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L'histoire des relations de Sainte-Beuve avec M™* d'Arbouviile est aujourd'hui connue. A cette femme jeune, élégante, spirituelle, « point belle, mais mieux », et quelque peu délaissée de son mari, mais décidée à lui demeurer fidèle, il fut présenté par le comte Mole, en i84o; et, dans le salon où elle régnait place Vendôme, lui qui se défiait du monde et qui ne l'avait guère fréquenté, tout de suite il fut roi.
L'ambition académique Pavait amené là : Mole, chef des doctrinaires et, bientôt, sous la Coupole, électeur influent, était l'oncle de M^M'Arbouville. L'amourl'y retint : un amour sans espoir — car, dès qu'il se fut déclaré, la jolie laide le découragea : de Sainte-Beuve elle ne voulait aimer que la gloire et l'esprit. En vain, pour la fléchir par l'évocation
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de son premier triomphe, il risqua la maladresse d'imprimer le Livre d'Amour, en i843; en vain il composa et fît imprimer pour elle un second livre d'amour, plus adouci, mais non moins frémissant que le premier (i); en vain il écrivit des lettres suppliantes où il montrait son cœur déchiré par toutes les pointes du désir, de la fureur, de la rage ; elle lui répondait des lettres sages ; au poète qui lui avait écrit :
Amie, il faut aimer quand le Jeu couve encore... elle déclarait en vers :
Ne m'aimez pas : je veux pouvoir prier pour vous... Je veux de vos bonheurs prendre tout haut ma part Le front calme et serein, sans craindre aucun regard... Oh ! je vous en conjure, ami, ne m'aimez pas!
Bref, elle refusait de lui laisser planter, « ne
(i) Voir Remarques au Clou d'or.
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fût-ce qu'une fois )) le clou d'or qui scelle les amitiés. Lui, menaçait de la fuir et toujours revenait ; il la traitait de coquette, la vouait au diable, jurait qu'elle lui faisait de la vie un enfer, et chaque après-midi, à quatre heures, remontait vers le paradis de ses yeux.
Cet amour malheureux eut sa crise dans l'été de i84^ ; et c'est le souvenir de cette crise que Sainte-Beuve projeta^ un moment, d'enfermer dans le petit roman du Clou d'or... Quant à la Pendule, elle exprime, sous une forme ironique, la persistance de son ressentiment.
M™* d'Arbouville mourut en i85o sans que Sainte-Beuve ait laissé leur amitié tiédir. Vivante, il l'avait ainsi crayonnée : « Jeune femme charmante, un peu Diane, sans enfants. Restée enfant et plus jeune que son âge. Pas jolie, mais mieux. » Morte, il enveloppa son souvenir d'une sorte de vénération. En i853 il écrivait d'elle à une amie :