‹ Madame de PompadourChapitre 142 sur 205 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

âe vos eaux, il ma assuré que vous ks auriez sans qu'il vous en coûtât rien, vos lottes avoient la meilleure mine du monde; je n'en ai pas mangé, parce que je fais gras, à cause du lait d'ânesse que je prends depuis jualre mois.

La bataille m'a fait un grand plaisir. M. de Souhise avait si bien placé ses quartie9*s et choisi un si bon champ de bataille à Berghen (1) que nous ne pouvions être battus. Mon seul regret est qu'il n'y ait pas été et que le Boy l'ait retenu auprès de sa po^sonne.

Ne vous tourmentez pas du voyage de Lyon, il n'y a nul 7'isque pour moi. Si la confiance dont le Boy m'honore n'étoit pas à t abri de quinze jours d'absence, elle serait bien mal établie et je ne pouri'ois en être flattée. J'irai pendant ce temps me reposer dans mon écurie de Saint'Ouen (2).

Vous n'aurez pas enco7'e ce portrait de quelque temps; Vanloo f habille pour le salon de la Saint-Louis, et ce n'' est pas une petite affaire.

Bonsoir, grand' femme, je vous embrasse de tout mon cœur.

Une autre correspondance de madame de Pompadour, sur un ton plus élevé, nous montre la part qu'elle prend à la guerre de Sept ans, ses sollicitudes, ses préoccupations, ses fatigues de premier

(1) Bataille gagnée par le maréchal de Broglie sur les Hanovriens le 13 avril 1759.

(?) L'écurie de Saiot-Oueo de madame de Pompadour est la propriété louée aa duc de Gesvres dans laquelle, en cinq ans, elle dépensait 500.000 liv.

ministre , et tout Técho qu'un succès des armées du Roi trouve en elle. C'est une série de lettres adressées au vainqueur de Saint-Cast (4 septembre 1758), au gouverneur de la Bretagne, au duc d'Aiguillon (1) : lettres où les câlineries et les paroles familières de la femme se mêlent au ton d'autorité d'une volonté presque royale. Malgré sa misérable santé, des accès de fièvre qui reviennent toutes les nuits, madame de Pompadour, au milieu de tant d'autres soucis, caresse la vanité du victorieux, apaise ses mécontentements, relève ses découragements, et, tHue comme elle le dit pour le service du Roi, moitié plaisantant, moitié raisonnant, travaille à triompher de la mauvaise petite tête du duc , à le retenir en Bretagne (2), disant avec une certaine grandeur à l'homme dégoûté de son gouvernement :

Vous avés raison , Monsieur, il est très'-vrai que mon esprit et mon cœur sont continuelletnent occupés des affaires du Roy ; mais sans t attachement inexprimable que j'ai pour sa gloire et sa pei'sonne, je serois souvent rebutée des obstacles coyitinuels qui se 7*encontrent à faire le bien, J'aurois préféré la grande niche ^ et je suis fâchée d'être obligée de me contentet* de la petite! elle ne convient pas du tout à mon humeur ^

(1) Ces lettres, faisant partie du DHtish Âfuseum^ ont été publiées pour la première fois par M. G. Masson dans la Correspondance UtU" raire du 5 septembre 1857.

(2) Les Bretons n'étaient pas des administrés faciles et, à quelques années de là, le duc d'Aiguillon partant pour tenir les Etats de U pro* vince, disait à M. de Belleval : « J'aimerois mieux brider des ours qM ces Bretons. »

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