CHAPITRE PREMIER
encore une taille moyenne et ronde, admirablement coupée, des mains parfaites, un jeu des gestes et de tout le corps vif et passio.nné (1), et par-dessus tout une physionomie d'une mobilité, d'un changement, d'une animation merveilleuse, où l'âme de la femme passait sans cesse, et qui, sans cesse renouvelée , montrait tour à tour une tendresse émue ou impérieuse, un sérieux noble ou des grâces friponnes (2).
(I) Voir à rAppendice les portraits, bastes et intailles de madame la marquise de Pompadour.
{f) Je donne ici un portrait de la femme célèbre fait par un contemporain, le remarquable portrait physiologique écrit par G. Leroy, le lieutenant des chasses du parc de Versailles :
• La marquise de Pompadour était d'une taille au-dessus de l'ordioaire, svelte, aisée, souple, élégante; son visage était bien assorti à ta taille, un ovale parfait, de beaux cheveux plutôt châtain clair que blonds, des yeux assez grands, ornés de beaux sourcils de la même epoleor, le nez parfaitement bien formé, la bouche charmante, les ients très-belles, et le plus délicieux sourire; la plus belle peau du mende donnait à tous ses traits le plus grand éclat. Ses yeux avaient m charme particulier, qu'ils devaient peut-être à l'incertitude de leur ooaleor ; ils n'avaient point le vif éclat des yeux noirs, la langueut tendre des yeux bleus, la finesse particulière aux yeux gris ; leur couleur indéterminée semblait les rendre propres à tous les genres de séduction et à exprimer successivement toutes les impressions d'une âme très-mobile ; aussi le jeu de la physionomie de la marquise de Pompadour était-il infiniment varié, mais jamais on n'aperçut de diseordance entre les traits de son visage ; tous concouraient au même but ce qui suppose une âme assez maîtresse d'elle-même ; ses mouvements étaient d'accord avec le reste, et l'ensemble de sa personne semblait Caire la nuance entre le dernier degré de Télégance et le premict de la noblesse. » (Louis XV et madame de Pompadour, Baur, 1876.)
Opposons à ce portrait le portrait d'un autre contemporain, B^s voyant la beauté de madame de Pompadour peut-être avec les jeux de la haine ; je veux parler de d'Argenson. Voici en quels termes il peint la favorite : « Elle est blonde et blanche, sans traits, mais doaée de grâces et de talens. Elle est d'une haute taille et assez mal ftûte. •
Cette personne si séduisante, si accomplie, comblée de tant de talents et de tant de perfections, n'avait guère qu'un défaut : sa naissance. Elle avait le malheur d'être la fille d'un M. Poisson, intéressé dans les vivres et que des malversations avaient fait « condamner à être pendu (1) », et d'une madame Poisson, fille d'un sieur de La Mothe, entrepreneur des provisions des Invalides, dont la galanterie était passée en proverbe (2). Sa mère, au moment de sa naissance, se trouvait en intrigue réglée avec Lenormant de Tournehem, qui, s'estimant pour beaucoup dans la venue au monde de la petite Poisson, pourvoyait aux frais de l'éducation magnifique de la jeune fille. Une cour d'amoureux ne
(1) Poisson avait pris le parti de passer à Tétranger. Le commandeur de Thianges chargé de représenter le Roi Stanislas dans le temps de l'élection du Roi de Pologne trouvait, en 1733, à Hambourg, un homme d'esprit qui parlait fort bien allemand et qui lui proposait de le ramener avec lui. Cet homme était M. Poisson qui, en chemin, lui racoîitait son aventure. Il n'osait cependant dépasser Bruxelles, priant M. lie Thianges de demander au contrôleur général s'il y aurait sûreté pour lui de rentrer dans le royaume. Sur Tassurance donnée par le contrôleur général que son affaire n'était pas mauvaise. Poisson revenait à Paris, demandant qu'on examinât son affaire à nouveau. Le cardinal de Fleury se refusait à toutes les sollicitations et il semblait qu'il n'y avait plus d'espérance lorsque M, de Grevenbroch, envoyé de rélecteur palatin , qui était un familier de madame de Saisso.c, vieille amie de madame Poisson, entendant parler de la douleur de cette famille, emportait par ses importunités du cardinal un mot de sa main pour le contrôleur général sur le placet de Poisson. L'affaire était examinée de nouveau, et la sentence de la commission cassée, mais ce ne fut qu'en 1711. [Mémoires du duc de Luynes, t. VIL)
(2) Histoire de madame la, marquise de Pompadour. A Londres,' aux dépens de L.IIooper, kiatéte de César. — Elle avait été d'abord aimée ou plutôt entretenue par Le Blanc, secrétaire d'Etat de la guerre, puis par un ambassadeur, eniin par le fermier général Le Normaut de Tournehem.