‹ Madame de Sévigné maladeChapitre 120 sur 134 · DE Mme DE SÉVIGNÉ A Mme DE GRIGNAN · texte numérisé non relu

DE Mme DE SÉVIGNÉ A Mme DE GRIGNAN

Aux Rochers, mercredi 14° février 1685.

«a Je suis donc ici très seule: j'ai pourtant pris, pour voir une créature, cette petite jolie femme dont M. de Grignan fut amoureux tout un soir. Elle lit quand je travaille, elle se promène avec moi; Car vous saurez, ma bonne, et vous devez me croire, que Dieu, qui mêle toujours les maux et les biens, a consolé ma solitude d'une très véritable guérison. Si on pouvoit mettre le mot d’aimable avec celui d’emplâtre, je dirois que celui que vous m'avez envoyé mérite cet assemblage ; il attire ce qui reste et guérit en même temps ; ma plaie disparaît tous les jours : Monpezat, pezat, zat, at, t, voilà ma plaie. Il me semble que ce dernier que vous m'avez envoyé est meilleur. Enfin, cela est fait : sije n’en avois point fait du poison, par l'avis des sottes gens de ce pays, il y a longtemps que celui que j'ai depuis trois mois m'auroit guérie. Dieu ne l’a pas voulu, j'en ressemble mieux à M. de Pomponne, car c’est après trois mois : on veut que je marche, parce que je n’ai

nulle sorte de fluxion, et que cela redonne des esprits, et fait agir l’aimable onguent ; remerciez-en Mmede Pomponne. Jusques ici,la foi avait couru au-devant de la vérité, et je prenois pour elle mon espérance ; mais ma bonne, tout finit, et Dieu a voulu que ç'ait été par vous. Mon fils s'en plaignoit l’autre jour ; car ç’a été lui qui au contraire m'a fait tous mes maux, mais Dieu sait avec quelle volonté ! Il partit lundi follement, en disant adieu à cette petite plaie, disant qu'il ne la reverroit plus, et qu'après avoir vécu si longtemps ensemble, cette séparation ne laissoit pas d’être sensible. Je n’oublierai pas aussi à vous remercier mille fois de toute l’émotion, de tout le soin, de tout le chagrin que notre amitié nous a fait sentir dans cette occasion : quand on est accoutumée à votre manière d’aimer, les autres font rire. »

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