De M°° DE SÉVIGNÉ À Me DE GRIGNAN
Aux Rochers, dimanche 28° janvier 1685.
« Mon fils vous dira le bon état où je suis : il est vrai qu'une petite plaie que nous croyions fermée, a fait mine de se révolter; mais ce n’étoit que pour avoir l’honneur d'être guérie par la poudre de sympathie (1); vous pouvez donc compter sur une véritable guérison ; je me suis fort bien gouvernée : quand j'ai marché, c’étoit pour être mieux; quand il n’y a ni feu ni enflure, il ne faut pas se laisser suffoquer la jambe en l'air dans une chaise. Je songe à ma santé préférablement à tout ; c'est ce qui m’a fait éviter les mauvaises nuits et quitter ce qui m’auroit peut-être guérie en me rendant malade. Je
(1) « La poudre de sympathie n’était autre que de la couperose verte, ou sulfate de fer, desséchée au soleil, pulvérisée et mélangée de gomme arabique. On ne l’appliquait pas sur le mal, on la répandait seulement sur un linge trempé dans le sang de la plaie ; à peine cette opération était-elle faite, que le malade, même absent, éprouvait, à ce qu’on assurait, un grand soulagement ; ses douleurs 8e calmaient, et la plaie se fermait en peu de temps.
me suis conduite selon que je me sentois bien ou mal ; le baume tranquille ne me faisoit plus rien, c'est ce qui m’a fait courir avec transport à votre poudre de sympathie, qui est un remède tout divin ; ma plaie a changé de figure, elle est quasi sèche et guérie. Enfin, si avec le secours de cette poudre que Dieu m'a envoyée par vous, je puis une fois marcher à ma fantaisie, je ne serai plus digne que vous ayez le moindre soin de ma santé; mais après en avoir parlé un an, disons un mot de la vôtre. »