne lui est pas habituel : «Je crois que la reine a demandé à Dieu la conversion
^(^rrespondance générale, r. H, p. 307 ; lettre du 12 août 1685, à "ïadainede Brinon.
* Mémoires du duc de Luynes, publiés par MM. Dussieux et Sou lié, * IX, p. 252.
KHe avait écrit le 7 du même mois à d'Aubigné : a Plus je vis et P'**s je me désabuse des soins et des projets à venir ; Dieu les renverse presque toujours, et comme ils ne se font presque jamais par rapport ^ '|*>, il ne les bénit pas. » La résolution du roi d'épouser madame de ^^•ntenon de\Tait donc se placer entre le 7 et le 20 septembre 1683. ^^uarante à cinquante jours après la mort delà reine.
de toule la cour. Celle du roi est admirable, et les € mes qui en paroissoient le plus éloignées, ne sorte plus des églises. Madame de MoiitchevreuiJ, mesdara de Clievreuse et de Beauvilliers, la princesse d'Haï court, en un mot toutes nos dévotes n'y sont pas plu souvent que mesdames de Monlespan, de Thianges, 1 comtesse de Gramonl, la duchesse de Lude et madam de Soubise; les simples dimanches sont comme autre fois les jours de Pâques*. »
Des supputalions assez vraisemblables fixent aux prc miers mois de l'année 1684 le mariage de madame d Maintenon avec Louis XIV*. On aurait pu croire que moment était venu pour l'ancienne favorite de quilt enfin la cour; il n'en fut rien. Le scrupuleux Dangei (elle l'appelait le valet de carreau et disait plaisammei « qu'on ne pouvoit s'empêcher de l'aimer et de s'en ir qucr ))) constate que ce mariage ne modifia qu*insen blement les habitudes extérieures du roi. L'emploi qi donne de la journée de Louis XIV en 1684, prouve outre que les fâcheux soupçons de 1680 étaient tola n:ent effacés. Tous les jours, de neuf heures à midi demi, il s'enfermait avec les ministres. Après la mesi qui finissait à deux heures, il allaitchez madame de Me tespan jusqu'au dîner, entrait un instant chez la dî phine, travaillait seul ou sortait. Le soir, de sept à h
* Correspondance gémhale, t. II, p. r)25.
'^ Ibid., t. II, p. 341 et suivantes. M, Lavall(^e croit qu'il eut lieu mois (l'avril ; Saint-Simon dit la iin de janvier. Je me langerais pli ù l'avis de Saint-Simon.