CHAPITRE QUINZIÈME
La correspondance débute par cette phrase sur es Anglais, dont la rodomontade est d'un bel accent :
Les vilains ne vous attendront pas, Monsieur, j*en fleurs de peur, car je suis sûre que vous les rosseriez magnifiquement. Vos lettres font plaisir à lire, on y eeannoît le citoyen, le sujet zélé et éclaij^é et une petite este très-bonne dans ce moment et dont je dis tous les tensdu monde parce que je les pense; bonsoir, Monsieur,
Et à la nouvelle de la victoire, voici sa félicitation . d'Aiguillon :
Cest avec bien du reg7*et, Monsieur, que je ne vous y pas dit tout ce que je pensois avant-hier sur la gloire ^ont vous venés de vous couvrir, mais ma teste estoit sy douloureuse, que je nus de force que pour vous dire un tôt. Nous avons chanté aujourd'hui votre Te Deum i Je vous assure que c'a été avec la plus grande satisaction; j'avois prédit vos succès, et en effet comment toit'il possible qu'avec autant de zèle, d'intelligence, me teste aussy froide^ et des troupes qui brûloient tnsy que leur chef de venger le roy, vous ne fussiés
as vainqueur? Cela ne se pouvoit pas. Un petit billet lie je vous ay écrit avant votre brillante journée a dû ous faire connoître ma façon de penser pour vous et la ustice dont je fais profession, Dites-moy , je vous prie, xtueilement si vous estes bien fâché contre moy de n'aoir pas cédé à vos instances, et aux belles raisons que ^ous m'avés conté, elles ne valoient rien de ce temps, et e les t?*ouverois encore plus détestables aujou?'dhuy, 7n autre n'auroit pas fait aussi bien que vous, je serois ions la douleur au lieu d^être dans la joye, vous vous
CQAPITR^; QUINZIÈME. 353
la fortune de Câvendish (1). Je vuudrois quelle s'étendît jusqu'aux 40 millions qui nom sont bien nécessai^ res. Je vous confie [et j'ay lu la lettre) que la Bol- Hère a mandé au cont9*olleur général, que ses cort'es" pondans de Paris favertissoient que fon ne mettroit pas à cet emprunt. Il faut que vom soyés informé de ce fait, mais ne le pa?'oissez pas. J'ay beau me ménager , ma santé est toujours misérable, fay encore eu cette nuit un mouvement de fièvre; je vois avec plaisir lin^ térest que je vousy prenés, sy P amitié suit cet intérest, je seray bien tentée de vous accorder la mienne, car j'ay très-bonne opinion de M. Câvendish.
U octobre 1759.
Enfin, monsieur, ma très -douloureuse maladie vous tire de vot7'e létargie, ce n'est assurément pas ma faute sy vous y estiés resté, car je vous avois dit tout ce qu'il fallait pour vous en faire sortir. Je me porte très-bien après avoir cruellement souffert. J'ay vu M, Oi^^y (?) ; il m'a paru très-sensé et m'a donné de f espérance sur notre projet, celuy que va exécuter la marine est grand, et je doutte qu'il parle du maréchal de C(oigny?), j'en soubsone plutost vous, et M. de Beauvau. J'attends le succès avec une impatience, meslée de beaucoup de crainte. Je diray peut-estre encore du mal dé votre teste, mais je n'en ay jamais pensé de votre cceur; je le crois très-honneste ; je suis persuadée qu'en le connoissant da-
(1) Somom familier donné au duc d*Aiguillon par madame de Pompadour, dont nous ne connaissons pas Vorigine. ^
vantage, vous y gagnerés mfimmeni, et que f ami pour vrfus, Monsieur j ramitié que vous dénrés.
A Monsieur Monsieur le due d^ Aiguillon, à Vannes.
Vous allés convenir tout à theure, Monsiew*, qvejt suis bien insuportable d'avoir toujours raison. Cmment donc! fay osé vous dire qu'avec les meilleures H les plus grandes qualités, vous aviez une petite teste gta s'échauffoit trop vite, et vous me le prouvés dans ce imment encore; en vérité je suis odieuse, et je ne consoispas comment vous avés la bonté de me répondre, après un pareil tort. Vous vous fâchés sur une décision qui n'a pas esté expliquée, et qui Pétant, est précisément ce que vous coulés, demandés-le au maréchal à qui M. Berryer la dit en ma présence. Vous voulés quitter la Bretagne^ belle folie qui vous passe par la teste; je ne vous la poh seray pas plus que la première que vous avés eu sur k mesme sujet, Souvenés-vous bien que si vous aviés suivi votre premier mouve^nent, vous ne seriez pas Cavendisb. Vous avés de l'humeur; dites-moy qui nen auroitpas, s'il s'y laissoit aller? Ah! fy, je rougis pour vous de wm voir moins de courage que moy, vous avés les désagrémens de votre petit commandement ^ et moy ceux de toutes les administrations, puisqu'il nest point de mufstres qui ne viennent me conter ses chagrins. Qu'il m suit plus question des vôtres , je vous prie; je veuxpeUÊvoir donner mon amitié â M. Cavendish sans resfrietias^