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« Je le cède à Montmorency pour les honneurs, écrivait, un jour, de Bussy à sa cousine, mais non pour l'ancienneté.» Dans ses recherches généalogiques, de Bussy avait pu remonter jusqu'au douzième siècle. Il est, en effet, dès 1147, question d’un sieur Mayeul, seigneur de Rabutin.
De cette longue suite d’aïeux, M"° de Sévigné avait dû retirer quelques profits et pertes, et l’atavisme n'avait pas dû perdre ses droits; mais il faut se résigner, les documents font défaut.
En l'absence de détails nécropsiques, ou d'observations pathologiques des ascendants de cette illustre famille, ne peut-on, à l’aide des faits, reconstituer une entité morbide?
Tous ces Rabutins très fiers de leur naissance sont « braves et spirituels avec quelque
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chose de libre et d’original, et une pointe d'humeur caustique ». Ces traits de caractère cadrent bien avec une constitution bilieuse et sanguine; et encore celui-ci de sainte Jeanne de Chantal : « au milieu des austérités du cloître, il n’y eut pas de cœur plus éloigné de la sécheresse et de l’insensibilité » ; n'est-ce pas là encore un trait du tempérament sanœuin ?
Chez les hommes les passions sont fortes, et trop souvent maîtresses. Le père de M"° de Sévigné « était un des cavaliers les plus accomplis de France, soit pour le corps, soit pour l'esprit, soit pour le courage ».
M"° de Sévigné était bien de ce sang fougueux et chaud. « La taille admirable, la beauté de la fleur du teint, la couleur des lèvres » ne sont pas des attributs de sujets cacochymes.
Nature bien vivante, cœur aimant, raison très droite et très élevée, intelligence fine et distinguée, M de Sévigné garde toutefois, malgré la vivacité de son imagination, cet esprit mesuré qui lui permit de conduire tout avec une remarquable prudence : Mens sana in corpore sano. Dans cette âme bien
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trempée, il y avait de fortes passions, mais ce sont de fougueux coursiers dont elle tient toujours en main les rênes. Ce n’est pas de la froideur, comme avait voulu assez méchamment l’insinuer de Bussy, mais bien la volonté saine qui sait se faire obéir.
Ne sont-ce pas là les attributs du tempérament bilioso-sanguin?
M": de Sévigné malade!
Qu'’eût dit l’illustre épistolaire de se voir ainsi qualifiée? N'est-ce point s'inscrire en faux contre cette « si belle santé » dont elle se vante?
Avec tout autre, son rhumatisme et quelques autres misères eussent passé inaperçues.
Avec elle, ils prennent les proportions d’événements, et elle mettra à les dire son talent habituel. Ici, elle rappellera les soins habiles et dévoués de son fils, dont elle aime à entretenir la « chère petite sœur »; là, sa verve s’exercera contre la médecine et les médecins que, comme Voltaire, elle aimait surtout à voir « pour le plaisir de la conversation ». « J'ai vu, écrivait-elle à sa fille, les meilleurs ignorants d’ici qui me conseillent des remèdes si différents, que pour
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les mettre d'accord, je n’en fais aucun. »
Ailleurs, c’est le récit de ses voyages et de son séjour à Vichy, cité par d’autres, çà et Là par fragments, mais non dans leur entier, etc., etc. Sous sa plume habile, tout charme, tout captive.
= Morte à 70 ans dela variole, M° de Sévigné n’a pas connu les infirmités de la vieillesse. Elle n’a pas été « jusqu’à la lie »; mais un esprit aussi sage, aussi judicieux, aussi religieux que le sien, ne pouvait approcher de ces dernières étapes de la vie sans avoir fait de graves réflexions.
Elle avait souvent pensé à la mort, et toujours avec crainte. « Ah! ne parlons pas de cela, disait-elle, j'y pense pourtant, et il le faut. » Une des plus belles pages qu'elle ait écrites atteste avec force cette terreur que l'idée de la mort lui inspirait avant même les années de la vieillesse : « Je suis embarquée dans la vie sans mon consentement ; il faut que j'en sorte ; cela m'assomme ; et comment en sortirai-je ? Par où? Par quelle porte?
Quand sera-ce? En quelle disposition ?.….
Comment serai-je avec Dieu ?... Je m'abîme dans ces pensées, et je trouve la mort si ter-
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rible que je hais plus la vie parce qu’elle m'y mène,que pour les épines dont elle est semée. » « Mais les imaginations vives se calment quelquefois d’une manière surprenante, quand elles sont en face de ce qu’elles ont de loin le plus redouté ; et, malgré leur sensibilité, les cœurs dont le dévouement et l'affection ont été le mobile de toute la vie, échappent mieux que les autres aux faiblesses égoistes. »
Nous en verrons l'irrécusable témoignage dans une lettre écrite par M. de Grignan après la mort de M"* de Sévigné.
Le cadre restreint des affections morbides de M"° de Sévigné ne me paraît pas comporter une synthèse de ces divers états pathologiques, ainsi que je l’avais fait dans mon travail sur « Voltaire malade » (1). Ce dernier fut atteint d’affections multiples qui permettaient une critique de sa constitution diathésique.
Si le rhumatisme de M"° de Sévigné, peutêtre son ulcère variqueux à la jambe, permettent de direqu'elle aussi fut arthritique, on doit reconnaître toutefois que ce trouble dyscra-
(1) Voltaire malade, étude historique et médicale. Marpon et Flammarion. Paris, 1883.