‹ Madame de Sévigné maladeChapitre 36 sur 134 · DE M" DE SÉVIGNÉ AU COMTE DE Bussy- RABUTIN · texte numérisé non relu

DE M" DE SÉVIGNÉ AU COMTE DE Bussy- RABUTIN

Aux Rochers, ce 17 mars 1676.

« Qu'avez-vous cru de moi, mon cher cousin, d’avoir reçu une si bonne lettre de vous, il y a plus de six semaines, et de n'y avoir pas fait réponse? En voici la raison : c’est qu'il yen a aujourd'hui sept que ma grande santé, que vous connaissez, fut attaquée d’un cruel rhumatisme dont je ne suis pas encore dehors, puisque j'ai les mains enflées, et que je ne saurois écrire. J’ai eu vingt-et-un jours la fièvre continue. Je me fis lire votre lettre, dont le raisonnement me parut fort juste, mais il s’est tellement confondu avec les rêveries continuelles de ma fièvre qu'il me seroit impossible d’y faire réponse. C’est un étrange noviciat pour une créature comme moi, qui avoit passé sa vie dans une parfaite santé. »

010. DE LA PETITE PERSONNE, SOUS LA DICTÉE DE Mme pe SÉVIGNÉ À Mme DE GRIGNAN.

Aux Rochers,mercredi 4° mars.

« Je n’ai point encore de mains... Je suis chagrine de cette longueur et de retourner à Paris comme estropiée. J'en ai piqué d'honneur mon médecin d'ici, et je prie mon fils, qui est à Paris, de demander à quelque médecin s’il n'ya rien qui puisse avancer cette guérison après deux mois de souffrance.

LS Ad CD

« Adieu, ma très chère enfant, le bon abbé vous embrasse, et le petit secrétaire vous baise la main gauche ; ma main va toujours en empirando, mais vous vous portez bien et moi aussi. »

Bl1l. DE Mme pe SÉVIGNÉ À Mme DE GRIGNAN SOUS LA DICTÉE DE LA PETITE PERSONNE.

Aux Rochers, dimanche 8e mars 1676.

&« Ah! vous le pouvez bien croire, que si ma main vouloit écrire, ce seroit pour vous assurément; mais j ai beau lui proposer, je ne trouve pas qu’elle veuille. Cette longueur me désole. Je n’écris pas une ligne à Paris. Je vous garde mon griffonnage, car je n’ai qu’un filet de voix, et ne chante que pour Sylvie.

« Voilà donc mon petit secrétaire aimable et joli, qui vient au secours de ma main tremblottante. Je vous aime trop, mon enfant, de m'offrir de venir passer l'été avec moi : je crois fermement que vous le feriez comme vous le dites ; et sans les petites incommodités que j'ai, car un rhumatisme est une chose sur quoi je veux faire un livre, je me résoudrois fort agréablement à voir partir le bon abbé dans quinze jours, et à passer l'été dans ce beau désert... Je vous avoue, mon enfant, que je suis ravie de votre bonne santé, elle me donne du courage pour perfectionner la mienne ; sans cela, j'aurois tout abandonné : il y a trop d’affaires de se tirer d’un rhumatisme.

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