LA PROVINCE MENACÉE 1MNVASION
effroyable, pour être à la tète do son arriôrelian dans la basse Bretagne. Il admire par quels arrangements et dérangements il plaît à la Providence de venir le chercher dans ses bois, pour le faire rentrer dans Le monde et dans la guerre par ce côté-là. » — « Mon fils doit aller prendre, à Rennes, les ordres deM. deChaulnes, pour assembler et faire marcher ses nobles régiments ; il reviendra passer ensuite quelques jours avec nous: et puis, sans aucun péril, à 12 ou 15 lieues d'ici, il s'en ira tenir une grande table. Voilà le malheur. » — « Dans huit jours, mon fils ira s'établir à Rennes, avec toute cette noblesse, pour leur apprendre à escadronner et les accoutumer à un air de guerre. Il est désespéré de ce retour à une profession qu'il avait si sincèrement quittée ; il tiendra une table enragée. » — « Votre pauvre frère est ruineuse ment à Rennes. »
Du moins, ses efforts ne sont pas infructueux : « Nos soldats commencent à faire l'exercice de bonne grâce et deviendront bientôt comme les autres, ce sont les commencements qui sont ridicules ; je vous assure qu'il y en a, à Vitré, qui ont un fort bon air. » — « M. de Chaulnes a fait la revue de cette noblesse ; ce régiment est fort beau et assez bien instruit. Mon fils recevait toutes ces louanges avec un cœur qui me faisait plaisir. »
Mais ces succès ne consolent pas la marquise.
« Je songeais, en le voyant assez joli à la tête de ces escadrons, comme Baptiste Lully disait d'un air qu'il avait fait pour l'opéra, et qu'on chantait à la messe : Seigneur, je vous demande pardon, je ne l'avais pas fait pour vous. Messieurs de l'arrière-ban, je ne l'avais pas fait pour vous. » — « Nous espérons que toute cette noblesse pourra bientôt être renvoyée. On la rassemblerait, dans le besoin, avec un coup de sifflet. »
Enfin, les succès de la flotte rendent inutiles les préparatifs belliqueux de la Bretagne ; et ces démonstrations militaires ne tardent pas à cesser. « Voilà, écrit Bussy, vos côtes en sûreté, et vos nobles désormais inutiles. » Le colonel rentra aux Rochers, après « la dépense la plus inutile qu'il fera de sa vie ».
Nous venons de passer en revue les événements publics et les détails particuliers qui ont occupé l'attention de Madame de Sévigné pendant ses séjours en Bretagne.
Ceux qui ont, avec nous, suivi cet historien fidèle, ce peintre charmant, ce gracieux poète, rapporteront de cette rapide excursion un goût plus vif, plus raisonné pour le guide sûr et clairvoyant, pour la femme spirituelle et séduisante qui a dirigé le voyage.