CHAPITRE SEPTIÈME
A peine entrée dans ce rôle , madame de Pompadour y avait vu le renouvellement et raffermissement d'un pouvoir dégagé des variations de Tamour, de ses caprices et de ses intermittences. Elle avait imaginé de faire de sa nouvelle position une sorte de direction politique , le règne d'une dame de compagnie du Roi; et elle se voyait déjà sauvant à Louis XV le sérieux des affaires et le souci du pouvoir par ses grâces de femme et l'optimisme le mieux joué, apportant dans les complications, dans les débats irritants des partis , une médiation pleine de douceur et de souplesse, intervenant même, comme une amie et une conciliatrice, entre le Roi et la famille royale. Mais il fallait à madame de Pompadour, pour jouer ce personnage et monter à cette autorité l'état de grâce officiel d'une Maintenon, ce pardon de l'Église qui est l'absolution d'un prêtre.
Tout à coup , à un voyage de Fontainebleau , on entendait la favorite parler de la religion révélée , et bientôt déclarer aux gens qui l'approchaient , qu'elle pensait maintenant très-sérieusement, qu'elle s'occupait de son salut, qu'elle voulait vivre chrétiennement, qu'elle avait fait un grand retour sur ellemême depuis la mort de sa fille Alexandrine. La repentante ajoutait sur un ton triste qu'elle n'avait
espionnage qui n'épargnait pas même les maisons des amis de la IkTorite. Bemis dit dans ses Mémoires inédits : « Madame de Pompadour était persuadée que la vigilance de Berryer l'avait sauvée mille ÙÂB du fer et du poison; elle n'avait aucun goût pour cet homme groMiar et bourgeois, mais elle le croyait nécessaire à sa sûreté. »
pas l'attrait et le goût pour la dévotion qu'elle désirerait avoir, mais que c'était une grâce qu'elle espérait obtenir par de ferventes prières. On la voyait enfin tous les jours à la messe de la chapelle, non point dans sa tribune, mais en bas ^ avec tousses gens, et, longtemps après leur départ, plongée dans d'interminables adorations (1).
Pendant que la cour étonnée s'entretenait tout bas de la grâce qui semblait avoir soufflé sur la patronne de Voltaire et des communications murées entre les appartements du Roi et les appartements de la favorite , madame de Pompadour cherchait le complaisant instrument d'une cérémonie qui fût la déclaration publique de sa conversion, l'éclatante reconnaissance de sa pureté présente , la garantie de la cessation de tout scandale.
Elle avait pour cela jeté les yeux sur un Jésuite, le Père de Sacy, un gentilhomme qui se trouvait un saint homme du temps, indulgent aux autres, faible aux faiblesses du siècle^ facile et accommodant par toutes les crédulités d'une belle âme, peu au fait des roueries de la conscience et des duperies du repentir, réunissant en un mot toutes les vertus d'an compère de bonne foi. Le Père de Sacy s'était misa l'œuvre, et il travaillait à tout concilier, essayant, du meilleur de son cœur, de mettre Dieu à la portée do madame de Pompadour, et d'arranger, comine on disait alors , les choses du monde avec les cboseï
(1) Mémoires du duc de Luynet, t. XV.