A VA M- PROPOS
(( A toutes les questions sur M"'*^ d"Arbouville, je crois qu'il n'y a qu'une réponse : elle avait rimagination, elle avait la foi et le génie I . . . Sa souffrance réelle était sa laideur : elle la recouvrait d'un voile éblouissant d'esprit, de bienveillance, d'agrément. La louange lui était très chère, et la consolait de bien des choses. Elle dépendait des salons, elle qui Avalait mieux. Elle avait une source naturelle et sincère, une source qu'on peut appeler créole de bonté, un trésor de sensibilité qu'elle n'avait placé à fonds perdu, nulle part... Ma plume est trop lourde pour parler d'elle aujourd'hui ; excusezmoi ; nous en reparlerons à quelque heure vague de l'après- midi. Elle voulait plaire et être aimée plutôt qu'aimer... J'en sais quelque chose (i). »
(i) LeUrc publiée dans la Reçue Latine du 25 septembre iijoô par M. G. Mieliaul.
AVAAT- PROPOS
Les quatre nouvelles qu'on va lire racontent donc — et même assez indiscrètement — l'histoire de la sensibilité de Sainte-Beuve. Elles seront chères aux curieux de ps}xhologie. Les lettrés en apprécieront, sans qu'il soit besoin que de les leur signaler, l'invention aimable et fine, l'émotion mesurée, le mysticisme ou le cynisme sentimental, le style insinuant et parfois contourné, ou alourdi de recherche, comme il arrive dans Port-Royal ou dans les meilleurs Lundis ; ils y trouveront partout répandues cette poésie de demi-teinte et cette harmonie de demi-tons qui font de Sainte-Beuve un précurseur de plusieurs contemporains, même et surtout symbolistes...
A la suite de chacune d'elles on a donné quel-