LAON
sique ne se fit que passagèrement sentir chez notre auteur. Elle en fut au reste complètement guérie par deux saisons à Vichy.
Employant une expression moderne, on peut dire que c’est M"° de Sévigné qui a lancé Vichy. L’habitation fort simple et sans style qu'elle habita, existe encore, bien que malheureusement transformée l'an dernier. Tout le monde connaît à Vichy le pavillon Sévigné, qui était autrefois au bord de l'Allier. Celle-ci n'en fait aucune mention dans ses lettres.
Hartoille, dans son Vichy et ses fontaines, nous parle ainsi du luxe que déployait alors Me de Sévigné :
VAS À cd et Quant à l’argenterie,
C'était, à vrai dire, d’un luxe sans pareil :
Assiettes, plats d'argent et couverts de vermeil,
Portent sur chacun d’eux l’arme de la famille.
Les tasses pour le thé chaudement préparées
En fine porcelaine arrivant du Japon,
A la hâte on servit la fumante boisson.
Car, de chez elle, on sait que la marquise,
Avait, plus par caprice encore que par méprise, Banni la fève de moka,
Prétendant que le goût du café passera.
Nous n'avons point à insister ici, ni sur ces voyages de Paris à Vichy (elle mettait
» Pl ù Si
alors pour s'y rendre huit jours en carrosse, alors que l’on s’y rend aujourd'hui en huit heures), ou aux Rochers, nisur sa vie à Vichy et les distractions qu'elle savait s y procurer; ces lettres suffisent ici et au delà.
Comment voyageait-elle alors? Elle nous le dit :
13 mai 1671.
« Je vais à deux calèches, j'ai sept chevaux de carrosse, un cheval de trot qui porte mon lit, et trois ou quatre hommes à cheval : je serai dans ma calèche tirée par mes deux beaux chevaux; l'abbé sera quelquefois avec moi. Dans l’autre, mon fils, La Mousse et Hélène. Cela aura quatre chevaux avec postillon. Quelquefois le bréviaire assemblera le second ordre et laissera place à un certain bréviaire de Corneille, que nous avons envie de dire Sévigné et moi. »
Mme de Sévigné ne se faisait pas faute d'exercer sur ses compagnons sa verve satirique, ainsi que l’attestent les deux lettres qui suivent :
Vichy, 4 juin 1676.
« On dit que M de Requigny vient aussi ; c'est la Sybille Cumée. Elle cherche à se guérir de soixante-seize ans, dont elle est
ENAORS
fort incommodée ; ceci devient les Petites Maisons... Nous avons Sybille Cumée, toute parée, toute habillée en jeune personne ; elle croit guérir, elle me fait pitié, je crois que ce seroit une chose possible, si c'étoit ici la fontaine de Jouvence. »
Vichy, 1676.
« Madame de Brissac avoit aujourd’hui la colique ; elle étoit au lit, belle et coiffée à coiffer tout le monde : je voudrois que vous eussiez vu l'usage qu'elle faisoit de ses douleurs et de ses yeux, et des cris, et des bras, et des mains qui traînoient sur sa couverture, et les situations, et la compassion qu’elle vouloit qu'on eût : chamarrée de tendresse et d’admiration, je regardois cette pièce, et je La trouvois si belle que mon attention a dû paraître un saisissement dont je crois qu'on me saura fort bien gré ; et songez que c'étoit pour l’abbé Bayard, Saint-Herem, Montjeu et Planey, que la scène étoit ouverte. En vérité, vous êtes une vraie pelaude, quand je pense avec quelle simplicité vous êtes malade, le repos que vous donnez à votre joli visage, et enfin quelle différence, cela me paraît plai-