CHAPITRE SEPTIÈME
Youdroit s'étendre davantage :
Mais il faut résener à d'autres cet emploi, Et d'un plus grand maître que moi Votre louange est le partage.
Le dévouement de La Fontaine à Fouquel mallieureox n'avait pas moins honoré le surintendant que le poêle. Il ne se croyait pas tenu sans doute ù la même constance envers les maîtresses du roi, car, un an après, rinsoucieux infidèle adressait à mademoiselle deFontanges les vers que nous avons cités : Charmant objets digne présent des cieux^ etc*. Si madame de Montespan n'avait eu alors cent autres motifs de croire que Je cœur du roi lui était fermé pour jamais, cette défection éclatante lui aurait appris ce que tout le monde disait autour d'elle. Nous avons esquissé ses premiers échecs. Il est temps de la montrer descendant, la rage dans le cœur, les degrés des grands palais où elle avait été si longtemps, comme disait madame de Sévigné, tonnante et triomphante. Bien que prévue des habiles, la victoire de madame de Maintenon avait été mêlée d'incertitudes et de défaillances. Débarrassée, il est ^i, de la crainte de madame de Montespan, elle n'était pas arrivée au but que l'abbé Gobelin lui avait assise ' la conversion complète du roi. De temps en temps, (les correspondances les plus authentiques sont là pour le prouver) quelque jeune et radieuse étoile bril-
^'t à l'horizon d'un éclat qui semblait tout remettre en
Voir chapitre vi, p. 114, note i.
question. Les fragments suivants de ses lettres jettes un jour précieux sur cette phase jle sa vie.
« Madame de Montespan et moi, écrivait-elle 1 27 mai 1681 au marquis de Mon Ichevreuil*, nous av(>i fait aujourd'hui un chemin ensemble nous tenant sot le bras, riant beaucoup; nous n*en sommes pas mien pour cela. » Puis, le 4 juillet : a Mesdames de Montes pan et de Thianges ont de la peine à vivre ensemble; les disputes sont fréquentes. Madame de Montespan es grossie d'un pied depuis que vous l'avez vue. » Enfin, le 5 août, de Fontainebleau : « Je suis accablée de vapeurs mélancoliques depuis que je suis ici; je ne suis jamais venue sans yen avoir, mais je n'en ai jamais eu de si violentes. Ondit que madame de Montespan étouffe de son côté. Vous trouverez une grande augmentatioi dansle logis; il est vrai que vous connoissez déjà made moiselle d'Oré * : elle fit samedi medianoche ayec le roi
* Gouverneur du duc du Maine qu'il avait conduit à Baréges.
* MademoiseUe d'Oré ou de Doré était, dit M. Lavallée, attachée, c ne sait en quelle qualité, à madame de Montespan ; elle devint, en 169 fille d'honneur de la princesse de Bourbon. Les attentions que le r eut un instant pour elle alarmèrent le parti pieux, maison n'en par pas, et cette inclination nouvelle, ce caprice ne causa point de scandai On l'aurait peut-être ignoré sans la lettre de madame de Maintenon.
On peut lire, au sujet de nouvelles intrigues où le nom de mademo selle de Doré se trouva mêlé, les Mémoires sur la cour de France p madame de La Fayette, année 1689. Mademoiselle Doré joue d'ailleu un singuliei^ rôle dans les correspondances anecdotiques du temp M. le comte de Longpérier-Grimoard possède une curieuse lettre c comte de Brienne dans laquelle on lit, au milieu de piquants détail (on se croit déjà en pleine régence) qu'elle aimait un M. de Ghalançi à la folie.
GlIAPTTnE SEPTIEME. 137
On dit qu'elle a une sœur plus belle qu'elle; ce n'est pas là nos affaires '. »
Vers la même époque, madame de Montespan écrivait à la duchesse de Noailles : « On m'a dit qu'à la dînée* madame de Maintenon avoil mis pied à terre, qu'on Tavoit vue de loin, et que la reine avoit dit d'un ton chagrin : « C'est qu'elle va venir ici I... » Mais elle ne \int pas ; elle se contenta d'envoyer demander un livre qu'avoil la reine, qui ne le voulut pas envoyer. Mais le roi lui envoya après, et puis, envoya savoir comment elle le trouvoit, et demanda son avis. Ainsi, Taprès-dînée se passa dans un assez joli commerce". » liOuis XIV aurait bien voulu, pour avoir la paix autour de lui, réconcilier les deux rivales. Tout échoua. Peu à peu les illusions de madame de Montespan se dissipèrent, et la triste réalité lui apparut. La reine elle- ^me^ que tant d'humiliations et de chagrins avaient abreuvée, finit par remercier madame de Maintenon du repos et du bonheur qu'elle lui devait. Les qualités qui avaient charmé Marie-Thérèse achevèrent
* Correspondance généraley t. II, p. 179, 188 et 196. — Madame de 'ïontespan n'aurait-eUe pas favorisé ce caprice pour ruiner les habiles Menées de î^a rivale ? Des contemporains l'en ont accusée. {Becueil Mau- ^^pog ) Mais les contemporains sont si méchants ! — Madame de Mon- ^^pan parle de mademoiselle d'Oré dans une lettre à la duchesse de Noailles, du mois de mai 1685 : « Mademoiselle d'Oré est enfin guérie ; elle revient aujourd'hui. »
' Sans doute pendant quelque voyage du roi avec la cour et les ^^nnes. La lettre est datée de Boulogne, 20 juillet.
* Bibl. du Louvre. Mss. Lettres originales, F. 325.
de subjuguer Louis XIV*. « Le roi, dit madame des Caylus, trouva une grande différence dans rbumeuc de madame deMaintenon; il !rou<ra une femme toujours modeste, toujours maîtresse d'elle-même, toujours raisonnable, et qui joignoit encore à des qualités si rares les agrémens de Tesprit et de la conversation. » La mort imprévue et presque subite de la reine* donna aux événements une tournure inespérée. La situation se dessina vile, et Ton vit bientôt qu'un règne nouveau allait commencer sous le même prince. La
^ On lit à ce sujet dans les mémoires de la confidente la plus intime de madame deMaintenon, mademoiselle d'Aumale : t Le roi avoit alors pour son épouse des attentions, des égards, des manières tendres auxquelles elle n'étoit pas accoutumée et qui la rendoient plus heureuse qu'elle n'avoit jamais été ; elle en fut touchée jusqu'aux larmes, et elle disoit avec un espèce de transport : <( Dieu a suscité madame de Maintece non pour me rendre le cœur du roi . » Elle lui en témoigna sa reconnoissance et marqua à toute la cour l'estime qu'elle faisoit d'elle. » (M. Lavallée, t. II, p. 259, note.)
Il est inutile de faire remarquer que ces détails n'ont pu être fournis à mademoiselle d'Aumale que par madame de Maintenon. L'une raconte, l'autre tient la plume. Cependant, une lettre à d'Aubigné, du !•' décembre 1682, où elle lui dit : « Il est vrai que la reine me flt l'honneur de me donner son portrait à Cliambord » semblerait confirmer ce récit. D'un autre côté, n'avons-nous pas vu la reine faisant des cadeaux à madame de Montespan ? Il y avait là souvent, de part et d'autre, une singulière absence de sens moral.
* Le 30 juillet 1G83, à l'âge de 43 ans, après une maladie de quatre jours. — « Le roi fut plus attendri qu'affligé de la mort de la reine... Il alla à Saint-Cloud, où il demeura depuis le vendredi que la reine mourut jusqu'au lundi qu'il en partit pour aller à Fontainebleau... Madame de Maintenon suivit la dauphine et parut aux yeux du roi dans un si grand deuil, avec un air si affligé, que lui, dont ladouleur étoit passée, ne put s'empêcher de lui en faire quelques plaisanteries. » (^ ie madame de Caylus. )