‹ Madame de PompadourChapitre 5 sur 205 · CHAPITRE PREMIER S · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER S

du goût? Ces hommes, tout à la fois les Mécènes et les Médicis du siècle de Louis XV : les fermiers généraux. Et il semble qu'on ait devant les yeux Timage même de ce monde tout-puissant et magnifique, le triomphe de la Finance, dans ce portrait gravé de Pâris-Montmartel, en plein art, entre ces statues, ces bronzes, ces tentures admirables, et si carrément et si royalement assis dans Tor, avec la mine redoutable et sereine d'un ministre de l'argent (1).

Ce fut au milieu de ces grandeurs, de ces prospérités, qu'une femme née et élevée dans la finance bourgeoise s'emparait d'une place que la noblesse s'était habituée à regarder comme un de ses privilèges, et montrait, dans la fortune et le premier exemple d'une maîtresse de Roi sans naissance, un avènement nouveau de la Bourgeoisie dont elle allait porter le pouvoir à Versailles.

Après la mort de madame de Ghâteauroux, le Roi cherchait vainement dans la Reine, dans les habitudes de sa vie, dans la société de ses amis, quelque

.1) Mémoires de Saint-Simon, Hachette, 1857, vol. XI et XI V. — Du ffouoernement, des mœurs et des conditions en France avant la Réooliu tion, par Senac de Meilhan. Hambourg, 1795. — Lettres de L.-D, Lauraguais à Madame *^. Paris, an x. — Médailles sur la liégence, avec les tableaux symboliques du sieur Paul Poisson de Bourvalais, premier maltàiier du royaume. A Sipar, 1716. — Généalogie des fermiers gêné» roux, leur origine, noms, qualités, portraits et histoires abrégées, depuis mU tepi cent vingt futgu'à l'année 1756. (Manuscrit.)

chose qui pût le ramener et rattacher au foyer de sa femme. Le mari ne trouvait, chez Marie Leczinska , rien dans ses entours qui lui promît un bonheur à son goût ou une compagnie à son gré. Après les agitations du chagrin , les larmes que lui avaient causées les premières infidélités du Roi , la vie de la Reine s'était encore pacifiée et assoupie davantage. Les humiliations du Roi la laissant longtemps debout avant de lui dire : « Asseyez-vous, madame » ; la privation de toute influence , les ennuis et les hontes les plus misérables , cette pénurie d'argent qui la forçait tout un été, à Marly, à jouer avec de l'argent emprunté, la hauteur et les façons impérieuses de la duchesse de Châteauroux (1), cette longue suite de douleurs, d'immolations, de déchirements et de sacrifices, avaient, avant l'âge, vieilli et assombri l'humeur de cette Reine, qui écrivait d'un ton si triste : « Les plaisirs les plus innocents ne sont pas faits pour moi (2). »

La règle de sa vie et de l'emploi de ses journées était devenue plus sévère, plus austère : enfermée dans son intérieur, loin du bruit, du mouvement, de Versailles, elle ne sortait que pour des sorties de représentation, ou des sorties de charité, des visites à la communauté de l'Enfant- Jésus qui lui brodait tous les ans, à la façon de Perse, en or et en argent,

(!) Mémoires du maréchal duc de Richelieu. Buisson, 1793, vol. Y et VI.

(2) Mémoires et journal inédit du marquis d'Argenson, Janet, 1858, vol. IV.

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