‹ Madame de Sévigné maladeChapitre 119 sur 134 · DE Mme DE SÉVIGNÉ À Mme DE GRIGNAN · texte numérisé non relu

DE Mme DE SÉVIGNÉ À Mme DE GRIGNAN

Aux Rochers, mercredi 7° février 1685.

« Vous ne sauriez mieux faire que de promener votre tristesse à Versailles ; ce qui seroit pourtant encore mieux, seroit de n’avoir point de tristesse. Je crois que la poudre de sympathie n’est point faite pour de vieux maux : elle n’a guéri que la moins fâcheuse de mes petites plaies : J'y mets présentement de l’onguent noir, qui est admirable ; et je suis si près d’être guérie, que vous ne devez plus penser à moi que pour m'aimer, et vous intéresser à la solide espérance que j'ai actuellement. Je n’ai pas un moment de fièvre, je suis tout comme une autre : je mange sagement, quand il fait beau je me promène ; on veut que je marche parce que je n’ai point d’inflammation ; j'écris, je lis, je travaille, je reçois vos lettres avec tendresse et empressement :

voilà, ma très aimable, comme je suis, sans rien déguiser. Les grisons nous sont inutiles, je vous dirai toujours la vérité : j'aime trop à n’être point trompée sur votre sujet, pour en vouloir user autrement avec vous. Je suis présentement dans ma chambre ; le soleil brille autour de moi, et je ne voudrois pas jurer que je ne fisse un tour de mail. Redressez donc votre imagination, ma chère comtesse, et tirez les rideaux qui vous empêchent d’en user : laissez là cette pauvre femme pleurante, et le pieux Énée à ses pieds; tout cela est faux, je vous assure. Mais conservons nos jambes tant que nous pourrons ; elles

sont difficiles à apaiser, quand une fois elles sont fâächées. Je voulus l’autre jour me purger avec ces bouillons du père Ange ; je m'en étais bien trouvée ; cela ne fit que m'émouvoir, je me suis demandé pardon et je me laisse rapaiser, résolue de ne jamais attaquer une parfaite santé; les légères médecines sont cruelles. »

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