‹ Madame de PompadourChapitre 10 sur 205 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

tardait pas à entourer mademoiselle Poisson; mais le plus touché de ses adorateurs se trouvait être un neveu de M. Lenormant de Tournehem, M. Lenormant d*Étioles. L'arrangement d*un mariage de famille se faisait bientôt sans nulle difficulté. M. Lenormant de Tournehem donnait à son neveu la moitié de ses biens , avec la promesse de Tautre moitié à sa mort; et mademoiselle Poisson devenait madame d'Étiolés (1). Elle entrait sans embarras dans la fortune de son mari, et elle prenait avec aisance possession de la charmante terre d'Étiolés, dans la capitainerie de Sens, où la jeune mariée reformait et rappelait autour d'elle la société de madame Poisson et de M. de Tournehem, Cahusac, Fontenelle, l'abbé de Bernis, Maupertuis et Voltaire, qui rappellera plus tard à la marquise, dans une lettre, le vin de Tokai bu à Etioles.

Madame d'Étiolés s'était mariée très-froidement

(I) Madame de Pompadour, née Poisson, avait quinze aûs et deux mois lorsque, le jeudi neuvième du mois de mars 1741, « àTéglise Saint- Eustache, elle donna sa main à Charles-Guillaume Le Normant, seigneuT d'Ktiolles, chevalier d'honneur du présidial de Blois, fils mineur de E. Hervé-Guillaume Le Normant, trésorier général des monnoyes, et de Elisabeth de Francini, demeurant rue Saint-Honoré, paroisse SaJDt-Roch. >• Jal, qui donne cet acte de mariage, donne également Pacte de naissance de la favorite. Le voici : u Du 30 décembre 1721, fut baptisée Jeanne-Antoinette Poisson, née d'hier» fille de François Poisson, écuyer de S. A. R. Monseigneur le duc d'Orléans, et de Louise- Madeleine de la Motte, son épouse, demeurant rue de Cléry : le parrain Jean Parts de Mont-martel, écuyer, conseiller-secrétaire du Roy, maison et couroone de France et de ses finances, la marraine demoiselle Antoinette Justine Paris, fille d'Antoine Paris, écuyer, trésorier, receyitnx général de la province du Dauphiné. »

et très-raîsonnablement. Elle était fort indifférente à la passion de son mari qu'elle voyait tel qu'il était, fort petit, assez laid, mal tourné (1). Le mariage , d'ailleurs , n'était pour elle ni un but ni une fin ; il était un passage et un moyen. Une ambition fixe qui avait ébloui ses instincts d'enfant, ses rêves de jeune fille, possédait ses aspirations de femme. Les premières impressions de son imagination, les crédulités et les superstitions qui étaient en elle, la grande faiblesse de son sexe , les promesses des tireuses de cartes auxquelles plus tard elle viendra de Versailles en cachette demander l'avenir ; les espérances insolentes et cyniques qui sortaient de la bouche de la mère devant les grâces et les talents de sa fille, la nature et l'éducation , prédestinaient madame d'Étiolés à la vocation d'être « un morceau de roi». Au fond d'elle, silencieusement, comme au fond de madame de Vintimille, germait et grandissait un plan arrêté de séduction, l'audacieux et éhonté projet d'une scandaleuse fortune; et nous avons la preuve de cette pensée secrète, de cette préméditation de madame d'Étiolés dans de curieux comptes publiés récemment. On lit à l'état des pensions que faisait madame de Pompadour : 600 livres à madame Lebon pour lui avoir prédit à Vâge de neuf ans quelle serait un jour la maîtresse de Louis XV {^).

(1) Le Normant d'Étiolés avait à peine vingt-quatre ans. W était né le 8 mai 1717.

(2) Relevé des dépenses de madame de Pompadour, manuscrit de« archives de la préfecture de Seine-et-Oise, publié par A. Le Roi.

Page 1