‹ Madame de Prie, 1698-1727Chapitre 44 sur 133 · ADROITE POLITIQUE DE M. LE DUC · texte numérisé non relu

ADROITE POLITIQUE DE M. LE DUC

on apprenant la nouvell(> au Roi, il ajouta qu'il lui fallait un autre homme pour remplir cette place et que s'il l'agréait il en prendrait le soin. Le roi dit oui, comme on juge, et sur le moment, M. le Régent se mit à genoux et prêta serment entre ses mains. Il vaut mieux, observait Barbier, que ce soit lui que M. le Duc, qui est mené comme un enfant par Mme la marquise de Prie.

Le tour joué, rien n'eût été plus impolitique de la part de M. le Duc que de sembler s'en dépiter et le désapprouver. Mme de Prie l'avait compris. Elle avait fait partager ses vues à son amant, qui, sur ses pressantes instances, était allé sur-le-champ au duc d'Orléans lui en présenter ses compliments, on affirmant son absolu dévouement à sa personne.

Grâce à cette intelligente conduite, l'accord avait subsisté quant aux formes entre les deux rivaux. M. le Duc avait pu même retirer quelques gages immédiats de son concours.

S'était-il agi de nommer un président au parlement en remplacement de M. de Mesmes, (jui venait de uiourir, le choix s'était porté sur M. de Novion. Or M. de Novion était un cousin proche de Mme de Prie, par suite acquis à ses intérêts.

S'il avait convenu de désigner des chefs à laCom[)agnie des Indes qu'on refondait en ce moment avec les débris de la Banque royale de Law, M. le duc d'Orléans en avait été élu le gouverneur perpétuel; M. le Duc, le sous-gouverneur.

Enfin, dans le remaniement des charges de secrétaires d'État, le contrôleur général Dodun, très iiumble serviteur de la marquise, Breteuil et MorviMe, fort dévoués à sa cause, étaient uiaintenus : de ces deux derniers, l'un à la guerre, l'autre aux affaires étrangères.

Il est vrai qu'en regard de cela, le Régent, premier ministre, avait attaché à sa personne comme chef de son conseil le comte d'Argenson, que le duc de Chartres avait détaché de M. le Duc en en faisant, pour toujours, un adversaire déclaré des Coudés.

Il est vrai qu'on avait laissé entrevoir petit à petit la libération possible de La Jonchère, l'acquittement également éventuel de Belle-Isle et de Séchelles, comme le retour de Le Blanc à la cour.

On avait même été plus loin. On prétendait que M. le duc d'Orléans avait implicitement déclaré son intention de le reprendre et de lui confier le secrétariat des postes, vacant par la mort de Dubois, en faisant passer par son canal la besogne des autres ministres.

Il y avait là, pour M. le Duc et sa maîtresse, matière à de bien soml)res i-('dlexions. Mais leur intérêt bien entendu n'en restait pas moins de gagner du temps, de fuir toute lutte dans l'attente de circonstances plus favorables.

La santé du Régent déclinait de jour en jour. L'immense travail auquel il était obligé de se plier, du fait d'avoir accepté la suite des affaires du cardinal Dubois, l'écrasait. D'après l'impression commune, il devait se voir bientôt contraint à y renoncer ou à tomber sous le faix.

La conviction de Mme de Prie était faite. Elh^ avait encore une fois sainement pressenti l'avenir. Trois mois ne s'(''taient pas écoulés que ](> duc d'Orléans mourait et que M. le Duc s'emparait du ministère en usant dun procédé semblable à celui employé par le défunt.

A cette date, La Jonciière demeurait toujours sous les verrous; les deux Belle-Isle, Séclielles et leurs subordonnés, (juoique rendus k la liberté, étaient encore en observation ; Le Blanc en exil, La Fare sans son protectecteur, Mme de Pléncuf, négligée, isolée à son tour et

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