DE Mme pe SÉVIGNÉ À Mme DE GRIGNAN
A Blois, jeudi 9 mars 1680.
« Mon fils est parti cette nuit d'Orléans par la diligence, qui part tous les jours à trois heures du matin, et arrive le soir à Paris; cela fait un peu de chagrin à la poste. Voilà les nouvelles de la route, en attendant celles de Danemark. Nous sommes montés dans le bateau à six heures par le plus beau temps du monde ; j'y ai fait mettre le corps de mon grand carrosse, d’une manière que le soleil n’a point entrée dedans ; nous avons baissé les glaces, l'ouverture du devant fait un effet merveilleux, celle des portières et des petits côtés nous donne tous les points de vue qu'on peut imaginer. Nous ne sommes que l’abbé et moi dans ce joli cabinet, sur les coussins, bien à l'air, bien à notre aise ; tout le reste comme des cochons sur la paille. Nous avons mangé du potage et du bouilli tout chaud ; on a un petit fourneau, on mange sur un ais dans le carrosse, comme le Roi et la Reine; voyez, je vous prie, comme tout s’est raffiné sur la Loire, et comme nous étions grossiers autrefois que le cœur était à gauche : en vérité, le mien, ma fille, ou droit ou à gauche, est tout plein de vous. »